Le bœuf et l’âne de la crèche sont au Paradis et dialoguent paisiblement, empruntant à Péguy, Claudel et Teilhard de Chardin, ou à une poétesse du temps d’Henry IV, pour exprimer « des vérités ineffables » dont l’Âne dit « Je sais qu’elles ont des racines ici-bas et que la terre est fille et mère de l’absolu », de même que, lui fait remarquer le Bœuf : « Marie, fille et servante, a engendré son Créateur… » Pour faire court, la doctrine de Jean Bastaire, qui s’exprime ici dans un magnifique « Mystère de Noël » enregistré sur cassette et reproduit dans un livre de mélanges (une douzaine de textes variés) qui vient de lui être consacré pour les 10 ans de sa mort, était que, s’il y a un salut universel apporté par le Christ, il ne l’est pas seulement pour l’homme, même gardien de la nature, mais pour toute la Création. Ce qui doit avoir des conséquences pratiques sur notre manière de vivre, de consommer…
Dans la dernière partie de sa vie, Jean Bastaire, devenu veuf, avait repris et théorisé l’engagement écologique qu’il avait eu longtemps avec son épouse. Il était de plus en plus disciple de saint François d’Assise, dont on se rappelle le Cantique de frère Soleil. On ne peut pas dire que, de son vivant, il fut pourtant écouté et reconnu par les Franciscains, du moins sous leur forme institutionnelle. Mais depuis qu’un certain pape François, a publié, en 2015, son encyclique Laudato si’, appelant à une « écologie intégrale », complètement en phase avec les intuitions radicales développées par Jean Bastaire depuis 1996, les choses ont changé. Tout cela est remarquablement raconté dans ce petit livre, documents à l’appui.
Bastaire fut également très marqué par « le Christ cosmique » du père Teilhard de Chardin. Il appartient au père jésuite François Euvé, directeur de la revue Les Études, de démêler savamment cette inspiration teilhardienne dans le texte lumineux d’une conférence qu’il prononça en 2015 et qui est donc reprise dans ce volume. D’autres s’emploient à mesurer la portée des inspirations de Jean Bastaire puisées dans les Pères de l’Église. Le militant écologiste Bastaire a surtout marqué toute une génération de jeunes intellectuels chrétiens (qu’on retrouvera dans la revue Limite entre 2015 et 2022). Le témoignage inédit (bien que rédigé en 2015) de Falk van Gaver, qui a pris désormais d’autres orientations, en restera un superbe témoignage.
Mais, grâce à l’appui du cardinal Philippe Barbarin, l’influence de Jean Bastaire, appuyée sur un legs considérables de ses archives personnelles (et d’une collection de littérature populaire et enfantine de plus de 10 000 volumes !), a désormais pris un tour universitaire. L’Université catholique de Lyon a constitué des équipes de chercheurs autour d’une chaire « Jean Bastaire » qui a multiplié les initiatives pédagogiques à destination des étudiants (cours, colloques…) et du grand public (conférences, émissions de radio…). Enfin, autour du père Bertrand Cormier, du diocèse de Cahors, une communauté de Petits Frères et sœurs de la Création, a vu le jour, dont ce livre nous décrit les prémices. L’inspiration bastérienne est à l’œuvre.
Frédéric Aimard.
Fabien Revol et François Euvé, Jean Bastaire l’écologiste. Hommage à un pionnier. Salvator, 2023.
(1). Lire mon témoignage dans La Nation Française n° 53 du 16 octobre 2023 : « J. Bastaire le précurseur".
Un pionnier de l’écologie chrétienne