Les élections législatives en Autriche sont une étape supplémentaire de la montée très forte de la « droite populiste » en Europe. Inquiétant.
Le 29 septembre dernier, les électeurs autrichiens étaient appelés aux urnes pour renouveler la chambre basse de leur Parlement. Or, pour la première fois depuis la renaissance de l’Etat autrichien en 1955, l’extrême-droite (FPÖ) est arrivée en tête avec 28, 6 % des voix devançant le parti conservateur au pouvoir de plus de deux points (26,3% des suffrages exprimés). En conséquence de quoi la première a gagné 26 sièges de plus qu’en 2019 et compte 57 élus et la droite conservatrice elle, 20 de moins soit 51 élus. Comme le souligne le politologue autrichien Thomas Hofer : « C’est sans aucun doute un tremblement de terre, une onde de choc pour l’ensemble de la classe politique » (1). La gauche social-démocrate (ÖVP) se maintient avec 21, 14 % des voix et 18 sièges (1 de plus qu’en 2019) même si c’est un de ses plus faibles scores depuis 1955. Le parti libéral Néos lui, progresse d’un point avec 9,14 % des suffrages exprimés et un gain de trois sièges, 18 au lieu de 15. A l’image de ce qui se passe dans de nombreux pays européens, les écologistes (Grünen) s’effondrent avec 8,24 % des voix soit 5,7 points de moins qu’en 2019 et une perte de 10 sièges soit 16 au lieu de 26. Les électeurs se sont mobilisés pour ce scrutin. 77,68 % des électeurs se sont déplacés, 2,1 % de plus qu’en 2019.
La victoire de l’extrême-droite n’est donc pas le fruit de la démobilisation de l’électorat des autres partis, ni d’un rejet de la gauche au pouvoir puisque c’est la droite conservatrice qui dirigeait le gouvernement sortant. Soulignons le nouveau revers subi par un parti écologiste en Europe, ce qui devient une habitude. Pourquoi ce virage vers la droite de la droite ? Notons d’abord que le leader du FPÖ, Herbert Kickl, a refusé toute politique de dédiabolisation. Cependant, il a bénéficié du discours de plus en plus dur de l’ÖVP en matière de réfugiés et d’immigration, prônant l’établissement de centres de rétention dans des Etats tiers pour les réfugiés et la suppression de l’aide publique au développement pour les Etats qui refuseraient de récupérer leurs ressortissants expulsés. Le FPÖ de son côté, a adopté un discours économique plus libéral, refusant toute augmentation de la pression fiscale et soutenant l’idée d’une baisse des charges salariales et des impôts sur les sociétés. Plus question non plus de sortir de l’Union Européenne ou de renoncer à lutter contre les déficits publics en ramenant celui de l’Etat à moins de 3 % du PIB. Peu importe que M. Kickl prône la réduction voire la fin de l’aide à l’Ukraine, la fin des sanctions contre la Russie et le retour du gaz russe. Une grande partie des milieux d’affaires est rassurée et manifeste son soutien au parti populiste.
Le Président autrichien écologiste, Alexander Van der Bellen, oubliant son devoir de neutralité a, au lendemain des élections, tenté d’établir un cordon sanitaire en favorisant la constitution d’une coalition anti FPÖ regroupant Conservateurs, sociaux-démocrates et libéraux et en chargeant le 10 octobre le Premier ministre conservateur sortant M. Nehammer, dont le parti est arrivé pourtant en deuxième position, de cette mission. Pourtant, face à l’échec des pourparlers notamment sur les questions fiscales, il a dû se résigner à solliciter M. Kickl le 5 janvier, l’ÖVP acceptant désormais de devenir un partenaire minoritaire au sein d’un gouvernement contrôlé par l’extrême droite. Ainsi, après la Hongrie, l’Italie, la Slovaquie, l’Autriche va devenir sans doute, le quatrième pays d’Europe à permettre à la droite populiste de gouverner. ■
Marc Sévrien.
(1). C. Deloy : Tremblement de terre en Autriche où le parti d’extrême droite arrive pour la première fois en tête des élections ; Fondation Robert Schuman ; septembre 2024 ; p. 1.
Autriche : le retour de l’extrême-droite