ll n’y a que Stéphane Bern pour s’y reconnaître un peu parmi les centaines d’archiducs et archiduchesses vivants issus de la famille Habsbourg. C’est pourquoi il est bien placé pour préfacer avec amitié l’édition française d’un petit livre écrit pour le public américain, d’Édouard de Habsbourg-Lorraine, digne rejeton de la branche hongroise de cette illustre famille impériale, qui a régné sur l’Autriche et l’Espagne et tant d’autres terres associées, souvent acquises par mariages. Ce dernier fait est d’ailleurs l’une des premières caractéristiques mises en valeur dans cet exposé de « La méthode Habsbourg » par cet archiduc qui continue la tradition de service de sa famille en tant que diplomate, comme deux autres de ses cousins d’ailleurs.
Stéphane Bern note que si les Habsbourg ont perdu le pouvoir, ils ont gardé beaucoup d’influence, ne serait-ce que par leur nombre, leurs alliances et leur solidarité (dont un important groupe WhatsApp témoigne)... Et donc par une façon d’être qu’il s’agit de déceler à travers 7 principes : « Marie-toi », « Sois catholique (et pratique ta foi) », « Crois en l’Empire (et au principe de subsidiarité) » « Défends le droit et la justice », etc. Chaque principe est illustré par le portrait d’un grand ancêtre, ou d’un couple impérial, et l’archiduc essaie d’en tirer une leçon pour le présent et l’avenir. Il y a des contre-exemples qu’un souci d’être lucide et juste n’élude pas. Rêve-t-il de restaurations monarchiques ? « Non… (quoique) ». Cette fresque est brossée avec légèreté, sans prétendre faire œuvre d’historien, mais pour transmettre une partie de ce qu’il a reçu à travers une éducation pétrie de fierté familiale. Ces pages ne manquent pourtant pas de modestie, d’humour, voire d’autodérision jusqu’à commenter le fameux prognathisme des Habsbourg et leurs consanguinités…
Pour les Français, il s’agit un peu d’une Histoire inversée, tant les principes capétiens et les principes habsbourgeois se sont durement affrontés à travers les siècles, jusqu’aux guerres napoléoniennes, puis la Guerre de 14… Richelieu, Clemenceau ne sont pas regardés comme nous en avons l’habitude ! Une différence qui se prolonge peut-être dans la vision de l’Europe actuelle ? L’archiduc fait de la pédagogie, mais pas vraiment de politique même s’il avoue, en conclusion, s’être beaucoup inspiré des discours du docteur Otto, fils aîné du bienheureux Charles Ier… Bref, un joli livre de plus pour cet archiduc, père de six enfants et aussi d’une œuvre de romancier et d’essayiste. Un moyen pour le lecteur français d’aborder avec plaisir un vaste continent historique qu’il ignore généralement. ■
Frédéric Aimard.
Une leçon politique