Le titre « histoire de la mer » est sûrement réducteur, puisque le récit commence bien avant la préhistoire, avec Gondwana, le continent unique originel.
Cette saga de la mer n’est pas une histoire linéaire, elle précède de loin l’apparition de l’homme, et a, pour son début, le million d’années pour unité de temps. Puis, elle s’accélère avec les premiers hommes et leurs migrations rendues possibles par l’ère glaciaire qui vit une bonne part des eaux absorbées par glaciers et icebergs. Jusqu’à 130 mètres au-dessous du niveau actuel, voilà qui rendit possible le passage de nos ancêtres vers des terres qui, aujourd’hui, ne seraient accessibles qu’à l’issue d’une navigation. On s’étonne aussi, d’apprendre qu’au fond de fosses qui restent les seules zones encore inexplorées de notre Terre, le manteau est souvent mince et que le magma affleure suffisamment pour que des volcans sous-marins l’y laissent se déverser.
L’auteur, universitaire italien, nous offre, d’une plume alerte et entraînante, des allers et retours entre plusieurs histoires parallèles. Une histoire du milieu marin, de son évolution physico-chimique, des vents et courants, des températures en surface et en profondeur. Puis, l’épopée des hommes qui s’installèrent d’abord sur ses côtes, apprirent à pêcher, inventèrent les premiers esquifs, pirogues monoxyles ou radeaux, maitrisèrent peu à peu les techniques de la navigation, de la construction navale, de la propulsion. De là, on passe au cabotage, puis à la navigation hauturière, aux ports et aux routes de navigation. Peut-être un des thèmes les plus intéressants : avant qu’on ne puisse faire le point astronomique, il faut définir des routes connues, avec leurs repères, leurs « chemins d’étoiles » (on saura par exemple qu’il faut naviguer deux jours avec telle étoile à une main au-dessus de l’horizon). On commerçait, dès l’Antiquité, avec l’Inde et la Chine. Chaque nation développera telle ou telle de ces routes océaniques, créera des escales et en réclamera le monopole.
On redécouvre enfin les premières grandes migrations, et de la conquête du Pacifique, les découvreurs partant contre le vent pour se ménager la possibilité d’un retour. L’aventure des grandes découvertes, de la route des Indes, de l’Amérique, de la recherche du passage du Nord-Ouest débouche sur le développement d’un commerce maritime de plus en plus massif : percement de Suez et de Panama, généralisation du conteneur. La mer devient dans la dernière période lieu de loisir et de navigation sportive, mais aussi menacée. La partie peut-être la moins développée est le rôle de la puissance maritime dans les derniers conflits mondiaux, mais cet aspect fait l’objet par ailleurs d’une très riche bibliographie.
Une série de thèmes de lecture facile, entrecoupés de développements sur un aspect transversal (« le poulpe » ou « le crabe », ou le mythe de l’Atlantide). L’ouvrage, bien que volumineux (un peu plus de 500 pages), se lit avec un plaisir et un intérêt qui ne faiblissent pas. ■
Eric Cézembre.
► Histoire de la mer, par Alessandro Vanoli, Passés composés, août 2024.
La mer, un espace pour l’homme