Royaliste insiste depuis longtemps sur l’urgence d’un réarmement français. Non pour agresser qui que ce soit, mais pour dissuader toute puissance à prétention impériale d’entrer en guerre ou de nous contraindre à la soumission. Où en sommes-nous, après des années d’ « économie de guerre » ?
Notre réarmement est-il en cours ? Oui, en 2025 38 milliards de commandes, dont le porte-avions nouvelle génération, une quatrième Frégate de défense et d’intervention, 5 avions de surveillance maritime, 2 AWACS Saab, des torpilles lourdes, des lots supplémentaires de missiles. Cette même année ont été livrés un satellite d’observation, des missiles balistiques, 11 Rafale, 1 avion de transport A400M, 1 avion ravitailleur, 1 bâtiment ravitailleur force, 30 blindés Jaguar, 150 véhicules Griffon, qui succèdent au Véhicule de l’avant blindé, sur un total de 1872 d’ici 2033, 113 véhicules Serval sur un total de 530, 1 Frégate de défense et d’intervention, 1000 premiers drones du combattant à coût maîtrisé. En 2026, 42 milliards de commandes, avec priorité aux munitions, aux missiles, aux véhicules blindés, sans que les prévisions de livraisons aient été indiquées. Commande ne signifie pas livraison, les délais de fabrication du PANG l’illustrent.
Les armées françaises se hissent donc progressivement au niveau technique d’un conflit de haute intensité, et s’y entraînent de façon de plus en plus réaliste. L’arrivée des véhicules du programme Scorpion ouvre l’ère du combat interactif. Nos forces seront à un niveau technologique supérieur à celui de l’éventuel adversaire en Europe, elles ont pour elles l’expérience du combat, certes dans un contexte asymétrique. Mais la durée d’activité d’un militaire du rang dans l’Armée de terre n’est que de quelques années, les soldats ayant combattu au Sahel deviendront vite l’exception.
Nos navires reçoivent un armement accru, mais la série des Frégates multi-missions, référence notamment en matière de lutte anti-sous-marine, initialement 17, est stoppée à 8, même si les Frégates de défense et d’intervention, plus légères, sont une réussite.
Des entreprises françaises proposent des armes innovantes, et des sociétés comme Renault vont produire des drones. Ceci est d’autant plus encourageant que nos amis ukrainiens peuvent nous fournir un banc d’essai. L’avantage de ces armes nouvelles est de pouvoir être produites rapidement, alors que les programmes majeurs nécessitent des années, voire une génération. Raison de plus pour commencer maintenant, aurait dit Napoléon.
Mieux, mais pas plus grand. - La principale faiblesse reste, comme Royaliste le crie, le format réduit de nos Armées, alors qu’un conflit de haute intensité implique, hélas, une attrition rapide. Et que tous les Etats réarment ; souvent plus vite que nous. Soucieux de rester en deçà du seuil du nucléaire, les belligérants pourraient déplacer autant que faire se pourrait le conflit hors de leurs territoires nationaux.
Gagner la bataille aérienne, s’il le faut sans l’apport de l’US Air Force et des avions d’origine américaine, donc Rafale, Grippen et Eurofighter, bien que les deux derniers ne soient pas « ITAR-free ». De bonne source, ce ne serait pas perdu d’avance.
Sur terre, nous ne pourrons, dans l’hypothèse d’un conflit majeur en Europe, apporter que 15.000 combattants.
Le général Mandon, chef d’état-major des Armées, déclarait récemment : « Demain la Marine sera dans la confrontation militaire dure du combat qui se reproduira en mer, ce ne sera pas uniquement de la puissance projetée à terre... Mon aspiration est de regagner de la létalité et du nombre... Le nombre de bâtiments est insuffisant. Et des quantités de missiles embarqués également insuffisantes... J’aurai besoin de nombre de frégates, nombre de sous-marins et nombre d’autres bâtiments qu’il faut concevoir ».
Et il faudra prendre en compte une possible agression simultanée dans l’Indo-pacifique.
Qui commande ? Quelle doctrine ?. - Foch disait : « Depuis que je commande une coalition, j’admire beaucoup moins Napoléon ». Aujourd’hui, le chef désigné est le commandant suprême allié en Europe, un général américain et peut-être demain, allemand. Que ferions-nous si l’allié américain était défaillant ? Quelle chaîne de commandement ? Sommes-nous même sûrs de l’intégrité du système électronique de communication et de commandement actuel de l’OTAN si l’Amérique nous lâche ? Il n’existe plus, depuis la disparition de l’UEO, d’état-major purement européen.
Les armées européennes n’impressionnent pas toutes par leur combativité et leur agilité, même si, lors d’une manœuvre récente les soldats finlandais ont été priés de ménager des troupes américaines à la peine... Quelle stratégie ? Bloquer les forces adverses, mener une guerre de fortifications, longue et meurtrière ? Ou faire fi des « lignes rouges », des menaces nucléaires et infliger une correction à l’ennemi sur son territoire, comme l’ont fait, brièvement, les Ukrainiens ? Autant de désaccords prévisibles entre Européens. Les 15.000 hommes que nous pourrons aligner nous donneront-ils voix au chapitre ?
Les jeux dangereux de M. Macron. - A insister sur la « souveraineté européenne », nos dirigeants nous rendent dépendants de l’Union européenne. Le Parlement européen est saisi d’un amendement étendant aux armements le contrôle des exportations par la Commission... Et on agite l’idée d’une dissuasion nucléaire partagée, où notre force stratégique serait mise à la disposition d’un comité « européen ». Autant dire qu’on ne dissuadera jamais personne. Et que la France ne sera que supplétive.
Arrêtons d’invoquer une prétendue « souveraineté européenne ». Et rappelons aux Diafoirus de la « défense européenne » que ce sont nos partenaires qui ont besoin de nous et non l’inverse. Soyons vigilants sur l’actualisation d’ici juillet de la Loi de programmation militaire. « Ne comptons que sur nos propres forces. »
Eric Cézembre
En cas de guerre, serions nous prêts ?