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Royaliste n°1319 du 11 mars 2026

Dissuasion « avancée » : méfiance !

La Politique

mercredi 11 mars 2026

Le Président de la République vient de présenter, dans une mise en scène dramatisée, ses orientations en matière de dissuasion nucléaire.

Emmanuel Macron a dévoilé un plan de « dissuasion avancée » pour l’Europe, le 2 mars depuis le site de l’Île Longue, en Bretagne.

Le renforcement de notre arsenal. - Les autres puissances, en premier lieu la Chine, augmentent rapidement la taille et le niveau technologique de leur outil nucléaire. La course au missile hypersonique manœuvrable doit rendre inopérante toute défense antimissiles. On peut craindre une conjonction des menaces, qui pourrait rendre notre force stratégique insuffisante pour menacer d’anéantissement plusieurs adversaires.

Très logiquement, notre pays va donc augmenter le nombre de ses têtes nucléaires. Est-ce renoncer au concept de « stricte suffisance » ? Non, il ne s’agit en aucun cas de gagner une bataille nucléaire, mais toujours de rendre une agression absurde. Nous avions 550 têtes à la fin de la Guerre froide, 300 actuellement, sans que le concept en ait été changé,

Sur quels programmes portera cette augmentation ? Il est bien sûr possible de construire un quatrième jeu de missiles, mais le quatrième SNLE pourrait être en maintenance lourde et donc indisponible. La transformation nucléaire du SCALP est envisageable, même si sa portée est limitée à quelques centaines de kilomètres. L’augmentation du nombre de missiles air-sol moyenne portée (ASMP) est la solution la plus logique et la plus rapide. Quand à l’amélioration des performances, notre pays est bien placé dans la course à l’hypervélocité. L’annonce de la construction d’un nouveau sous-marin lanceurs d’engins, l’Invincible, pour 2036, laisse planer une ambiguïté. S’ajoutera-t-il ou se substituera-t-il à l’actuelle série de quatre SNLE ? Cinq SNLE ne seraient pas superflus.

Augmenter la taille de notre force nucléaire pose le problème, non résolu par l’actuelle Loi de programmation militaire, et auquel la future loi qui sera déposée avant l’été devra répondre, du nombre de vecteurs nucléaires et du format des forces conventionnelles. Le parc actuel d’avions de combat ne garantit pas, après la première phase d’un conflit, la disponibilité suffisante pour un raid nucléaire. Le format de notre Marine ne permet pas de disputer la maîtrise de l’Océan à un adversaire de taille, à plus forte raison à plusieurs. N’oublions pas que lorsqu’on en vient à envisager d’engager la force nucléaire, on est seul.

Seuls ou avec d’autres ? - Le second volet a fait l’objet de commentaires politiques, évoqués ci-contre. Notons que la fiabilité et l’excellence de notre dissuasion nucléaire sont reconnues. Les exercices valident régulièrement procédures et matériels, nous ne connaissons pas les déboires récents des Britanniques. Sur la détermination à engager le cas échéant la force stratégique, le ton du Président a été plutôt convaincant.

Reste la dissuasion « avancée » Le discours officiel affirme que la responsabilité sera toujours celle du Président français. L’adhésion à la démarche de huit, et peut-être de dix, pays européens illustrerait même l’influence renforcée de la France....

La possibilité de disperser nos avions sur des bases d’alliés européens sanctuarise ceux-ci, et vient compenser en partie la vulnérabilité créée par les fermetures de nos bases aériennes imposées par les comptables de l’ère Parly.

L’appui des forces aériennes alliées peut faciliter le raid nucléaire, à condition que cet appui ne devienne pas suffisamment nécessaire pour fournir un droit de veto.

Les doctrines nucléaires ne sont pas les mêmes, entre la clarté de la nôtre et le flou relatif otanien, la concertation pourrait bien tourner au dialogue de sourds.

Surtout, l’histoire récente des débats sur la « défense européenne » montre des « alliés » bien décidés à placer sous contrôle notre contribution. L’insistance de Macron à vouloir être l’élève modèle de la classe européenne pourrait bien nous coûter cher. La constitution d’un groupe bilatéral de haut niveau franco-allemand n’est pas de nature à nous rassurer.

Eric Cézembre.