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Royaliste n°1273 du 28 février 2024

Les raisons de la colère

Les Idées

mercredi 28 février 2024

Pourquoi doit-on présenter dans Royaliste le livre d’un psychiatre ? Parce que, du début à la fin, il s’agit d’un livre politique, au vrai sens du terme.

Boris Cyrulnik est un psychiatre qui s’est toujours intéressé à la façon dont se construit la personnalité chez les enfants. Dans son dernier essai , il étudie les racines de la violence, et ce qui fait qu’elle peut devenir incontrôlable. Car si « la violence caractérise le monde vivant (puisqu’elle) nécessite de se nourrir de la vie d’autrui », elle est généralement maîtrisée par une personne « normale » , quand une autre « ne peut pas contrôler la violence de ses rages et de ses désespoirs ». Il se pose donc la question de l’ontogénèse de cette violence.

Le cerveau humain, comme tous les organes, nécessite d’être alimenté et entraîné pour fonctionner. Ses dysfonctionnements viennent en général de carence dans les trois domaines sur lesquels il se construit : la biologie, les interactions comportementales (l’éthologie) et le psychisme. La base est donc neurologique : « la neuro-imagerie peut photographier les effets d’un appauvrissement sensoriel du milieu qui stimule mal le cerveau ». Puis vient l’éthologie, et si le très jeune enfant, comme le jeune animal, ne reçoivent pas au bon moment les stimulation nécessaires de leur entourage, leur développement cérébral en pâtira : « les animaux mettent en lumière l’importance de la séparation qui, en privant les petits d’une altérité nécessaire à son développement, provoque de graves troubles du comportement ».

Mais bien sûr une composante psychique, proprement humaine fait toute la différence : « la dimension fondamentale du langage humain, l’expression du temps et l’usage des modalité, font défaut (même) aux primates. (…) Le monde que l’on perçoit dépend de la construction de notre appareil à voir le monde. Ce dispositif est constitué par notre cerveau, pétri par son environnement écologique et social, et par notre langage imprégné en nous par le langage des autres ».

Muni de cette compréhension, nous pouvons mieux appréhender l’origine de la violence, individuelle et sociale : « dans les niveaux sociaux délaissés par la société, les réponses émotionnelles de détresse et de souffrance sont exacerbées par l’appauvrissement du milieu, qui ne stimule plus assez les circuits de la récompense tracés dans notre cerveau ». Cette explication sociologique n’est pas la seule : un enfant, issu d’un milieu favorisé qui ne s’occupe pas de lui, souffrira des mêmes maux.

La conclusion politique est claire : c’est par l’abandon social (quartiers défavorisés), familial (familles ne stimulant plus l’enfant) et éducatif (carence ou excès affectifs) que se créent des psychismes qui ne peuvent pas dominer leur violence.

Une autre conclusion saute aux yeux. De nouvelles écoles de pensée nous plongent dans un monde de confusion, où toute différence, même entre l’homme et l’animal, est niée. Le livre de Cyrulnik remet les idées en place : « aux déterminismes naturels, climatiques, hormonaux, physiologiques que nous partageons avec les animaux, les cultures ont ajouté des déterminismes noétiques, où l’acte de penser repose sur la verbalité et sur l’intelligence abstraite, parfois au point de se couper de la réalité ». Nous ne pouvons nier notre appartenance au monde animal, ni notre corps, notre histoire, notre humanité, notre écosystème. Vouloir nier ces faits, comme le font certains, est insensé et peut mener une société à la folie.

François Gerlotto.

Boris Cyrulnik, Quarante voleurs en carence affective : bagarres animales et guerres humaines. Odile Jacob, 2023