Accueil > Le bimensuel Royaliste > Nos articles récents > Les Chemins du monde > Allemagne : le temps des incertitudes.

Royaliste n°1296 du 12 mars 2025

Allemagne : le temps des incertitudes.

Les Chemins du monde

mercredi 12 mars 2025

Les élections législatives du 23 février, ouvrent une période d’incertitude pour l’Allemagne sur fond de malaise partisan et de percée de l’extrême-droite.

Les élections législatives du 23 février 2025 ont constitué « un choc annoncé ». Annoncé parce que la percée électorale de l’AFD (Alliance pour l’Allemagne) était prévisible. Toutes les planètes étaient alignées : des élections régionales à l’est à l’automne 2024 qui avaient vu l’AFD d’Alice Weidel renforcer ses positions, mais aussi les sondages qu’il faut toujours considérer avec prudence, sans oublier les cris d’orfraie de toute une partie de la presse allemande européenne nous annonçant le retour des années les plus sombres de notre histoire selon la formule consacrée. Et il est vrai que le profil de l’AFD, pourrait pour une fois leur donner raison. D’abord courant eurosceptique de droite qui ne se reconnaissait pas dans la CDU d’Angela Merkel, elle est devenue en sus un véritable parti prorusse, anti immigré, défenseur des « vrais allemands », mêlant virilisme et tradition revisitée et n’hésitant pas à cultiver un révisionnisme abject sur le passé allemand durant la seconde guerre mondiale. Mais un choc quand même par l’ampleur de son succès à l’est du pays, plus de 40 % des voix dans certains länder, sans oublier de nombreuses circonscriptions à l’ouest où le parti arrive en deuxième position. Certes, les moindres performances économiques des territoires de l’ancienne RDA par rapport à leurs homologues de l’ouest, les différences de revenus peuvent l’expliquer. Sans oublier la crise identitaire de ces Allemands dont on a volé la mémoire pour mieux l’effacer comme l’a très bien montré Nicolas Offenstadt et qui vivent depuis longtemps une désaffiliation militante ou spirituelle qui les destinent plus facilement à l’aventurisme électoral. Déserté en partie par les femmes et par les jeunes, cette autre Allemagne ressent d’autant plus violemment tout apport immigré substantiel.

Mais ces élections sont aussi un choc du fait des très mauvais scores des socio-démocrates du SPD et dans une moindre mesure des conservateurs de la CDU. Grands vainqueurs, les chrétiens-démocrates (CDU-CSU) n’en réalisent pas moins leur deuxième plus mauvais score depuis la création de la RFA en 1949 avec un peu plus de 28 % des voix. Avec 16 %, les socio-démocrates obtiennent eux, le plus faible depuis 1887. Il est vrai que le SPD est un parti déchiré par des querelles doctrinales et que beaucoup de militants, notamment chez les jeunes, ne voyaient pas d’un bon œil en 2021 la candidature à la chancellerie d’Olaf Scholz qui avait été le ministre des finances de la grande coalition sortante CDU-SPD. Et en 2021, le SPD avait dû, pour la première fois, gouverner avec deux partenaires, les Verts et les libéraux du FDP, alliance de la carpe et du lapin, alliance que les libéraux ont fait voler en éclat par leur démission du gouvernement sans qu’aucune majorité alternative soit possible. La dissolution du Bundestag était devenue inévitable.

Nous allons donc probablement vers une nouvelle grande coalition, regroupant centre-gauche et centre droit et peut-être même les Verts, la quatrième en vingt ans, soit un peu plus d’un électeur sur deux. Face aux défis sécuritaires et économiques auxquels sont confrontés l’Allemagne, ceux qui incarnent la continuité sont-ils vraiment prêts à les affronter ? Le parcours du futur chancelier chrétien-démocrate, Friedrich Merz, incite au doute. Mais rassurez-vous, Ursula von der Layen va, une fois de plus, sauver l’Europe et l’Allemagne. Elle vient d’annoncer la négociation d’un grand traité de libre-échange entre l’Inde et l’Union Européenne. Que n’y avions-nous pensé plus tôt.

Marc Sévrien.