Armand est né à Ixelles (Belgique) le 17 avril 1910. Il est le second des enfants du député-maire Armand-Charles de Baudry d’Asson (1862 †1945) et de Marie-Madeleine Pichard du Page (1878 †1926). À l’époque, son père dirige la « Société des soies artificielles de Tubize », en Belgique, qu’il a fondé en 1900. Depuis toujours, la famille est ancrée en Vendée, au château de Fonteclose, près de La Garnache. Son grand-père et son père furent les maires de la ville, élus conseillers généraux de Challans, députés des Sables-d’Olonne depuis 1876 (voir Royaliste n°1299).
Le jeune homme, après son baccalauréat, décide de faire son droit à l’Institut catholique de Paris, dont il préside l’association des étudiants. En même temps, il rejoint les manifestations des camelots du roi. Souhaitant reprendre l’exploitation du domaine familial, il part à Angers suivre les cours de l’École supérieure d’agriculture. Le 5 mai 1934, il épouse Louise (1912 †1985), la sixième filles d’André Burin des Roziers (1876 †1938), qui lui donnera cinq enfants.
En 1935, à vingt-cinq ans, de retour en Vendée, il est élu conseiller municipal et premier adjoint au maire de La Garnache puis conseiller général de Challans jusqu’en 1955. Armand est un exploitant agricole qui gère des métayages et exploite directement une grosse propriété de plus de 100 hectares.
Mobilisé en 1939, lieutenant de cavalerie durant la campagne de France, il retrouve sa famille après la débâcle. Vichy le nomme en 1941 maire de La Garnache. Pendant que ses beaux-frères : Claude Burin des Roziers (1910 †1973), lieutenant sur le croiseur Tourville, déserte et rejoint les Forces navales françaises libres et qu’Etienne (1913 †2012), diplomate à New York, attend 1942 pour rallier le général de Gaulle à Londres.
Otage des nazis. - Comme de nombreux édiles choisies et nommées par Vichy, pas plus que son confrère et ami Gilbert de Guerry, de Chavagne en Paillers (voir Royaliste n°1195), Armand de Baudry d’Asson n’est heureux de la défaite de la France et de l’occupation. Comme beaucoup, il ne se sent pas libéré des racailles de l’ancien régime. Il lui suffit de constater le choix des « premiers ministres » du maréchal - Laval, Flandin, Darlan, Laval - pour en être convaincu. Il choisit d’accepter de défendre et de protéger, autant qu’il le peut, ses concitoyens des exactions de l’occupant. Sans zèle pour les directives de Vichy, avec mépris pour les instructions allemandes, il devient, pendant toute l’occupation, le protecteur des Français, réfractaires, insoumis, ou non. Son comportement lui vaudra la Croix de guerre 1939-1945, la Légion d’honneur et la Croix du combattant volontaire de la Résistance. Juste retour des choses, lorsque les nazis cherchent des Prominenten, ils ne vont pas hésiter très longtemps.
En effet, comme pendant la Grande Guerre, la Wehrmacht décide de prendre des personnalités-otages. Ainsi entre le 6 et le 11 juin 1944, plus de trois cents honorables français, n’ayant pas fait assaut d’amabilités et de soumissions pendant l’occupation, sont arrêtés. Armand de Baudry d’Asson est de ceux-là. Il rejoint le camp de Compiègne. Comme les autres personnalités, il est séparé des autres détenus et incarcéré au camp C, d’où l’appellation, les « Ducancé ». En juillet 1944, ils partent pour le camp de concentration de Neuengamme.
Les Ducancé ne vont pas subir toutes les horreurs des camps. Ce sont des avocats, médecins, journalistes, hommes politiques (Albert Sarraut, Henri Maupoil), mais aussi des commerçants, des cadres supérieurs, quelques ouvriers syndiqués, plusieurs ecclésiastiques et... 23 maires récalcitrants. Les otages ne travaillent pas et subissent rarement les vexations arbitraires. Mais ils pâtissent de la dure loi des camps, nourriture très légère, paillasse, promiscuité et hygiène douteuse. Le 12 avril 1945, l’intervention de la Croix rouge Suédoise apporte des nouvelles et une protection qui conduit à leur libération.
Député de choc. - La France, à peine libérée, se cherche une nouvelle constitution. De retour dans sa Vendée, Armand de Baudry d’Asson décide de constituer une liste avec ses amis pour la première assemblée constituante (21 octobre 1945/10 juin 1946). Dès le premier tour, sa « liste d’union républicaine et d’action agricole, maritime et sociale » obtient 48,4 % des voix et remporte quatre des cinq sièges. Sont élus : Madame Hélène de Suzannet (voir Royaliste n°1194) ; Charles Rousseau (1884 †1965), un ancien militant de l’Action française, élu au conseil municipal des Sables-d’Olonne depuis 1933 (il restera député de 1945 à 1958) ; Henri Rochereau (1883 †1958) conseiller général (depuis 1928) et maire de Chantonnay, membre du Conseil départemental sous l’Occupation. À la Libération, suspendu de ses fonctions, aucun fait de collaboration ne sera retenu contre lui et même son aide aux prisonniers évadés et aux requis du S.T.O. lui permettront d’être rééligible. Comme Hélène de Suzannet, il ne sera pas réélu lors de la deuxième constituante de 1946. Lors des élections de cette seconde assemblée, la liste Baudry d’Asson n’obtient que 38% des voix, devancée par la liste M.R.P.
Du 21 octobre 1945 au 8 décembre 1958, Armand de Baudry d’Asson représente la Vendée aux Assemblées législatives. Siégeant dans l’opposition de droite, (Parti républicain de la liberté, puis C.N.I.), il vote contre les nationalisations et repousse les projets de constitution. Réélu, il va poursuivre ses combats contre les tripatouillages électoraux. Alliés, en fonction des événements, avec les centristes ou avec les gaullistes, le député conservateur va se battre, comme ses aïeuls, pour la liberté de l’enseignement. Il sera l’un des trois rédacteurs de la loi Barachin (1951), qui alloue une allocation scolaire aux élèves de l’enseignement public et privé.
Député engagé, il participe directement au monde politique de la IVe. Face à l’échec total du système, il apporte son concours au général de Gaulle et vote la confiance le 1er juin 1958, puis les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle qui s’ensuit. Retiré de la politique, comme toute sa famille passionnée d’équitation, il préside la société hippique locale et poursuit ses actions sociales dans le monde agricole. Il participe aux syndicats agricoles, aux coopératives et aux mutuelles. Il obtient l’inscription des marais de l’Ouest dans le cadre régionale et devient le président du syndicat des marais de la baie de Bourgneuf. Il s’éteint à Paris le 26 février 1998. ■
François-Marin Fleutot.
Armand de Baudry d’Asson