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Royaliste n°1261 du 11 septembre 2023

Epidémie de Putschs

Les Chemins du monde

lundi 11 septembre 2023

Et si les putschs africains n’étaient pas tant dirigés contre les Français que contre eux-mêmes.

Epidémie ? L’expression est du président Macron devant les Ambassadrices et les Ambassadeurs le 28 août. Qui sera le prochain ? Après l’Afrique occidentale, c’est maintenant le tour de l’Afrique équatoriale. Si l’on tire un fil toute la pelote suivra : au Congo-Brazzaville, au Cameroun, en Guinée Equatoriale, les trois voisins du Gabon, les dirigeants sont au pouvoir depuis une quarantaine d’années. En 2023, le président Paul Biya au Cameroun a fêté en février ses 90 ans ; le président Denis Sassou Nguesso à Brazzaville fêtera en novembre ses 80 ans ; à Bata le président Obiang en a 81.

Durant ce temps long, ils ont asséché toutes les forces vives, les oppositions politiques, les habitués du sérail, bref toutes les alternatives possibles… Toutes sauf une : le corps militaire. Les armées étaient la seule force organisée à l’indépendance ; la métropole, française, belge ou britannique, ne fournissait que les officiers. Les sous-officiers autochtones furent du jour au lendemain promus à la tête de l’Etat, comme Mobutu au Congo qui écarta Patrice Lumumba, ou Eyadema au Togo qui élimina Sylvanus Olympio. Coups « réactionnaires » instrumentalisés par la CIA pour les uns, les réseaux Foccart pour les autres.

La seconde vague des coups d’Etat militaires est en revanche « révolutionnaire » avec des personnalités comme le capitaine Thomas Sankara qui en 1983 s’impose en Haute-Volta devenue le Burkina Faso, ou en 1986 Museveni en Ouganda. Le premier sera assez rapidement exécuté en 1987 ; le second est encore au pouvoir à ce jour et a depuis longtemps renié ses idéaux.

La troisième vague qui vient d’éclater ne semble porteur d’aucune idéologie. En dépit des apparences, le mouvement est plutôt « conservateur ». Il n’y a pas de projet social. La motivation est essentiellement défensive : statu quo, cohésion, maintien de l’entre-soi. Il était évident depuis longtemps que la France gênait et que sa présence militaire devenait franchement embarrassante pour la politique locale. Au Niger et au Gabon, ce sont les chefs de la protection présidentielle rapprochée qui ont pris l’initiative, ce qui fait penser à des « révolutions de palais ». L’expérience montre que dans un second temps, des subordonnés s’affirment, des capitaines, plus en phase avec la population jeune. Au-delà des menaces, au point où les choses en sont arrivées, c’est la succession politique qu’il a paru préférable d’anticiper avant qu’elle ne devienne incontrôlable et que le chaos s’installe. Une suspension plus ou moins temporaire de la « démocratie » s’imposait. Ces putschs sont des affaires intérieures à traiter comme telles. Ils étaient d’autant plus prévisibles que tout le reste (la succession des « crocodiles » ou un califat africain) est plus imprévisible. L’erreur a été de renverser les facteurs.

Dominique Decherf.