Les élections présidentielles slovaques des 23 mars et 6 avril 2024 ont confirmé les résultats des élections législatives de septembre 2023 qui avaient permis à Robert Fico et à son parti (le SMER-SSD) de revenir à la tête du gouvernement pour la quatrième fois à la tête d’une coalition pro-russe. La proximité des deux scrutins, les déclarations fracassantes de Robert Fico réclamant la fin des livraisons d’armes et un cessez-le feu en Ukraine ont transformé le scrutin en référendum pour ou contre Robert Fico, alors même que les prérogatives du Président de la République sont limitées.
Et de fait, après le premier tour de l’élection présidentielle, la dimension référendaire du scrutin se trouve confirmée. Les deux candidats qualifiés pour le second tour incarnent deux visions opposées de la guerre en Ukraine. Ivan Korcok arrivé en tête avec 42,51 % des suffrages exprimés, ministre des Affaires étrangères de 2020 à 2022, a soutenu et appliqué la politique pro-ukrainienne de l’Union Européenne. Il devance assez nettement Peter Pellegrini, Président du Parlement et ancien Premier ministre de 2018 à 2020, qui obtient 37,02 % des voix. Il approuve la politique pro-russe de Robert Fico considérant l’Ukraine responsable du conflit. Malgré l’importance du scrutin, le taux de participation au premier tour reste moyen, 51,09 % des inscrits, en très léger recul par rapport à celui de la présidentielle de 2019. Le second tour voit au contraire un surplus important de participation, 61,14 % des inscrits se déplaçant pour voter. Ce sursaut électoral profite à Peter Pellegrini qui obtient plus de 53 % des voix et remporte ainsi l’ élection.
Ce résultat affaiblit la cohésion du groupe de Visegrad et amplifie la rupture politique entre Prague et Bratislava observée depuis le retour de Robert Fico au pouvoir. Elle offre à Victor Orban un nouvel allié même si la Slovaquie n’a pas le même poids politique que la Pologne du PiS désormais libérale. Elle donne une plus grande importance au scrutin européen du 9 juin qui sera probablement présenté par certains comme un référendum sur l’engagement ukrainien de l’Union Européenne. Comment expliquer cette victoire ? Les sondages indiquent depuis 2023 au moins un désir de plus en plus fort des Slovaques de voir cesser un conflit jugé potentiellement dangereux pour le pays. L’aide économique offerte à l’Ukraine passe mal auprès de la population alors que le pays est touché par un taux d’inflation élevé et une crise énergétique provoquée entre autres par les sanctions imposées à la Russie. Les menaces contre l’indépendance de la justice et le pluralisme des médias, conséquences de la politique de l’actuel gouvernement Fico, n’ont finalement pas pesé bien lourd. Marc Sévrien
Bratislava regarde à l’Est