Dans son ouvrage intitulé La Quasi-guerre, l’auteur rappelle qu’entre 1796 et 1800 la France et les Etats-Unis connurent une période de tensions qui dégénérèrent en conflit. Il y eut des combats navals, des morts, des blessés, des prisonniers, des navires de commerce américains capturés par les corsaires français qui, eux-mêmes, pouvaient être pris par des bâtiments des Etats-Unis. Eric Schnakenbourg explique comment l’allié d’hier est devenu un quasi-ennemi. Les Etats-Unis et la France étaient alliés depuis 1778 et avaient combattu côte à côte lors de la guerre d’Indépendance américaine. Le 6 février 1778, parallèlement à la conclusion d’une alliance, avait été signé un traité « d’amitié et de commerce » comportant le statut de la nation le plus favorisée.
Il y avait des interprétations divergentes du traité. La victoire commune permettait aux Français d’espérer profiter du marché américain. Mais la perception française des jeunes Etats-Unis était encore marquée par une perception coloniale. L’incapacité des Américains à honorer leur dette, leur volonté d’en décaler les remboursements ont nourri une amertume et renforcé le sentiment d’ingratitude. Ce discours sur l’ingratitude était ressenti comme une humiliation par les Américains. Les Français considéraient que les Etats-Unis devaient honorer leur dette morale en pratiquant une neutralité à leur avantage. A l’image des Anglais obsédés par la domination commerciale, les Américains étaient jugés cupides, ne cherchant que le profit.
Les conditions faites au commerce étranger en France étaient loin d’être celles que les Américains espéraient. Les droits de douane levés en métropole et les restrictions imposées à leur commerce dans les colonies des Antilles nourrissaient un mécontentement. Contrairement à ce que les Français avaient espéré, la rupture entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne s’accompagna pas d’une rupture commerciale. Le 19 novembre 1794, John Jay et l’Anglais William Grenville signaient un traité d’amitié, de commerce et de navigation. Par le « Traité de Jay » les Etats-Unis octroyaient au commerce britannique le statut de la nation la plus favorisée dont seule la France bénéficiait jusque-là. Les Français éprouvèrent un sentiment de trahison du traité de 1778. Le Directoire considéra que l’alliance avec les Etats-Unis avait cessé d’exister. Les deux pays n’étaient pas en guerre officiellement mais leurs marines, elles, l’étaient.
Cependant, en Amérique, l’hypothèse de la guerre manquait de soutient car elle aurait abouti à renforcer la surpuissance maritime britannique. Quant à la France, elle semblait avoir tout à perdre à rompre complètement avec les Etats-Unis, même si elle avait mené une politique qui l’avait conduite à la lisière de la guerre. La perspective d’un conflit ouvert s’éloigna, laissant la place à un rapport de force inhérent à toute négociation diplomatique. Le 18 février 1799, le président Adams informa le Congrès qu’il avait nommé un ministre plénipotentiaire pour faire la paix avec la France. Après le coup d’Etat du 18 brumaire et la fondation du Consulat, Bonaparte, considéra qu’il y avait urgence à mettre un terme aux abus des corsaires. Un « traité provisoire » fut signé le 8 vendémiaire an IX (30 septembre 1800). La convention fut présentée à Bonaparte le 3 octobre lors d’une réception au château de Mortefontaine, résidence de son frère Joseph.
La convention de Mortefontaine doit être envisagée comme l’un des premiers actes internationaux de la jeune république américaine. Bonaparte renonça à la Louisiane qu’il vendit aux Américains par le traité du 30 avril 1803 pour 80 millions de francs. Un quart de la somme ne fut pas versée au titre des dédommagement pour les pertes de navires américains subie lors de la Quasi-guerre.
Alain Solari.
Eric Schnakenbourg, La Quasi-guerre – Le conflit entre la France et les Etats-Unis, Tallandier, janvier 2024.
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