L’Ouest royaliste fut souvent en première ligne dans la résistance intérieure. Olivier et Yolaine de Sesmaisons s’engagèrent, dès les débuts de l’Occupation, dans la région nantaise, pour venir en aide aux prisonniers de guerre et aux réseaux de résistance pourchassés par les nazis.
Très ancienne famille de la noblesse française les Sesmaisons ont tous servis la France, Dieu et le Roi. Après la dictature bonapartiste, l’ancêtre Donatien I (1781 †1842), gentilhomme de la chambre de Charles X, pair de France (1830-1842), préside le conseil général de la Manche. Élu député de Loire-Inférieure (1827-1830), il est le père de Rogatien (1807 †1874), qui entre à Saint-Cyr. Lieutenant au 5e hussards, ce dernier participe à la prise d’Alger et démissionne en 1830, refusant de prêter serments à Louis-Philippe 1er, alors que son père reconnaît le roi des Français. Chef du parti ultra, en région nantaise, Rogatien est élu député en 1848. Il s’oppose au coup d’État du 2 décembre et est incarcéré à Vincennes. À la chute de l’empire (1871), il est réélu président du conseil général et maire de sa ville La Chapelle-sur-Erdre.
Son fils Donatien II (1863 †1932), officier de cavalerie, épouse Marguerite Guibourg de Luzinais (1869 †1951) qui lui donne un garçon et une fille, Jeanne (1896 †1980). Il reprend le domaine, gère la propriété agricole, et installe sa famille au château de la Desnerie. Lui aussi, conseiller général, préside la chambre d’agriculture et est élu maire de la ville. Il élève ses enfants dans la mémoire des traditions familiales. Son fils Olivier (1894 †1967), né à Saumur le 21 mai 1894, fait sa scolarité dans les écoles chrétiennes à Loquidy, puis à Nantes. Après ses bacs, le jeune homme part à Angers suivre les cours de l’École supérieur d’agriculture.
Olivier, comme tous les jeunes Français de cette époque, est mobilisé en 1914. Il fait toute la guerre dans l’artillerie. Blessé, cité deux fois à l’ordre de l’armée, à la fin de la Grande Guerre, le capitaine est démobilisé. Le 30 novembre 1921, il épouse Yolaine Dufresne de La Chauvinière qui lui donne huit enfants entre 1922 et 1937.
Comme ses aïeuls, il est propriétaire exploitant agricole à La Chapelle-sur-Erdre. Engagé socialement (Chambre d’agriculture, comité de l’enseignement), il préside le comité départemental des céréales (1943-1966) et la Caisse régionale du Crédit agricole (1943 - 1963), etc... En 1932, il est élu maire de La Chapelle-sur-Erdre et le restera jusqu’en 1945 date de son élection à l’assemblée nationale. Pendant les années 30, il est un affilié du député royaliste, le marquis de la Ferronnays (1876 †1946) puis il se rapproche de l’Alliance nationale de l’Ouest, regroupement des monarchistes et des républicains conservateurs pour la défense du catholicisme.
Malgré un avis médical défavorable, ce bon père de famille de huit enfants, s’engage volontairement en 1939. Le capitaine de réserve, malgré ses problèmes physiques, fait la campagne de France. Soigné en Suisse, il est rapatrié sanitaire en fin d’année 1940. Pendant ce temps, sa femme prend en mains les affaires de la famille et de la mairie.
Au secours des prisonniers de guerre et des détenus politiques. - Dès le 19 juin, Nantes et sa région sont occupés et, comme partout, administrés civilement par l’État français conjointement avec les militaires de la Wehrmacht. Une des particularités des débuts de l’occupation est la présence de très nombreux camps de soldats français prisonniers (Frontstalags) en zone occupée.
Dès l’arrivée des Allemands, Yolaine de Sesmaisons va œuvrer pour venir en aide, d’abord à ses administrés de toutes obédiences et religions, puis aux soldats prisonniers. Tous les Fronstalags de l’Ouest sont dirigés par le capitaine Kleyer et le colonel Strum, la marquise prend langue avec eux.
La maire par intérim, pour extraire le plus possibles de Français des camps, à l’idée de proposer aux occupants de faire sortir des prisonniers pour les faire travailler. Car les troupes d’occupations (Oberkommando der Wehrmacht), récupèrent le matériel français et réparent le leur sur place. Mais ils manquent désespérément d’ouvriers spécialisés dans leurs ateliers. Après de longues discussions, elle obtient gain de cause. Une trentaine d’entre eux sont acceptés et accueillis dans sa commune, au camp de la Gascherie et à la Desnerie. Les soldats français, ouvriers spécialisés pour les allemands, sous la protection de madame la marquise, comme dans le civile, reçoivent un salaire, font cinq jours de travail par semaine et ont la liberté de logement. Après ce premier succès, Yolaine reçoit de nombreuses demandes. Face à la pénurie de main-d’œuvre dans les champs et dans les entreprises privées, elle va visiter les camps de Savenay, Châteaubriant, Coëtquidan, Quimper, Vannes, Mayenne, Saumur, et réussit à faire employer 452 prisonniers. Lorsque que son mari revient le 27 décembre 1940, il laisse sa femme poursuivre son œuvre : arracher le maximum de prisonniers des griffes nazis. De son côté, il reprend ses fonctions d’avant-guerre, sans exaltation pour les consignes de Vichy, sans zèle pour les diktats allemand.
En janvier 41, des jeunes nantais, du réseau résistant « Bocq-Adam », sont arrêtés. Madame de Sesmaisons intervient. Ce nouvel engagement la conduit à prendre contact avec le colonel Karl Hotz (1877 †1941), Feldkommandant de Nantes. Elle obtient l’autorisation de visiter les détenus et de leur envoyer des colis. Et, à force de ténacité et de persuasion, elle arrive à sauver du peloton d’exécution 13 d’entre eux. En mai 41, elle s’oppose à la déportation des 300 prisonniers des camps de Savenay et Saint-Étienne-de-Montluc, c’est un échec cuisant.
Lorsque que colonel Hotz est assassiné, le 20 octobre 1941, par les communistes Gilbert Brustlein, Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco, la situation change. L’armée allemande décide d’appliquer la loi du talion. Madame de Sesmaisons intervient de nouveau et en sauve deux, dont Fernand Ridel, mais ne parvient pas à en protéger plus. À Châteaubriand, le 22 octobre, 48 otages (la plupart communistes) sont fusillés. Par contre par ses médiations entêtantes, auprès du major Ernst de la Luftwaffe, elle évite que 50 autres prisonniers-otages soient exécutés. ■
François-Marin Fleutot.
(À suivre : Olivier et Yolaine de Sesmaisons – 2e partie.)
Bibliographie
- Yves de Sesmaisons, Une Nantaise dans la Résistance Yolaine de Sesmaisons 1940-1945, éditions Coiffard, 2003.
- -Yves de Sesmaisons, Marquise de Sesmaisons (1898-1977), souvenirs de l’Occupation, éditeur Yves de Sesmaisons, 1978.
- -Fernand Ridel, Témoignages 1939-1945, éditions les Paludiers de La Baule, 1974.
Olivier et Yolaine de Sesmaisons (1)