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Royaliste n°1270 du 17 janvier 2024

Ces Autrichiens qui ont résisté

Les Idées

mercredi 17 janvier 2024

Voici un livre d’Histoire passionnant sur un sujet méconnu voire insoupçonné en France, celui des Autrichiens qui ont dit non à Hitler.

On a en mémoire les photos des foules dans les rues de Vienne, faisant le salut nazi. Le plébiscite du 10 avril 1938 sur l’Anschluss (l’intégration à l’Allemagne nazie) n’a-t-il pas été ratifié à près de 100 % ? Mais ce sont des photos de propagande. Non pas que ces foules n’auraient pas existé, mais l’image a été sélectionnée, et tout ce qui n’entrait pas dans le moule a été caché. Quant au référendum, il ne fut pas libre. Tout prouve que celui que le chancelier autrichien Schuschnigg avait prévu pour le 13 mars 1938, pour l’indépendance de l’Autriche, aurait dû obtenir les deux tiers des suffrages, s’il avait pu avoir lieu…

« Réduit à l’os » par les traités de paix, ce petit État – qui ne s’était jamais considéré comme une nation à part entière mais comme la cheville ouvrière d’un vaste Empire multinational – n’était pas équipé pour résister au déchaînement des nationalismes. En 1919, ses dirigeants sont des sociaux-démocrates au mieux internationalistes, ou se considérant comme membres du peuple allemand, hostiles à une patrie autrichienne considérée comme une réminiscence monarchiste. Ils conserveront cette position trop longtemps. Avec de nombreuses pertes de chances pour ceux qui voyaient dans l’affirmation d’une identité autrichienne, un gage de liberté pour les Autrichiens et d’équilibre pour l’Europe. À commencer par le prétendant au trône Otto de Habsbourg.

Mais bientôt les chrétiens-sociaux alliés à l’extrême droite portent au pouvoir Mgr Seipel, adepte de la formule ambiguë « Un peuple, deux États ». Il doit faire face à la sécession des socialistes, à la tentation déjà fasciste ou au moins allemande de certains de ses alliés. L’ère Seipel s’achève dans la confusion.

Jean Sévilla procède à une réhabilitation du chancelier conservateur Engelbert Dolfuss qui prend la suite : un « austrofasciste » pour ses détracteurs, mais en fait un personnage plus complexe et intéressant. Mal soutenu par Mussolini, il fut trahi par les « puissances » occidentales, que son assassinat par les nazis ne réveilla pas. La IIIe République, sans gouvernement dans les moments les plus dangereux, et le Gouvernement de Sa Majesté, privé de soutien américain, rivalisèrent de lâcheté. Après l’Anschlus, les accords de Munich n’étaient plus très loin et Hitler prenait les Sudètes aux Tchécoslovaques.

En Autriche, toute attitude non conforme à l’idéologie nazie fut éradiquée. Pour ne rien dire du sort des Juifs. Alors y eut-il vraiment une opposition, notamment dans les milieux catholiques ? 100 000 Autrichiens passèrent par les mains de la Gestapo, 10 000 en moururent. Tous ne furent pas des résistants avérés, mais beaucoup le furent, et bien d’autres agirent par solidarité avec les boucs émissaires du nazisme. Au lendemain de la Guerre, tous les nouveaux dirigeants autrichiens étaient passés par des camps de concentration. Cela mérite d’être évalué. Le rôle des communistes notamment, qui, contrairement aux socialistes, prétendaient croire en une nation autrichienne… C’est ce que Jean Sévilla a su analyser finement, en s’appuyant sur des travaux publiés en Autriche. Il maîtrise les codes de la culture autrichienne et la raison en est expliquée dans une introduction touchante, qui devrait désarmer ceux qui auraient la tentation de faire la fine bouche devant cette histoire horrible qui mérite d’être enfin connue chez nous.

Frédéric Aimard.

Jean Sévilla, Cette Autriche qui a dit non à Hitler, 1930-1945, Perrin, 2023