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Royaliste n°1278 du 8 mai 2024

Croatie : un pays fracturé.

Les Chemins du monde

mercredi 8 mai 2024

Les élections législatives du 17 avril ont révélé les fractures qui déchirent la Croatie, la perspective de nouvelles élections n’étant pas à écarter.

Les élections n’étaient pas sans péril pour le Premier Ministre Andrej Plenkovic et son parti le HDZ (Union Démocratique Croate) en quête d’une troisième victoire électorale. Son mandat à la tête du gouvernement avait été marqué par plusieurs scandales de corruption entraînant la démission de pas moins de trente ministres. Par ailleurs il se trouvait confronté au Président de la République M. Zoran Milanovic, issu du SDP (Parti Social-Démocrate) qui annonçait sa candidature le 15 mars, juste après avoir convoqué les électeurs, s’engageant en cas de victoire à démissionner de la présidence de la République. Cependant, le 18 mars, la Cour Suprême croate exigeait du Président une démission préalable à toute candidature, celui-ci ne pouvant plus exercer avec la neutralité nécessaire sa fonction. Ce dernier déclarait alors qu’il s’agissait d’un coup d’Etat constitutionnel et traitait les juges de « gangsters illettrés » et de « paysans primitifs ». Néanmoins, il finit par renoncer tout en apportant son soutien à la coalition Rivières de Justice menée par le social-démocrate Peda Grbin.

Ce conflit à l’intérieur du pouvoir exécutif croate n’était pas nouveau. Le Président en exercice s’était opposé en 2022 à l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN. Durant la campagne, il accusait encore le Premier Ministre de vouloir faire entrer en guerre son pays contre la Russie, dénonçait la corruption du gouvernement et révélait l’homosexualité du ministre Damir Habijan, violant délibérément sa vie privée. L’association Zagreb Pride publiait en retour les noms de onze personnalités proches du SPD censées être elles aussi homosexuelles. Pathétique.

Dans ce climat, le 17 avril, 62 % des électeurs inscrits se rendirent aux urnes, 10 points de plus qu’en 2020. La coalition gouvernementale arriva en tête avec un peu plus de 34 % des voix mais perdit quatre points et six sièges. La coalition conduite par Peda Grbn n’obtint qu’un peu plus de 25 % des suffrages mais en ne perdant que 0,5 % des voix et en gagnant deux sièges. Trois autres partis, DP (Mouvement Patriotique), Mozemo (Nous Pouvons !) et Most-HS (Pont des listes indépendantes) obtenaient chacun entre 10 et 14 sièges. C’est vers eux que les deux principales coalitions vont devoir se tourner pour négocier un accord de gouvernement, ce qui s’annonce difficile, ceux-ci exprimant des exclusives les uns à l’égard des autres. Le 19 avril, la Cour Suprême interdit au Président Milanovic de prendre la tête d’un quelconque gouvernement, du fait de sa participation à la campagne électorale. La décision fit grand bruit trois juges de la Cour rédigeant une opinion dissidente. Ces tensions rendent la perspective de nouvelles élections plus que crédibles.

Marc Sévrien.