Accueil > Les publications de la NAR > La Nation Française > 2023 > La Nation Française n° 15

La Nation Française n° 15

lundi 23 janvier 2023

Page  1 : Les factures d’électricité. – P.  2 : Bourse. – Léonard. P.  3 : Lettre à Éric Ciotti. P.  4 : – Francophonie. ­ – Inénarrable Roselyne. P.  5 : L’œil de Chaunu. p.  6 : Le chemin de Damas. – Socialistes danois contre immigration. P.  7 : Justice en temps de guerre. P.  8 : ChatGPT. – Les différences avant la liberté. P. 9 : Rêves de pierre. P.  10 : Lectures. – P.  12 : Théâtre : Ceux qui restent.

— -

Léonard

Léonard Tandeau de Marsac

Léonard Tandeau de Marsac est mort, à l’âge de 71 ans, le 14 janvier 2023. J’ai eu le bonheur de le connaître comme lycéen, militant royaliste. Charismatique, séduisant, courageux, intelligent et déjà tellement pénétré de la volonté de convaincre ses interlocuteurs. Ah quel bavard il était ! Et prolixe également en motions et textes pour changer le monde (on était au début des années soixante-dix). Il rêvait, parmi d’autres utopies du moment, d’un jour national sans télévision, pour que les gens puissent se retrouver, réfléchir, discuter à nouveau au lieu de s’abrutir : métro, boulot, dodo… Plus tard, il fut des plus réticents à l’égard d’internet et de toutes ses tentations de dispersion superficielle. On lui envoyait un mail chez un voisin. Il répondait un peu plus tard... Une ascèse.

Je l’ai connu étudiant en architecture puis, ayant presque terminé ce parcours exigeant, donnant un nouveau tournant à ta vie en devenant médecin… Il cherchait une voie au service de son prochain, mais, déjà, douloureusement pénétré de l’incapacité de l’homme à faire le bien efficacement. Je pense qu’il fut désespéré de ne pas pouvoir guérir ses patients sans entrer dans le système de la pharmacie et la médecine industrielles, dont les côtés très obscurs sont bien documentés... Je l’ai donc connu médecin homéopathe «  uniciste  » à Orléans. Il avait acquis une clientèle fidèle, une grande maison pour sa famille... Il faisait parfois de véritables miracles. Mais bien sûr pas toujours. Il était en route pour la notabilité dans des milieux très bien…

J’appris un jour avec surprise qu’il avait tout laissé tomber pour aller s’installer à Estaing, en Aveyron, sur les chemins de St-Jacques de Compostelle où il monta un accueil pour les pèlerins dans une maison appartenant au diocèse, aboutissement d’une évolution spirituelle qui porta des fruits très visibles durant de longues années. Vivant pauvrement, sans souci du lendemain, mais ayant enfin réussi à donner un véritable sens à tous ses talents d’organisateur, de conseiller, de l’homme de foi et d’amour qu’il était si profondément. J’y fus deux fois de passage et je pris un peu la mesure de son dévouement sans limite, mais aussi de son équilibre de vie, de son bonheur, de sa sagesse, de son désintéressement et de son humilité... Bien sûr, rien de toute cette aventure humaine, si réussie à mes yeux, n’aurait été possible s’il n’avait pas rencontré une femme extraordinaire, Élisabeth, qui lui permit, entre autres merveilles, de réaliser pleinement sa vocation de père de famille. Léonard, mon ami... je suis très en colère que tu aies encore décidé de changer de voie, du jour au lendemain, sans prévenir, mais je ne doute pas qu’une fois encore tu as choisi la route la meilleure, sur laquelle, trop casanier, trop absorbé par les responsabilités du quotidien, je n’ai, comme la plupart d’entre nous, jamais vraiment réussi à m’engager, mais où j’espère pourtant bien pouvoir te croiser à nouveau. Bientôt ? Hélas ! Et heureusement !

F. A