Le verdict des urnes est sans appel. Le candidat indépendant Antonio José Seguro a gagné le 8 février dernier l’élection présidentielle portugaise en obtenant 66,8% des suffrages exprimés après dépouillement de 99,4 % des bulletins, soit plus des deux tiers des suffrages exprimés. Le candidat d’extrême-droite André Ventura leader du parti Chega (ça suffit) ne bénéficie de l’appui que de 33,2 % des votants. Le vainqueur est arrivé premier dans la très grande majorité des circonscriptions. Il obtient des scores imposants dans les plus grandes villes du Portugal : 76, 9% des voix à Lisbonne, 78% à Porto. André Ventura n’arrive en tête que dans la circonscription d’Elvas et dans une circonscription de Madère. Il bénéficie aussi du soutien des électeurs portugais de l’étranger à l’exception de ceux d’Océanie et d’Asie. A part Mario Soares en 1991 (70,4% des voix) jamais un candidat à l’élection présidentielle n’avait obtenu un tel score. Le vainqueur ex-secrétaire général du parti socialiste de 2011 à 2014 a bénéficié d’un soutien très large allant de l’extrême-gauche à la droite dont l’ancien Président et Premier Ministre Anibal Cavaco Silva. Outre une personnalité consensuelle, appréciée du plus grand nombre, il semble donc avoir bénéficié d’un vote « tout sauf Ventura ».
Pour autant, une certaine prudence s’impose et les eurobéats devraient adopter une certaine réserve. Il a fallu deux tours pour élire ce nouveau président de la République, une première depuis 1986. C’est dire si le candidat n’a pas suscité un enthousiasme immédiat. M. Seguro a un positionnement personnel ambigüe. Par ailleurs si l’on observe le taux de participation aux élections présidentielles depuis 1976 c’est un des plus faibles même s’il traduit une remontée certaine par rapport à celles de 2021. Quant à André Ventura, malgré sa défaite, il n’a pas lieu d’être mécontent de son score. Il arrive en tête des candidats de droite au premier tour et rassemble quand même plus de 33 % des votants au second. Luis Montenegro, leader du PSD et chef du gouvernement minoritaire, ne peut de son côté, que s’inquiéter de la cinquième place obtenue au premier tour de l’élection présidentielle par son candidat Luis Marques Mendes qui n’obtient que 11, 3 % des voix devancé par l’autre candidat de droite Joao Cotrim Figieiredo (16,01). Il n’a pas appelé à voter Seguro au second tour. Il ne gouverne aujourd’hui qu’en négociant chaque texte avec Chega ou le parti socialiste. Après la déroute du PSD, il y a fort à parier que les négociations seront plus âpres.
De quoi ce résultat est-il porteur pour l’avenir ? On peut supposer avec toute la prudence d’usage que les prochaines élections législatives ne se dérouleront pas à l’échéance normale c’est-à-dire 2029, à moins que Chega et le PS trouvent un intérêt au maintien du gouvernement actuel. Attention cependant de ne pas surinterpréter la victoire du nouveau chef de l’Etat. Un vote Seguro aujourd’hui n’implique pas un vote pour le parti socialiste demain. Et ce d’autant plus que Chega se tient en embuscade. André Ventura souffle sur les braises du chômage et de l’inflation qui remontent, sur le faible niveau de vie des Portugais et sur les thèmes sécuritaires et fustige l’immigration non sans succès. Remettrait-il pour autant en cause l’adhésion du Portugal à l’Union Européenne ? On peut en douter car son discours se rapproche davantage de celui de Mme Méloni que de Marine Le Pen. Reste qu’il ne rejetterait pas par principe l’union des droites chère à certains secteurs du Rassemblement national.
Marc Sévrien
Un triomphe socialiste au Portugal ?