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Royaliste n°1263 du 9 octobre 2023

Des idées simples sur l’Orient

Les Idées

lundi 9 octobre 2023

Le recours à l’histoire longue est nécessaire pour dépasser les impasses héritées d’un passé plus récent.

Ainsi de la « politique arabe de la France » qui a dominé notre politique étrangère entre 1962 et 1991 avant de prendre un tour complètement différent à partir de 2008 sous la forme d’une sorte de « Françarabie », comme on dit « Françafrique » pour l’envers de « politique africaine de la France ».

C’est à dessein que le jeune historien Jean-François Figeac a titré son essai La France et l’Orient, puisqu’il y démontre, avec une puissante force de conviction mais toujours une grande élégance, que l’idée de politique arabe ne pouvait naître que de la disparition de l’empire ottoman. La grande tradition royale s’attachait non à un monde arabe mais à l’Orient jusqu’à ce que celui-ci devienne une question, « la question d’Orient », qui sera celle du démembrement de l’Empire. Encore est-il excessif même alors de parler de « tradition » : si Figeac sous-titre l’ouvrage : « de Louis XV à Emmanuel Macron », c’est pour ne pas dater cette période « de François 1er à Jacques Chirac ». Ces deux derniers ont vraiment cru à l’orientalisme, au « royaume arabe » (les Saint-Simoniens dans la foulée de Bonaparte jusqu’à Napoléon III) dont la politique gaullienne est l’ultime avatar. Entre-deux, la politique française connut bien des variantes. Les Lumières privilégiaient plutôt la cause hellène qui culminera sous la Restauration avec le philhellénisme. Dès Louis XV et Choiseul, contre Vergennes, alors ambassadeur auprès de la Sublime Porte avant de devenir le grand ministre de Louis XVI, les perspectives de démembrement de l’Empire ottoman dominent les esprits. Bonaparte en a hérité.

Comme la politique arabe a succédé à l’Orient, l’orientation vers le Golfe prend acte du décès de la dite politique arabe. Chirac comme Vergennes agissent à contre-temps. Leur monde est mort. En 2008, comme en 1798, on est passé à autre chose. Sarkozy et Macron, émules du Premier Consul, regardent vers Abou Dhabi qui prend la place de Constantinople et de Beyrouth comme tête de pont de ce nouvel Orient : la Sorbonne, le Louvre et la moitié de la base militaire de Djibouti y déménagent.

Ce décentrement ne clôt pas un débat qui n’aura jamais cessé sur « la France et l’Orient ». Dans un essai de typologie originale, l’auteur ne recense pas moins de six visions françaises actuelles de l’Orient (proche et médian) : par ordre chronologique, les gaullistes orthodoxes, les empiristes réalistes, les interventionnistes, les multiculturalistes, les néo-croisés et les multilatéralistes. Chacun s’y reconnaîtra. « La quête d’unanimité nationale derrière la politique orientale française demeure un leurre ». Recréer une situation paisible passerait, selon l’auteur, « par la mise en place d’une doctrine géopolitique en mesure d’estomper les clivages politiques autour d’un idéal. Plus que jamais, le Royaume arabe et la politique arabe de la France attendent un nouveau principe directeur pour leur succéder. »

On lira en contrepoint le passionnant parcours romancé qu’a tiré de son expérience, de la place Tahrir au Caire à la reconquête de Mossoul (janvier 2011 à juin 2017) le grand reporter Samuel Forey, prix Albert Londres 2017 (Les Aurores incertaines, Grasset, 2023). La reconstruction tâtonnante d’un nouvel Orient est encore trop incertaine pour retrouver notre boussole.

Dominique Decherf.

Jean-François Figeac, La France et l’Orient. De Louis XV à Emmanuel Macron, Passés composés, 2022