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Royaliste n° 1233

Le temps des révoltes

par Bertrand Renouvin

lundi 25 avril 2022

Au soir du 24 avril, fort de sa victoire, Emmanuel Macron s’est déclaré président de tous les Français. Telle est bien la logique de l’élection présidentielle qui doit permettre la rencontre d’un homme et de la nation.

Nous aimerions qu’il en soit ainsi. Nous n’avons cessé de souhaiter que le président de la République incarne l’arbitrage, la continuité de l’État et l’indépendance nationale. La lutte des partis et les fractures sociales ont rendu difficile cette incarnation nécessaire de l’unité par le vainqueur d’une élection à forte charge symbolique. Le quinquennat a renforcé le caractère partisan du locataire de l’Élysée, car la réduction de la durée du mandat présidentiel a été l’un des facteurs qui a accéléré la formation d’une oligarchie.

Pendant cinq ans, le vainqueur de 2017 a incarné la «  gouvernance  » oligarchique, la sécession des élites, la violence d’une classe sociale mobilisée pour imposer les normes édictées à Francfort et Berlin, toujours favorables au capitalisme financier. Rien dans les discours électoraux d’Emmanuel Macron n’annonce la conversion à une politique qui serait bienveillante pour les classes moyennes et populaires. Au contraire, le président sortant a annoncé une nouvelle réforme antisociale des retraites – celle que dicte l’Union européenne – et les résultats des deux tours ont confirmé qu’une impitoyable lutte de classes se déroulait dans notre pays.

Cela signifie que la victoire d’Emmanuel Macron ne résout rien. Il a bénéficié d’un faible vote d’adhésion et d’un important vote de rejet, dicté par la peur de ce que représente Marine Le Pen. Face à la bourgeoisie urbaine, minoritaire, les ouvriers, les employés, les cadres moyens et les retraités pauvres votent pour la populiste de droite ou pour le populiste de gauche sans possibilité de se réunir pour le combat final. Il ne s’agit pas d’une fatalité. Marine Le Pen aurait pu se libérer complètement de ses pesanteurs historiques, liquider sa xénophobie en présentant une véritable politique de l’immigration et mener la bataille de la souveraineté. Elle a préféré demeurer la rentière du malheur. Jean-Luc Mélenchon aurait pu se transcender pour devenir l’homme d’un rassemblement patriotique. Après avoir liquidé les meilleurs de ses lieutenants, il a préféré jouer à l’homme providentiel pour une gauche éclatée et disqualifiée afin de conforter sa radicalité rentière.

Cette situation est dramatique. Reconnus par la Constitution, les partis politiques sont indispensables à la démocratie. C’est le régime exclusif des partis qui est dangereux. Mais la déstructuration de la vie partisane n’est pas moins inquiétante. Pour les élections législatives, nous aurons à choisir entre le parti ectoplasmique du Président, des partis en voie de décomposition mais encore implantés dans le pays (Les Républicains, le Parti socialiste) et des partis fragiles ou liquides comme le Rassemblement national et la France insoumise.

Somme toute, le système des médiations partisanes est en voie de disparition. Le propre des médiations partisanes, syndicales et institutionnelles, c’est d’empêcher la violence et, quand elle se manifeste, de la canaliser et de l’apaiser en offrant aux révoltés la possibilité de participer à la vie politique et de l’orienter. Or les partis se liquéfient, les syndicats sont cantonnés à certains secteurs de l’activité et les institutions sont livrées à l’oligarchie qui viole le principe de séparation des pouvoirs et qui refuse la consultation par référendum.

La sécession des élites et l’effondrement progressif des médiations politiques et sociales se produisent dans une société qui subit le déclassement, la relégation géographique, la précarisation et l’exploitation de la force de travail avec lucidité qui avive la colère. Même s’ils n’en voient pas tous les rouages, les Français qui subissent le système formé par l’oligarchie parisienne, les bourgeoisies métropolitaines, les organes de l’Union européenne et le capitalisme financier comprennent qu’ils sont réduits à l’impuissance et victimes d’une dépossession qui s’est concrètement traduite par les privatisations et la dégradation des services publics. Ces Français ne peuvent se satisfaire du petit exutoire offert tous les cinq ans sous la forme du vote Le Pen ou du vote Mélenchon. Ils seront tentés par le repli désespéré ou par des actions de rue et des grèves sauvages.

Les révoltes qui viennent seront justifiées lorsqu’elles porteront sur le pouvoir d’achat laminé par l’inflation, sur les effets du changement climatique et sur les conséquences de notre désindustrialisation. Malgré les contradictions qu’elles portent, il est possible de les unifier dans un combat commun pour la reconquête de la souveraineté. Nous aurons à participer à ces luttes avec une détermination qui repose sur deux constats : la capacité de résistance collective des Français, mise à l’épreuve par la crise sanitaire ; la capacité d’analyse et de propositions qui résulte du travail accompli depuis quarante ans par ceux que nos lecteurs connaissent bien et qui doit trouver, aussi vite que possible, sa forme militante. ■