Accueil > Royaliste > Nos articles récents > L’éditorial de Bertrand Renouvin > 2024 > Gabriel Attal, produit standard

Royaliste n°1270 du 17 janvier 2024

Gabriel Attal, produit standard

par Bertrand Renouvin

mercredi 17 janvier 2024

Entonné du matin au soir par les radios et les télévisions, l’hymne à la jeunesse de Gabriel Attal prête à sourire. En lui tressant la couronne d’un prince de la communication, la haute société médiatique le reconnaît comme l’un des siens, exemplaire dans l’itinéraire qui a conduit l’élève de l’Ecole alsacienne et de Sciences Po dans les allées du pouvoir. Avec un instinct de classe très sûr, le jeune homme a rejoint un Parti socialiste rallié depuis belle lurette au néolibéralisme avant d’entamer une belle carrière dans le sillage d’Emmanuel Macron. Lui qui aime tant travailler son image ne voit pas qu’il est typique des créatures interchangeables du bloc oligarchique, qu’on appelle aussi bloc bourgeois. Mêmes discours stéréotypés, même maîtrise de l’audiovisuel, même ambition tissée de servilité à l’égard des parrains politiques et des milieux affairistes. Comme Emmanuel Macron, Gabriel Attal et les jeunes gens de son espèce ne sont pas des aventuriers de la politique mais les produits standardisés d’un système. Somme toute, rien de plus ennuyeux.

L’ennui frôle l’accablement quand on s’aperçoit que l’apologie de la jeunesse du nouveau Premier ministre est le fait de très vieux commentateurs qui croient revivre leurs belles années - celles de la privatisation des médias, du triomphe de la communication, de la concurrence-qui-fait-baisser-les-prix, de la libre entreprise incarnée par Bernard Tapie, de la construction européenne avec Jacques Delors, de la mondialisation heureuse selon Alain Minc… Toujours installés dans leurs sinécures, ces apôtres du conformisme ne veulent pas voir que les médias sombrent chaque jour un peu plus dans le discrédit, que les citoyens n’ont jamais été dupes des malices de la communication, que le néolibéralisme engendre l’appauvrissement individuel et collectif, que l’Union européenne est devenu un monstre bureaucratique.

Or les jeunes dont la caste médiatique assure la promotion - hier Emmanuel Macron, aujourd’hui Gabriel Attal - ne sont pas de ceux qui, lucides, veulent changer le vieux monde. Au contraire ! Ils ont réussi parce qu’ils se sont coulés dans le moule oligarchique et leur seule audace a été de militer avec ténacité pour leur propre promotion. Installés dans la place, ils ont mis leur brillante intelligence au service d’une idéologie éculée qu’ils tentent d’appliquer par la voie de réformes antisociales et par la destruction méthodique de l’Etat. Ils n’ont pas compris que l’époque était à la démondialisation. Ils constatent la désindustrialisation sans jamais remonter aux causes de ce désastre : la monnaie unique qui interdit les dévaluations et le libre-échange. Ils croient encore que la réduction de la protection sociale est la condition première de compétitivité. Ces bourreaux de travail se targuent d’une compétence fondée sur la connaissance des dossiers mais les qualités du technicien, fin connaisseur des rouages de la machine administrative, ne peuvent remplacer le souci politique.

En régime oligarchique, le service de l’intérêt général est effacé par le respect des normes supérieures et des organes qui les imposent. Comme les précédentes gouvernances, celle de Gabriel Attal se pliera aux objectifs de réduction du déficit budgétaire et de l’endettement fixés par la Commission européenne, selon de nouvelles modalités que nous aurons bientôt à examiner. La nomination de l’ancien directeur du Trésor, Emmanuel Moulin, comme directeur de cabinet du Premier ministre est le signe tangible du durcissement austéritaire de la nouvelle équipe. C’est ce qui rend risible l’idée selon laquelle le nouveau Premier ministre pourrait efficacement contrer Jordan Bardella puisque ce sont les choix économiques et sociaux de la macronie qui grossissent l’électorat du Rassemblement national. L’arrivée de Rachida Dati et de Catherine Vautrin ne changera rien à la donne. Toutes deux illustrent simplement la facilité des transferts d’un clan à un autre au sein de l’oligarchie et la futilité des discussions sur son aile droite et son aile gauche.

Toujours soumis aux injonctions bruxelloises et renchérissant dans la ferveur européiste jusqu’en juin, les membres de la nouvelle équipe resteront sur la scène mondiale les spectateurs de parties qui se mènent sans la France - en Europe continentale, en Afrique, au Proche-Orient - tandis qu’Emmanuel Macron continuera de jouer tous les rôles. Sauf celui qui lui est fixé par la Constitution ! Et c’est ainsi qu’ils continueront à expédier les affaires courantes, sans majorité parlementaire assurée, en espérant que tout se passera bien lors des Jeux olympiques et qu’ils pourront tirer quelque gloire sondagière de l’événement.

Leurs paris à court terme, leurs astuces communicationnelles et leurs manœuvres politiciennes n’effaceront pas la caractéristique principale de leurs médiocres actions. Ils gouvernent ou prétendent gouverner au mépris du bien-être et des aspirations de la majorité des Français, pour la défense des intérêts d’une classe ultra-minoritaire. Sous les amabilités langagières, la logique de confrontation violente reste à l’ordre du jour.