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Royaliste n°1325 du 3 juin 2026

Le cynisme de Bruxelles

La Politique

mercredi 3 juin 2026

Dans la liste des informations en vrac dont les médias nous accablent chaque jour, il en est une, pas plus commentée que les autres, dont les conclusions sont pourtant glaçantes de tous les points de vue.

Pesticides. Quand l’UE exporte ses poisons.

Elle nous apprend en effet que l’ONG « Foodwatch » a testé 64 produits alimentaires dans plusieurs pays de l’UE et noté que 49 d’entre eux étaient contaminés par des pesticides ; 13 sur 15 en France, dont 12 contenant des produits interdits !

Décortiquons cette information. Bruxelles interdit des produits (pesticides, néonicotinoïdes…) pour une utilisation à l’intérieur de l’UE du fait des risques écologiques et sanitaires qu’ils induisent. Voilà qui est sage, même si l’histoire de ces interdictions, eu égard à leur dangerosité, n’a pas été aussi rapide que souhaitée : officielles en 2018, elles ont été accompagnées de dérogations ( !) qui n’ont été retirées qu’en 2023 (pour complaire aux lobbies ?). Et ce n’est même pas pour organiser une transition, puisque rien ne se fait durant ces périodes de dérogation

Les pesticides nocifs sont donc interdits à l’usage, mais pas à la production industrielle (par Bayer, par exemple, ou par le français BASF), pourvu qu’ils soient exportés. Qu’importe que des populations et des écosystèmes entiers soient contaminés pourvu (1) que nos usines fonctionnent et (2) qu’on ne puisse m’accuser de violer les lois de ces pays. Ou, pour traduire en termes virils : du moment que tu es assez bête -ou complaisant - pour accepter les produits que je te vends et qui sont tellement dangereux que je les interdis chez moi, tant pis pour toi. Aucune excuse sanitaire dans ces ventes à l’étranger, puisque la nocivité de ces pesticides est prouvée. La seule raison en est financière : je produis et je vends, sans me préoccuper le moins du monde des conséquences de ces exportations, du moment que cela rapporte à mon industrie. Ce n’est pas nouveau : rappelez-vous le scandale ancien du Distilbène, ce médicament qui réduisait le risque de fausses couches au prix d’effets cancérigènes et tératogènes sur l’embryon. Interdit en 1971 aux Etats-Unis, il ne l’a été qu’en 1977 en France et seulement en 1983 dans le monde. Un laboratoire a pu penser froidement : au lieu de retirer mon médicament dangereux, je vais le vendre là où il n’est pas encore interdit ! Le cynisme de l’UE est total, parfaitement clair et sans masque. Nous le savions : cette administration européenne donneuse de leçons se moque de ses propres règles déontologiques dès lors que les lobbies agro-industriels entrent dans la danse. Juste retour des choses, par effet boomerang nous récupérons chez nous ces produits interdits mais que nous fabriquons et exportons, dans les produits alimentaires que nous importons. Peut-être (il faudrait vérifier) par ces mêmes importations que nos traités ont facilitées (pensons au traité du Mercosur, par exemple).

Mais ce n’est pas fini. Selon Foodwatch, l’UE serait en train de faire rentrer par la fenêtre ce qu’elle a elle-même chassé par la porte : un nouveau texte, le « paquet Omnibus » sur la sécurité alimentaire, lui permettra de « renforcer sa compétitivité à long terme tout en maintenant inchangés ses objectifs économiques, sociaux et environnementaux. La simplification par l’UE du cadre réglementaire (…) constitue un aspect essentiel de cette démarche » (1). Suppression des réexamens périodiques, assouplissement des normes de sécurité alimentaire, réduction des contrôles, autorisations illimitées : tout sera prêt pour recommencer.

Et dire qu’il y a encore dans le monde des penseurs qui continuent de nous vendre l’idée que seul le Marché est autorégulateur et moral… ■

François Gerlotto.

(1). https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/simplification/