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Une priorité : la défense nationale

samedi 1er janvier 2000

Présentation : la défense nationale, c’est primordial ! par Bertrand Renouvin

La Défense nationale est l’affaire de tous les citoyens. Ils ne sauraient en négliger les contraintes puisque l’existence même de la France repose toujours, à l’heure du péril, sur les capacités militaires qu’elle aura su mettre en œuvre.

Cette nécessité défensive, justifiée par le souvenir des invasions et de cinglantes défaites, fut une évidence jusqu’à la fin de la Guerre froide. Les milieux dirigeants furent ensuite conquis par l’idée vague d’une histoire qui s’achèverait dans les bonheurs du marché mondialisé. Une idée d’autant plus séduisante qu’elle permettait de réduire au minimum l’effort militaire en gagnant une réputation de bon épargnant des deniers publics. On a somme toute oublié que les périodes de tranquillité étaient, en Europe comme ailleurs, de simples parenthèses qu’il fallait mettre à profit pour se préparer à affronter les mauvaises surprises et les circonstances toujours exceptionnelles, à réagir et à agir dans l’incertitude en comptant sur ses seules forces.

Malgré les dures leçons que nous n’avons pas tirées des guerres d’Irak, de Yougoslavie, de Syrie et d’Afghanistan, malgré nos déconvenues en Afrique, malgré la guerre d’attrition que se livrent les Russes et les Ukrainiens, notre classe dirigeante continue de disserter sur la défense européenne en se croyant à l’abri sous le parapluie américain. L’effort annoncé par la Loi de programmation militaire reste prisonnier des obsessions comptables - fort coûteuses au demeurant - et sera tragiquement insuffisant pour conjurer les menaces qui pèsent sur le territoire métropolitain, sur l’Outre-mer, sur notre immense domaine maritime. L’angoisse des royalistes de la NAR est celle d’innombrables citoyens. Nous voulons l’exprimer, sans nous enfermer dans le ressentiment, sans céder au désespoir, sans le compenser par un délire militariste de toute-puissance.

Rien n’est perdu. La France est regardée à juste titre comme un pays de haute culture mais nous sommes aussi une nation d’ingénieurs et de soldats qui furent grands parce qu’ils n’oubliaient pas que la véritable école de commandement, c’est la culture générale. Nous devons donner aujourd’hui à nos ingénieurs et à nos soldats les moyens qui leur permettront de montrer leurs capacités, leur enthousiasme et leur dévouement. Nous voulons que l’École forme des citoyens capables de comprendre l’effort de Défense, et d’y participer. Nous voulons que les représentants de la Nation se saisissent des questions militaires dans une juste appréciation des rapports de force internationaux et s’accordent, par delà les conflits partisans, sur une politique d’indépendance nationale garantie par des forces armées dotées de tous les moyens nécessaires à leurs missions.

La politique de Défense implique la cohérence des choix politiques, la planification des tâches, la mobilisation économique, la participation des citoyens. Tel est le sens de notre réflexion et de nos propositions, formulées dans l’espoir d’un effort salutaire.

Les royalistes et la défense nationale

Notre organisation militaire fait partie de l’héritage de la monarchie française. A partir du XIIIe siècle, sous l’impulsion des Capétiens, notre pays se dote d’une armée permanente et devient l’une des principales puissances européennes. L’effort de guerre mené par Richelieu, poursuivi par Colbert pour la marine, par Louvois pour l’armée de terre aura permis le succès de nos armes jusqu’aux guerres de la Révolution et de l’Empire. Au XIXe et au XXe siècle, les royalistes ont veillé à la préservation de cet héritage : ainsi, avant la Grande Guerre ils firent campagne pour le vote de la loi de trois ans, qui contribua grandement à la victoire. Et, entre les deux guerres, pour l’armée de métier et la constitution de ces grands corps blindés qui nous firent si cruellement défaut lors de la campagne de France.

Depuis plus d’un demi-siècle, nous soutenons la doctrine héritée du général de Gaulle, selon laquelle la France est une puissance mondiale attachée à l’équilibre entre les nations, hostile à la constitution de blocs et à l’hégémonie d’un peuple sur les autres. La guerre y est conçue comme un moment de la politique continuée par le moyen militaire. Notre pays a fait le choix d’organiser ses moyens de défense autour de la dissuasion nucléaire, d’une armée professionnelle en capacité de répondre à l’évolution des matériels et des techniques de combat et d’une réserve opérationnelle. Nous considérons que ces choix n’ont pas vocation à être modifiés dans l’avenir.

Après la fin de la Guerre froide, le pacifisme, le discours humanitaire, la propagation des thèses « atlantistes » ont créé dans notre classe politique et les médias des attitudes aussi confuses que dangereuses : on a cru que la guerre épargnerait l’Europe ; on s’est vanté de mener à l’extérieur des « guerres morales » ; on s’est imprégné, de l’idéologie et de la pratique américaines de la guerre. En choisissant de réintégrer le commandement de l’Otan, nos gouvernements ont réduit notre liberté d’action et hypothéqué notre dissuasion nucléaire. Ils ont tenté, à travers une défense européenne de pure façade, de masquer l’intégration de notre potentiel militaire dans l’Otan.

L’affrontement russo-ukrainien, les risques de conflit qui se dessinent en Asie et dans le Pacifique, les jeux dangereux auxquels se livrent les grandes puissance en Afrique changent radicalement la donne : la guerre est à nouveau une éventualité redoutable pour la France comme pour l’Europe. La défense du territoire doit redevenir une priorité absolue, tout en travaillant à un système continental de sécurité collective.

Pour les royalistes, ce projet implique aujourd’hui des choix clairs :

  • la force de dissuasion nucléaire stratégique doit rester, plus que jamais, le socle sur lequel s’appuie notre effort militaire. Notre pays doit préserver la capacité de frappe de nos deux composantes aérienne et océanique ;
  • pour répondre à la vocation internationale de la France, dont le territoire ne se limite pas à la seule métropole, nos forces classiques doivent être mieux à même d’intervenir rapidement en Europe ou dans l’outre-mer ;
  • l’accélération des programmes d’équipement est indispensable : développement et modernisation de la flotte, (dotée au minimum de deux porte-avions), de l’aviation de combat, des blindés et de l’artillerie lourde ;
  • les performances du renseignement doivent être confortées par un recours croissant aux nouvelles technologies et une présence affirmée dans l’espace ;
  • nos coopérations en matière d’armement doivent privilégier les Etats réellement soucieux de l’intérêt commun et se poursuivre au travers de structures souples, respectueuses des entreprises impliquées dans ces programmes.

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