Accueil > Le bimensuel Royaliste > Nos articles récents > Les Chemins du monde > Le Honduras dans la tourmente

Royaliste n°1313 du 17 décembre 2025

Le Honduras dans la tourmente

Les Chemins du monde

mercredi 17 décembre 2025

Nasry Asfura. Le candidat nationaliste est arrivé en tête de la présidentielle, avec le soutien de Trump.

Les élections générales au Honduras ont montré une fois de plus le retour de l’hégémonisme américain et les failles de la gauche latino-américaine.

Les électeurs honduriens étaient appelés à élire le 30 novembre 2025 le Président de la République ainsi que ses trois vice-présidents, les 128 membres du Congrès, les 20 députés honduriens au Parlement centraméricain ainsi que les maires, les adjoints et la totalité des conseillers municipaux. Cette élection présidentielle faisait suite aux élections primaires du 9 mars 2025, qui avaient permis aux électeurs de désigner celle ou celui qui porterait lors de l’élection les couleurs des différents partis notamment Nasry Asfura pour le parti national hondurien ouvertement soutenu par Donald Trump, Salvador Nasralla pour le parti libéral et Rixi Moncada pour le parti Liberté et Refondation dont est issue la présidente sortante. Les résultats se sont avérés finalement serrés avec la victoire de Nasry, vainqueur avec 40, 52 % des voix contre 39, 2 à Salvador Nasralla et 19,2% à Rixi Moncada. A peine 32 000 voix séparent le premier du deuxième. Les interruptions successives de l’enregistrement des votes pour problème technique ont été interprétées par les deux perdants comme l’expression d’une tricherie massive maladroitement dissimulée derrière de pseudo problèmes techniques, affirmation que contestent Donald Trump et l’administration américaine.

Pourquoi Donald Trump est-il si ouvertement intervenu dans la campagne électorale comme lors des élections législatives argentines, proclamant qu’il supprimerait toute aide financière à ce pays si son candidat n’était pas élu. Mieux il s’est engagé à gracier l’ancien Président Juan Orlando Hernandez condamné en 2024 aux Etats-Unis à 45 ans de prison pour trafic de drogue, affirmant que ce dernier avait été très injustement traité lors de son procès. Or au moment de sa condamnation, le procureur général américain avait montré que l’ancien Président avait utilisé son pouvoir pour soutenir des opérations de trafic de drogue destinées à fournir le marché étasunien, notamment le transfert de 500 tonnes de cocaïne produites en Colombie et au Venezuela vers les Etats-Unis pour financer sa campagne électorale de 2013. N’est-ce pas le Président Trump qui affirme vouloir éradiquer le trafic de drogue, et qui pour ce faire fait couler des embarcations suspectes en plein océan ? En 2018, déjà le frère de l’ex-président Tony Hernandez avait été condamné à perpétuité par la justice américaine pour trafic de drogue, port d’arme et faux témoignage.

Donald Trump veut faire de l’Amérique Latine la chasse gardée des Etats-Unis, d’où sa politique interventionniste en Argentine et eau Honduras et il veut distendre les liens entre la Chine et le sous-continent latino-américain. Le Honduras est une place forte du trafic de drogue et des flux migratoires vers les Etats-Unis. Le président étasunien compte sur le nouveau président hondurien pour l’aider dans ces deux domaines. Pourtant la présidente sortante, de gauche, a combattu le narcotrafic avec détermination et accepté de reprendre sur son sol plusieurs milliers d’émigrés, honduriens ou non. Elle a même en partie repris la politique ultra répressive du président salvadorien Nayib Bukele. Mieux elle est parvenue durant son mandat à réduire le taux de pauvreté de 13 points et le taux de chômage a été divisé par deux. Pour autant, le PIB du Honduras est encore trop dépendant de l’argent envoyé par la diaspora et les inégalités restent fortes. Les questions économiques ont été peu abordés durant la campagne et le discours trumpiste a trouvé un écho certain dans une population lasse des solutions classiques souvent décevantes. ■

Marc Sévrien.