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Royaliste n°1272 du 14 février 2021

Mais où est la « deutsche qualität » ?

Les Chemins du monde

mercredi 14 février 2024

Une économie en berne, des infrastructures désuètes, une société inquiète ou en colère, un système partisan fragilisé. L’ Allemagne est en crise.

Les médias français voire européens ont désormais un œil inquiet sur l’Allemagne. Le temps où l’on vantait, la modération, l’intelligence, la perspicacité de notre voisin Outre-Rhin n’est plus. L’Allemagne en effet est en crise. Avec une croissance en baisse de 0,3% en 2023, elle souffre en plus d’infrastructures de plus en plus inadaptées. Ainsi la Deutsche Bahn accumule les déficits et la Cour des Comptes allemandes a récemment fustigé une politique de diversification erratique et coûteuse invitant la compagnie à revenir à ses missions traditionnelles du transport de voyageurs et de marchandises. Un train de voyageurs sur trois circule en retard et un sur quatre de marchandises. Le dialogue social au sein de l’entreprise est de plus en plus difficile et une grève des trains inédite de trois jours a été déclenchée le 8 janvier dernier.

N’oublions pas non plus la colère des agriculteurs allemands, vent debout contre l’abandon précipité décidé par le gouvernement de subventions sur le gazole et hostiles à une écologie dite punitive. Cette contestation qui s’inscrit dans un large mouvement européen a touché aussi bien l’Allemagne et la France que l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Roumanie, le Luxembourg voire la République tchèque. En Allemagne comme ailleurs on dénonce le libre-échangisme à tout crin de l’Union Européenne, les traités signés avec la Nouvelle-Zélande et le Mercosur, sans oublier la promesse d’adhésion rapide à l’UE faite à l’Ukraine. Des voix se font entendre Outre-Rhin pour dénoncer la règle d’or du 3% maximum de déficit public autorisé que la Cour Constitutionnelle a rappelé au gouvernement allemand, rappel à l’origine de la suppression de certaines subventions.

Enfin l’Allemagne est en proie à une profonde crise politique. La coalition au pouvoir n’est plus soutenue que par un tiers des sondés et l’AFD (Allianz für Deutschland) est créditée de plus de 20% d’intentions aux élections européennes, et de 30 à 35 % aux élections régionales de l’automne dans l’ex RDA. Sans oublier les interrogations que suscitent le nouveau parti créé par Sarah Wagenknecht qui après avoir échoué à constituer un groupe trans partisan à gauche en 2018, vient de créer Bundnis Sarah Wagenknecht (BSW), l’Alliance Sarah Wagenknecht, qui entend faire entendre sa voix aux prochaines européennes. Conservateur sur les questions sociétales et particulièrement l’immigration, fustigeant les Verts, elle dénonce le libre-échangisme de l’UE, l’abandon des classes populaires et moyennes et souhaite l’ouverture de négociations immédiates pour la paix en Ukraine. En cas de score important aux élections européennes, c’est toute la gauche allemande qui en sortirait fragilisée voire le gouvernement.

Marc Sévrien.