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Royaliste n°1321 du 8 avril 2026

Un entretien avec Mgr le comte de Paris

La Politique

mercredi 8 avril 2026

Après les agriculteurs, Mgr le comte de Paris est parti à la rencontre d’un autre métier fortement lié au climat : la conchyliculture. Nous l’avons interrogé sur ses conclusions.

Mgr le comte de Paris avec M. Patrice Lafont, président du Comité régional conchylicole de Méditerranée.

Royaliste - Monseigneur, le 11 mars vous êtes allé à Sète discuter avec les scientifiques travaillant dans l’Unité Mixte de Recherche « MARBEC » (1), puis vous avez rencontré des ostréiculteurs. Quelles conclusions avez-vous tirées de ces rencontres ?

Mgr le comte de Paris. - L’exposé de M. Laurent Dagorn, directeur de l’UMR, nous a fait toucher du doigt à partir de quelques exemples, les atouts et les difficultés de la recherche en France. Parmi ses atouts, l’excellence des équipes et leur engagement, mais aussi la spécificité française de l’organisation en UMR, et en « sites universitaires », qui ont permis par exemple à l’Université de Montpellier de se retrouver dans le « Top 5 » du classement de Shanghai des universités travaillant en écologie marine. J’ai aussi beaucoup apprécié la présentation sur la coopération internationale par Arnaud Bertrand, le directeur du Laboratoire Mixte International « Tapioca », qui coopère avec le Brésil. Cela nous montre la force d’une coopération bien comprise, équilibrée et permanente, entre partenaires égaux et volontaires, qui permet à la France de rayonner à l’étranger. Même malmenée parfois par les mauvaises choix de nos politiques, notre attractivité internationale est toujours vivante, grâce à des efforts comme ceux-ci.

Au vu des explications qui vous ont été données sur les atouts et les fragilités de l’ostréiculture sur le bassin de Thau, quelle impression en retirez-vous pour l’avenir de cette activité à la fois en tant que contributrice à la souveraineté alimentaire et à la protection du milieu naturel ?

Je tiens tout d’abord à remercier Monsieur Patrice Lafont, conchyliculteur et Président du Comité régional conchylicole de Méditerranée, pour le temps qu’il a bien voulu nous accorder malgré un emploi du temps chargé, et pour ses explications très claires, qui ont suivi celles, tout aussi informatives, donnée par Valérie Derolez, de l’Ifremer, sur la biologie et l’écologie des huitres. La conchyliculture est remarquable, comme peut-être la sylviculture, par le fait qu’elle exploite les ressources d’un milieu entièrement naturel, sans le perturber ni y apporter aucun bouleversement. Ce respect et cette protection du milieu font que, malgré une urbanisation croissante, la qualité de l’eau et de l’environnement de la lagune de Thau est parmi les meilleures d’Europe. En contrepartie, la profession reste très sensible au changement climatique et aux bouleversements météorologiques : cet hiver, les ostréiculteurs ont perdu près de 20 % de leur chiffre d’affaire annuel. La profession se trouve face à des défis autant climatiques que culturels, auxquels elle fait face par son adaptabilité et son inventivité, sans non plus tout attendre de l’État pour sa survie, ce qui est la marque d’une activité vivante.

Durant ces rencontres, vous avez pu voir le « paysage » de la lagune de Thau, depuis le Mont Saint-Clair et depuis un village de la côte nord. Qu’avez-vous retiré de ces observations de géographie humaine et agro-industrielle ?

En effet, j’ai pu voir les champs ostréicoles de la lagune depuis le point de vue exceptionnel du Mont Saint-Clair à Sète, puis les tables d’élevage depuis Bouzigues, sur la côte nord de la lagune. Ces vues montrent deux choses. La première, c’est que l’espace est judicieusement partagé entre urbanisation, tourisme, industrie, agriculture et conchyliculture. Ce partage de l’espace permet à chaque activité de se développer harmonieusement, et on le voit très bien du haut du Mont Saint-Clair. La deuxième, qui est en partie conséquence de la première, c’est la beauté de ces paysages humanisés. L’équilibre des activités, la place laissée à l’environnement naturel, le soin apporté à chacun de ces métiers, se traduit par une protection du paysage qui frappe tous ceux qui ont l’occasion de le voir. En plus de son aspect apaisant pour l’esprit, la beauté d’un paysage est aussi l’indice de sa bonne santé ! ■

Propos recueillis par François Gerlotto.

(1). Marine Biology, Exploitation and Conservation