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Royaliste n°1275 du 27 mars 2024

Réflexions de pointe

Les Idées

mercredi 27 mars 2024

Fondée en 1894, la prestigieuse Revue politique et parlementaire continue de nourrir la réflexion prospective comme en témoigne le dossier qu’elle a récemment consacré au travail.

Mise à mal par la logique néo-libérale, l’éminente dignité du travail doit être repensée selon les défis anciens et nouveaux qui mettent en question la part la plus importante de l’activité humaine et provoquent aujourd’hui plus de souffrance que d’émancipation. Faute de pouvoir évoquer toutes les contributions - sur le management, l’immigration, la numérisation, les nouveaux modes d’activité - je signale l’entretien accordé à la revue par Jean-Claude Mailly. L’ancien secrétaire général de Force ouvrière appelle l’ensemble du monde occidental à un “aggiornamento économique et social” permettant de rompre avec la logique néolibérale.

Quant à la France, Jean-Claude Mailly dénonce une évolution trop peu combattue par les actuelles directions syndicales : la perte du pouvoir monétaire, la complexité de l’Union européenne et la logique néolibérale “ont conduit progressivement les pouvoirs publics à vouloir prendre la main sur toute la sphère sociale y compris compte tenu des masses financières en jeu”.

La création de Pôle emploi, la remise en cause du 1% logement, la volonté de récupérer les réserves financières de toutes les caisses de retraite et la remise en cause de l’assurance chômage en 2018 s’inscrivent dans cette logique pernicieuse. C’est le paritarisme qu’on veut détruire alors qu’il fait “partie intégrante de la démocratie sociale”. Et Jean-Claude Mailly de conclure que “l’exécutif tend à appliquer une conception dangereuse du en même temps : libéral au plan économique, autoritaire au plan social”. Le durcissement de l’austérité budgétaire qui se profile va malheureusement confirmer cette analyse. Ces attentats contre la démocratie sociale s’inscrivent dans un processus encore plus inquiétant que les décisions prises par la gouvernance oligarchique. Dans l’entretien qu’il a accordé à la revue, Bernard Bourdin explique que la crise des démocraties occidentales tient au fait que, “en perdant leur socle national, elles ont perdu le cadre spatio-temporel qui leur permet d’exister”. Si l’on se détache de la nation et que l’on fonctionnalise le statut de citoyen, “on lui fait perdre toute référence symbolique, nécessairement tirée de l’Histoire. Le citoyen est condamné à être un citoyen à plusieurs étages. Or, si l’idée peut paraître séduisante, l’exemple de la construction européenne montre que le patriotisme constitutionnel, au fond, ne fonctionne pas”. C’est là un point à méditer, alors que s’engage la campagne pour les élections européennes.

Les impasses du néolibéralisme et ses échecs cinglants peuvent provoquer un choc salutaire mais ils engendrent aussi des réactions ultra-libérales comme on le voit en Argentine. Sociologue et historien argentin, Humberto Cucchetti analyse la pensée et le comportement de Javier Milei, qui se fonde sur une pure idéologie, héritée de l’école autrichienne (Hayek) et de l’école de Chicago (Friedman), “loin de toute viabilité politique”. Milei est le produit inattendu et délirant de l’échec des partis dominants, des désastres économiques et sociaux qu’ils ont provoqués. Mais le nouveau président est pétri de contradictions et il n’est pas sûr qu’il puisse tenir longtemps - à moins que l’incarnation de la révolte anti-étatique ne se transforme en chef d’Etat.

Sylvie Fernoy.

Revue politique et parlementaire , n° 1108, “Le travail : permanences et mutations”, octobre-décembre 2023.