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Royaliste n° 1245

Le temps pourri des adieux

par Bertrand Renouvin

lundi 5 décembre 2022

Quand un ministre ou un président se prépare à quitter ses fonctions, il prend soin de nommer ses proches à des postes plus ou moins prestigieux. Tel est l’usage, qu’Emmanuel Macron respecte sous nos regards lassés par l’interminable succession des affaires.

Amélie de Montchalin, qui avait milité avec ardeur pour la suppression du corps diplomatique, a été nommée ambassadrice auprès de l’OCDE. Christophe Castaner, qui a laissé de cuisants souvenirs aux manifestants de 2018-2019, s’est vu attribuer la présidence de la société Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc - l’une des plus belles sinécures de la République. Jean Castex, dont on se souvient à peine qu’il fut Premier ministre, a été installé à la présidence de la RATP…

Ces signaux faibles de la fin du règne jupitérien permettent de pointer l’une des failles du quinquennat. Le président réélu pour sept ans pouvait compter sur cinq ou six années de direction effective des affaires de l’État. En cas de réélection pour un mandat non renouvelable, le président quinquennal voit son autorité contestée et son pouvoir s’éroder rapidement car la lutte pour la succession commence dès sa réélection. Tel est le cas au sein de l’oligarchie : Édouard Philippe s’est déjà engagé dans la bataille et d’autres – Gérald Darmanin, Bruno Le Maire – se préparent à un grand concours de savonnage de planches.

Faute de pouvoir empêcher ces pugilats, Emmanuel Macron y participe dans le total mépris de la fonction arbitrale. Campagne de rumeurs sur sa candidature en 2032, tentative de récupération de députés LR, manœuvres pour éliminer Édouard Philippe, objet d’une haine vigilante.

Cet activisme de basse-cour qui s’accompagne d’une frénésie de déplacements à l’étranger permet au Jupiter déchu d’oublier qu’il n’est plus que le spectateur des désordres qu’il a organisés et le trop bavard commentateur des contradictions européennes et du cours violent des affaires internationales.

En novembre, lorsqu’il était de passage à l’Élysée, Emmanuel Macron s’est sans doute intéressé au cas d’Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique et fille de l’important patron d’un groupe pétrolier qui a organisé pour le compte de ses petits-enfants la transmission d’un patrimoine placé dans divers paradis fiscaux. Quelle figure idéale pour un romancier marxiste !

Ce n’est pas tout. Le président des très riches a été contraint de congédier Caroline Cayeux, ministre déléguée chargée des collectivités territoriales, qui avait minoré la valeur d’importants biens immobiliers et nettement amélioré sa situation fiscale. En revanche, Emmanuel Macron n’a pas voulu se séparer du secrétaire général de la Présidence, Alexis Kohler, qui a été mis en examen en septembre pour «  prise illégale d’intérêts  », en raison de sa participation à des décisions concernant l’armateur MSC, dirigé par des membres de sa famille. Il faut aussi que le locataire de l’Élysée s’intéresse à son propre cas, puisque le Parquet national financier (PNF) a décidé d’enquêter sur les liens entre ses états-majors de campagne et le cabinet McKinsey…

Même si les médias radio-télévisés sont d’une grande pudeur quand il s’agit des mésaventures du club ministériel des gens fortunés, les millions de Français durement frappés par l’inflation n’ont pas manqué de faire le lien entre leur situation, de plus en plus dégradée, et la gouvernance erratique dont nous sommes accablés. C’est pourtant ce peuple éprouvé de multiples manières qu’on va provoquer en lançant une nouvelle réforme des retraites. Si ce risque est pris, c’est que les stratèges de l’Élysée et de Matignon parient sur l’atonie syndicale, sur la peur d’une répression violente des manifestations et sur l’incapacité des oppositions parlementaires.

C’est ainsi que la macronie va tenter de prolonger, mois après mois, sa survie. Elle peut tirer parti de tous les accablements et de toutes les faiblesses d’une société frappée par de multiples crises et privée de recours. Elle va cependant se heurter à des facteurs qu’elle ne peut pas maîtriser : Emmanuel Macron et ses affidés sont pris dans les contradictions qui travaillent l’Union européenne et les relations transatlantiques. La Banque centrale européenne prétend lutter contre l’inflation par une hausse des taux d’intérêt qui est sans effet sur les causes structurelles de la hausse des prix de l’énergie mais qui engendre la récession. Ainsi, la BCE bafoue stupidement les intérêts des gouvernements nationaux qui sont par ailleurs confrontés à la fin du mythe de la solidarité européenne. La France, en raison des illusions entretenues par sa classe dirigeante, est tout particulièrement éprouvée par la stratégie d’une Allemagne décidée à suivre son propre chemin.

Comme les États-Unis sont attachés à défendre leurs propres intérêts et à y soumettre l’Ouest européen, il ne sert à rien d’alerter sur le risque d’une «  fragmentation  » d’un Occident qui n’a jamais existé. Emmanuel Macron, qui déplore le protectionnisme américain sans en tirer la moindre leçon, est de plus en plus étranger au monde qu’il voulait éblouir. Interminable et sinistre comédie des adieux. ■