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Royaliste n°1316 du 28 janvier 2026

Budget 2026 : une parenthèse inutile

La Politique

mercredi 28 janvier 2026

En activant l’article 49-3, le gouvernement a mis fin à des jeux parlementaires interminables et stériles qui ont fini par lasser l’opinion. Si cette décision va sans doute permettre l’adoption d’un budget, le redressement structurel des comptes de l’Etat est renvoyé une nouvelle fois à plus tard.

Sébastien Lecornu à l’Assemblée nationale. Croyait-il vraiment l’Assemblée nationale capable d’accoucher seule d’un budget ?

Il ne fallait pas être grand clerc pour prévoir que Sébastien Lecornu finirait par déclencher un 49-3. On peut comprendre « les regrets » exprimée par le Premier ministre, son « amertume’ à devoir revenir sur l’engagement qu’il avait pris en septembre dernier, mais on ne fait pas de politique en dehors des réalités. Et l’attitude du Parlement depuis le début de cette séquence ne lui permettait pas d’autres choix : un Sénat radicalisé, qui n’a laissé place à aucun compromis ; et surtout une Assemblée nationale profondément immature, préférant débattre durant de longues heures sur des amendements de second ordre, au détriment des sujets essentiels. Spectacle affligeant qui a fini par provoquer une profonde colère dans le pays. Ceux qui rêvent de VIe République et prônent le retour aux « délices » du régime d’assemblée viennent d’en fournir une parfaite illustration. Avec le retour du 49-3, M. Lecornu n’a pas seulement sifflé la fin de la récréation, il a conjuré le risque d’une vague d’antiparlementarisme.

Ce que l’on peut, en revanche, reprocher au Premier ministre, c’est d’avoir largement minoré sa responsabilité dans ce désastre, y compris dans son discours du 20 janvier devant l’Assemblée nationale où il s’est « résigné » à l’usage du 49-3. Certes, il a reconnu à mi-mot que le changement de méthode qu’il avait, lui-même proposé à la fin de l’été 2025 était un « semi-échec ». Mais était-il vraiment dupe de la capacité du Parlement, dans l’état de fragmentation et d’hystérie où il est aujourd’hui, d’accoucher d’un budget ? Une chose est sûre : la leçon de choses aura été couteuse : 350 heures de débats pour presque rien, un Etat à l’arrêt au moins jusqu’à fin février, et, surtout, une image de la France passablement dégradée à l’étranger.

Sa méthode reposait-elle d’ailleurs sur les bons ingrédients ? Fallait-il vraiment repartir de la copie « horrifique » laissée par son prédécesseur, alors qu’il savait pertinemment qu’elle suscitait le rejet sur la plupart des bans de l’Assemblée et qu’il faudrait de longues heures au Parlement pour en expurger les mesures provocatrices imaginées par Bercy. Enfin, plus grave encore, sa copie faisait l’impasse sur l’essentiel : le coût délirant de la politique de l’offre qui plombe structurellement nos comptes publics. M. Barnier, dans le peu de temps qu’il est resté au pouvoir, l’avait, lui, assez bien compris et ses premiers « coup de rabot » sur les allègements de charge marquaient une direction qu’il fallait poursuivre. M. Lecornu a préféré ignorer le sujet, sans doute pour ne pas s’attirer les foudres d’un président de la République, bien décidé à mener jusqu’au terme de son mandat sa chimère ruineuse.

Un compromis médiocre. - S’il passe l’épreuve de la censure, ce budget sera-t-il bon pour la France ? C’est selon. D’un côté, nous échapperons, au moins pour un temps, à la pression de Bruxelles et des agences de notation. Maigre consolation pour un pays qui a vu tous ses gouvernements depuis 20 ans laisser filer la dette et le déficit. Le matraquage des classes populaires et moyennes est évité, l’augmentation des crédits militaires assurée et la hausse de la prime d’activité bienvenue. Pour autant, les causes structurelles demeurent. À commencer par l’avalanche d’aides publiques que l’Etat continuera de déverser sur les grandes entreprises et qui, nous ne cessons de le dire, est la cause première de sa faillite. On notera au passage que les socialistes se sont bien gardés d’évoquer ce sujet parmi leurs gages de non-censure, sans doute parce que cette politique désastreuse fait partie de l’héritage de Hollande. À leur décharge, s’ils l’avaient fait, le « compromis » aurait certainement été impossible quand, des macronistes jusqu’aux LR, tant d’élus zélés veillent aux intérêts du patronat. Quant aux économies, l’effort portera une fois de plus sur les collectivités territoriales, dont la situation financière est pourtant saine, et peu, trop peu sur la myriade « d’opérateurs » ou d’agences qui désorganisent depuis trop longtemps le service public. En bref, Sébastien Lecornu n’aura pas sauvé l’Etat, il lui aura tout au plus accordé un sursis.

Le parcours du combattant budgétaire est-il terminé ? Pas tout à fait. Le Premier ministre a passé une première étape, le 23 janvier, mais il devra déclencher deux fois encore le 49-3 et s’exposer deux fois encore à des motions de censure. Deux occasions données à LFI et au RN pour enflammer à nouveau les débats, deux occasions données à l’attelage instable des macronistes, des LR et des socialistes pour étaler leurs divergences. Et on peut compter sur le Sénat pour multiplier les embuches. Gageons néanmoins que l’obstacle sera franchi. Mais à quel prix ! Les Français s’interrogent de plus en plus sur le fonctionnement de notre démocratie parlementaire.

Il faudra donc, à un moment ou un autre, ouvrir une réflexion sur la rationalisation des procédures budgétaires. Dans une note diffusée il y a quelques jours, l’actuel commissaire au plan, Clément Beaune, et le constitutionnaliste Benjamin Morel lancent une première piste en proposant des lois-cadres quinquennales, qui prendraient le pas sur les budgets annuels. La puissance publique pourrait ainsi s’engager dans la durée et l’allègement des débats budgétaires permettrait au Parlement de consacrer davantage de temps à ce qui devrait être sa mission principale, le contrôle effectif des recettes et des dépenses. L’idée est intéressante, mais peut-elle vraiment aboutir dans le chaos politique actuel ? Et sans que les parlementaires crient au « coup de force » ? Pas sûr. ■

Hubert de Marans.