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Royaliste n°1323 du 6 mai 2026

Trump, les Africains et nous

Les Chemins du monde

mercredi 6 mai 2026

Trump impose son tempo y compris en Afrique. Le rêve macronien de « come back » africain est dicté par lui. Cela ne conduit qu’à des impasses. Ce serait le cas d’une politique africaine sur ce modèle après 2027.

Emmanuel Macron et les représentants des gouvernements du G5-Sahel (Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Mali et Tchad) en juin 2020, en Mauritanie.

Trump fait semblant de mener en Afrique une politique idéologique discriminante : blanche et chrétienne. Celle de ses intérêts cible les ressources minérales et les menaces djihadistes. Les deux premières répondent à sa base MAGA : très tôt, sous l’influence de deux sud-africains, Musk et Thiel, il choisit comme ennemi le régime sud-africain de l’ANC, accusé de discriminations à l’encontre de la minorité « blanche » hier au pouvoir. L’ambassadeur américain, à peine arrivé à Pretoria en février, a recensé 150 lois défavorables aux « Blancs ». Ces derniers bénéficient d’un accueil privilégié à l’immigration aux Etats-Unis, auquel peu ont eu recours.

La politique religieuse sous la pression des milieux évangéliques américains figure traditionnellement parmi les priorités du Département d’Etat. Elle a ainsi permis en 2011 la séparation du Soudan du sud non musulman du reste du Soudan. En février, elle a décidé la Maison Blanche à confronter le Nigeria pour passivité dans la défense des Chrétiens, qui constituent environ 45% de la population. Une frappe sur un camp à proximité du Niger a été peu commentée. Il semble qu’il s’agisse moins d’un enjeu religieux que de la lutte contre l’Etat islamique au Sahel (EIS). Une guerre sourde menée par les forces spéciales vise les centres de résurgence de EI à travers le continent depuis le Puntland somalien jusqu’au Cabo Delgado au nord-Mozambique et du lac Tchad (Boko Haram) au Mali où les Américains ont entamé leur retour en dénonçant les erreurs commises (par les Français).

Partout ailleurs, la politique américaine cible les minerais stratégiques et la garantie de la navigation maritime circumafricaine (valorisée depuis les risques en mer rouge et dans le Golfe), deux domaines qu’elle dispute à la Chine. La priorité géographique va donc d’une part à la République démocratique du Congo, « monstre géologique », d’autre part au Golfe de Guinée.

Et nous ? Et nous ? - Oublions Orano (les mines d’uranium abandonnées au Niger) et Bolloré (qui contrôlait plus de ports que les Chinois et les Emirats arabes unis) ; oublions les candidats « francophiles » échoués, recyclés dans la diaspora, les Lionel Zinsou au Bénin ou les Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire, ou encore Macky Sall au Sénégal, tous trois financiers « innovants » du développement ; oublions la danse du ventre autour des BRICS par l’Agence française de développement (AFD), dont la nouvelle dénomination annoncée n’a jamais vu le jour, mais qui n’a d’yeux que pour l’Afrique du sud , l’Inde, le Brésil, éventuellement la Chine, faute de Russie, l’Indonésie, mais presque rien, au compte-goutte, un saupoudrage d’aide publique en voie de disparition aux anciens pays africains dits du champ, francophones ; sur le continent, la prime va aux anglophones, considérés comme « business-friendly » en bon « globish », et accessoirement sans passé commun avec la France, le Ghana, le Kenya, les grands opérateurs nigérians. Tel sera le sens du sommet France-Afrique tenu à Nairobi les 15-16 mai, marquant non un renouveau mais le chant du cygne de la Macronie, politique du vide, contraire d’une politique.

La France ne sait plus à quel saint se vouer. Le 10 avril, Macron s’est précipité au Vatican – où il n’avait jamais rencontré le nouveau Pape en onze mois – la veille du départ de Léon XIV pour son périple africain (Algérie, Angola, Cameroun, Guinée équatoriale). L’Afrique subsaharienne est le continent où la population de baptisés croît le plus vite, jusqu’à ce que, en 2066, il renferme la moitié des catholiques dans le monde. Il y a belle lurette que l’Eglise comptera alors un pape noir, une chance sur deux qu’il soit francophone. Le même calcul reposait au siècle dernier sur « l’islam noir », alors majoritairement francophone (Vincent Monteil).

Sur la politique religieuse, comme sur une « politique noire » comme l’ambassadeur de France en Afrique du sud l’avait suggérée et programmée plusieurs années avant la fin de l’Apartheid, la France dispose encore de quelques cartes. Mais ce ne sont que des coups de com(munication), à portée plutôt symbolique. Les restitutions de pièces d’art (avec une loi en discussion au Parlement, neuf ans après les promesses de Ouagadougou), la politique mémorielle, les éventuelles compensations pour crime contre l’humanité de la traite transatlantique (résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies du 25 mars 2026), ne font pas une « politique africaine » pour la France dont le président avait déclaré dès 2017 à Ouagadougou qu’il n’y en aurait plus. Il a pleinement réussi dans ce projet d’éradication.

Un néo-Trumpisme français ? - Pour rebondir, la France va-t-elle se mettre en Afrique à faire du néo-Trumpisme ? Ce serait pour elle rétrograder. L’exfiltration de Maduro, la France l’avait réussie avec Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire le 11 avril 2011, déféré devant la Cour Pénale internationale de La Haye dans les geôles de laquelle il a croupi pendant huit années avant d’être finalement acquitté en 2019. Macron était tout feu tout flamme en 2022 et 2023 pour aller renverser les juntes militaires des trois Etats du Sahel et libérer son ami le président Mohamed Bazoum à Niamey. Il roulait tambour à Abidjan et à Abuja auprès de l’organisation régionale, la CEDEAO. Il n’en fut heureusement rien. Mais il en était allé de sa crédibilité africaine entière.

Une politique africaine en rupture avec celle de la décennie Macron commencerait par la reprise de relations avec les pouvoirs forts ou stratégiques, dont Paris s’est coupé, que sont les trois Etats du Sahel et le Tchad, augurant d’une réconciliation entre l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et la CEDEAO. D’ores et déjà le Togo de Faure Gnassimbe, au pouvoir depuis une vingtaine d’années (et son père, le président Eyadema, avant lui pendant 38 ans), s’est placé en qualité de médiateur.

La deuxième étape sera la plus difficile : quel rôle pour les militaires ? L’hypothèse est ici que Trump, dans le cadre de la réévaluation de ses liens avec l’Europe, ne déplace le siège d’Africom, le commandement pour l’Afrique (sauf l’Egypte) de Stuttgart en terre africaine. Djibouti avait été envisagé mais la base américaine qui s’y trouve est tournée vers le Moyen-Orient. Un autre emplacement était recherché dans le Golfe de Guinée (Sao Tome). Ne serait-ce pas un premier pas vers une sorte d’OTAN africaine, une OTAS (organisation de l’Atlantique sud), qui n’existe pas aujourd’hui, alors que la côte orientale est couverte dans le cadre de la stratégie indo-pacifique. Une politique française post-2027 ne saurait s’y dérober.

Pour ces deux axes, diplomatique et militaire, il est préférable qu’il n’y ait aucune place pour une implication de l’Union européenne en tant que telle. La France, comme elle aurait toujours dû le faire en Afrique, sauf à y être contrainte par manque de moyens matériels, agit de manière souveraine et en pleine indépendance sans avoir à se référer à quiconque à Bruxelles. Dans ce sens, il sera mis fin au mandat de l’Agence française de développement qui pourra continuer sa mission bancaire privée, sans interférence avec le choix des priorités, sans engager de crédits publics ni influer sur les relations diplomatiques. Les financements français seront ainsi déliés des règlements européens ; les ambassadeurs de l’Union européenne perdront toute préséance sur les ambassades nationales pour tout ce qui ne relève pas de leurs compétences techniques. Comme on commence à le comprendre depuis le démantèlement de l’USAID, l’aide humanitaire ne saurait faire l’objet d’enchères internationales. Elle doit être strictement dépolitisée. Ces réorientations supposeront un pilotage fort autour d’une direction générale d’Afrique dûment renforcée au sein du Ministère des Affaires étrangères. ■

Yves La Marck.