Il est naturellement impossible de savoir où va nous conduire la politique menée au Proche-Orient par l’ex futur Prix Nobel de la Paix, mais nous pouvons déjà poser avec prudence quelques jalons. Il devient lassant d’entendre les petites stars des médias et autres starlettes des plateaux nous annoncer soir et matin que nous allons vers la troisième guerre mondiale. C’était déjà le cas après l’agression russe contre l’Ukraine. Or nous n’en savons rigoureusement rien même si nous avons le droit d’être inquiet. Il faut arrêter de se raconter comme les enfants des histoires qui font peur. Il est lassant également d’entendre matin et soir les jérémiades des uns et des autres sur la folie de Donald Trump. C’est le genre d’arguments qu’on développe pour se rassurer quand on ne comprend rien à ce qui se passe et qu’on ne peut concevoir que les choses n’aillent pas dans le sens qu’on avait prévu. Assez de pleurnicheries sur les violations du droit international. Les violations de ce droit sont aussi anciennes que ce droit lui-même. Cela n’excuse rien mais cela nous libère de schémas préconçus plus ou moins explicites sur un avant et un après qui en disent plus sur nos représentations que sur la réalité que nous vivons. Enfin gardons-nous des pitreries de certains « patriotes » qui font des gardiens de la révolution iranienne des disciples de Churchill et de Trump le digne héritier de Hitler. L’anachronisme en histoire comme en politique est une ânerie. Ne parlons pas des divagations sur la manipulation de Trump par Netanyahou qui fleurent mauvais l’antisémitisme. Assez !!
La politique de Trump cherche d’abord et avant tout à faire régresser l’influence chinoise en Amérique Latine comme en Asie ou ailleurs. Ce qui n’empêche pas des deals provisoires. Or l’Iran est un des principaux fournisseurs énergétiques de la Chine voire de l’Inde. Natacha Polony a raison quand elle dit que derrière des déclarations contradictoires quotidiennes, Trump a un objectif très clair dont on peut quand même se demander si les solutions adoptées pour y parvenir sont efficaces à défaut d’être justes. Netanyahou de son côté veut remodeler le Proche-Orient pour y devenir la puissance dominante fut-ce au prix de l’éclatement du Liban, de la Syrie ou de l’Iran. Les deux ne sont pas incompatibles mais ne se recoupent pas nécessairement. Mais à ce petit jeu, il semble bien que les deux acteurs et le Président américain en tout premier lieu n’aient pas pris la mesure de ce qu’ils faisaient. S’en préoccupaient-ils d’ailleurs vraiment ?
Petit à petit il apparaît qu’une partie de l’entourage du Président américain et de son administration désavouaient cette aventure militaire. La démission du chef du renseignement américain et ses déclarations en sont une preuve manifeste. Le Congrès américain ronge son frein mais face au mécontentement d’une part de plus en plus importante de l’électorat et face à la perspective des élections de mid-term, combien de temps encore pourra-t-il laisser faire le Président ? Le Premier ministre israélien lui, peut encore compter sur le soutien de son opinion publique qui voit dans l’Iran une menace existentielle. Mais les tirs iraniens se montrent quand même plus efficaces que prévu. Et il faudra bien sortir de cet état de guerre et pour construire quoi ? Le locataire de la Maison-Blanche a-t-il vraiment cru que l’élimination de quelques têtes aussi nombreuses soient-elles, feraient tomber le régime ? Elle a surtout apporté destructions et désolation, et les jours qui passent montrent que l’Iran s’est formidablement bien préparé, tant sur le plan politique que militaire et que les drones iraniens provoquent des dégâts considérables. La destruction des usines de dessalement de l’eau de mer dans le Golfe provoquerait une catastrophe économique et humaine dramatique. La fermeture du détroit d’Ormuz si elle freine voire empêche le transfert des hydrocarbures nuit aussi à l’exportation d’engrais dont nombre de pays ont besoin pour leur agriculture et dont les pénuries sont susceptibles de provoquer des famines avec les conséquences politiques qu’on peut imaginer.
C’est donc vers une crise économique majeure que l’on s’oriente, crise qui pourrait toucher aussi les Etats-Unis et l’Europe. A cela vient s’ajouter le fait que le fait que l’administration Trump n’a pas jugé nécessaire de mettre en place une économie de guerre, à même de produire les armements dont elle a besoin. Mais le peut-elle seulement ? La désindustrialisation du pays fruit de trente ans de niaiseries sur la mondialisation heureuse y est un obstacle majeur. Le seul avantage de cette guerre est probablement de montrer l’amateurisme de ceux qui l’ont provoquée tant à Washington qu’à Tel-Aviv.
Dès lors, il faut être reconnaissant au Président Macron d’avoir refusé de nous engager dans une aventure délirante aux côtés des Américains. Plus que jamais l’Europe et d’abord la France doivent s’émanciper de la tutelle américaine. Plus que jamais, elles doivent se penser comme des puissances dans une architecture à repenser de fond en comble. Mais l’Europe et plus particulièrement la France sont-elles encore capables de considérer la puissance autrement que comme un gros mot ?
Les impasses du trumpisme