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Royaliste n°1263 du 9 octobre 2023

Après l’acte de décès de l’Artsakh

Les Chemins du monde

lundi 9 octobre 2023

Autoproclamée le 2 septembre 1991, autodissoute par décret du 28 septembre 2023, avec effet au 1er janvier 2024, la république du Haut-Karabagh aura vécu trente-deux ans sans reconnaissance internationale.

Seules trois entités également autoproclamées et non reconnues avaient été solidaires : l’Abkhazie, l’Alanie (Ossétie du Sud) et la Transnistrie. Les deux premières sont des sécessions de la Géorgie, la troisième de la Moldavie, soutenues par la Russie. Le Nagorny-Karabagh était également un héritage de l’ex-URSS, ex-oblast autonome au sein de la république d’Azerbaïdjan.

Les liens avec la Russie avaient commencé à se distendre à partir de la révolution politique de 2018 à Erevan qui avait chassé du pouvoir les dirigeants pro-russes dont certains étaient originaires du Haut-Karabagh comme Robert Kocharian, premier ministre de la république auto-proclamée avant de devenir le premier ministre puis le président de la République d’Arménie. La défaite face à l’Azerbaïdjan lors de la guerre de deux mois en 2020 n’avait pas affaibli le nouveau pouvoir. Le cessez-le-feu du 9 novembre 2020 avait été acquis grâce à Moscou qui avait envoyé 2000 éléments de « maintien de la paix » sur la ligne de front. Les élections arméniennes de 2021 avaient confirmé la majorité de Nikol Pachinian et l’exclusion de Robert Korcharian avec seulement 21% des voix.

La guerre en Ukraine déclenchée le 21 février 2022 explique largement le recul russe intervenu dans les affaires du Caucase. Poutine n’était plus en mesure de rester l’arbitre respecté entre Bakou et Erevan.

Les Artsakhiotes, conscients que l’Artsakh ne survivait que grâce à Moscou, sans appui de la part d’Erevan, anticipaient qu’ils pourraient se retrouver isolés, mais ils furent surpris par un effondrement aussi subit, en une seule journée, le 19 septembre.

Les élites politiques de Stepanakert avaient commencé à se repositionner : le président élu en 2020 avait dû démissionner le 1er septembre. C’est son remplaçant, élu par le Parlement local le 9 septembre, qui a dû capituler le 19 et signer l’acte de décès de la République le 28.

L’afflux vers Erevan de la plupart des 120 000 habitants de l’enclave ne devrait pas déstabiliser l’actuel gouvernement arménien dans la mesure où l’alternative serait un retour des pro-russes aux affaires. A l’inverse, le gouvernement d’Erevan voudra se sortir de sa situation en s’appuyant sur de nouveaux alliés : la présence américaine s’y est déjà renforcée ; dans la région, après une phase transitoire, il sera encouragé à trouver un modus vivendi avec ses voisins azeri, géorgien et…turc. L’Europe, exclue du jeu depuis l’échec du processus de paix de Minsk, pourrait y retrouver un rôle.

La chute d’Artsakh interroge sur l’avenir des trois autres entités pro-russes de Géorgie et de Moldavie, deux pays qui ont déclaré vouloir adhérer à l’Union européenne et à l’OTAN. En Arménie même, qui devrait sortir de l’OTSC (Organisation du Traité de Sécurité collective), la base russe de Gyumri (3000 hommes) est remise en cause, ainsi que la mission des garde-frontières russes entre Arménie et Turquie.

Dominique Decherf.