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Royaliste n°1294 du 12 février 2025

Frédéric X, roi du Danemark face à Donald Trump

La Voie royale

mercredi 12 février 2025

Terre viking norvégienne, découverte par Eric le Rouge au Xe siècle, et dépendante du royaume de Norvège jusqu’à son union avec le royaume de Danemark en 1536, le Groenland est également un territoire habité par les Inuits depuis le XIe siècle.

Les armoiries du roi de Danemark, associant l’ours du Groenland.

Au moment où le nouveau président des Etats unis d’Amérique menace d’annexer le Groënland, après avoir émis l’idée de l’acheter, tout comme le président Truman en 1946, un bref rappel historique s’impose.

En 1536, le roi de Danemark étant également roi de Norvège, le Groënland passe progressivement sous administration danoise. La couronne favorise l’implantation de compagnies coloniales, au profit des intérêts stratégiques danois, en leur octroyant des chartes pour leurs activités commerciales, et en leur conférant une autonomie limitée pour la gestion du territoire.

Cependant, l’implantation danoise prend réellement son essor en 1721, par l’arrivée d’un missionnaire dano-norvégien, Hans Egede, autorisé par le roi Frédéric IV de Danemark à y établir une colonie, pour y convertir au protestantisme les anciens colons norvégiens. C’est également à ce moment que la communauté Inuits commence à se sédentariser et à créer des liens avec les colons danois.

En 1905, lors de la nouvelle séparation des deux royaumes, la Norvège, devenue indépendante, concède avec difficulté que le Groënland demeure danois, revendiquant son antériorité d’origine sur le territoire.

Par un arrêt de la cour de justice internationale du 5 avril 1933, suite à un différend entre danois et norvégiens sur la pêche à la baleine, le Groënland, pour sa partie orientale, est définitivement reconnu comme terre exclusivement occupée par le Danemark, conformément à la convention du 9 juillet 1924, mais sans que la question du statut juridique de la partie non colonisée de l’île puisse être tranchée.

La réforme constitutionnelle danoise de 1953 met fin au statut de colonie, le Groënland devient un comté du Danemark en tant que territoire intégré. Et en 1979, une nouvelle réforme lui donne un statut d’autonomie interne. Enfin, en 2009, il bénéficie d’une autonomie élargie, transférant davantage de pouvoir décisionnel et de responsabilité au gouvernement groenlandais.

La réaction du roi. - Plus de mille ans d’histoire viennent ainsi d’être remis en cause, par un certain Donald Trump, qui, lors de son premier mandat en 2019, prétendait déjà vouloir acheter le Groënland, puis lors de sa récente réélection, vouloir l’annexer, pour des raisons tant économiques que stratégiques. Les richesses en terres rares, uranium, pétrole et gaz offshore, fer, cuivre et or attisent toutes les convoitises, sans parler des nouvelles routes maritimes que le réchauffement climatique ouvre en perspective, dans cette partie de l’Arctique, et des enjeux militaires face à la Russie.

La réaction danoise ne s’est pas fait attendre, en la personne du roi Frédéric X, garant de la constitution, de l’unité et de l’intégrité territoriale danoise. Dans un premier temps, et d’une manière hautement symbolique, le roi a fait modifier ses armoiries, le 1er janvier 2025. Jusqu’ici, l’écu écartelé représentait depuis près de 500 ans en son deuxième quartier, les trois couronnes symbolisant l’Union de Kalmar entre le Danemark, la Norvège et la Suède (ce qui n’a plus lieu d’être), mais aussi le bélier d’argent passant, lampassé de gueules et armé d’or, représentant les Iles Féroé et l’ours polaire debout d’argent, représentant le Groenland. Dorénavant, le deuxième quartier sera entièrement et uniquement consacré au Groënland, à l’ours polaire agrandi, tandis que le troisième quartier sera uniquement dédié aux Iles Féroé, au bélier agrandi ; les deux autres quartiers représentant le Danemark et le Schleswig. Tous les documents officiels du Danemark, les étendards, et notamment ceux dressés au palais d’Amalienborg à Copenhague marqueront ce changement, affirmant la souveraineté de la couronne danoise sur le Groënland.

S’inscrivant dans les pas de sa mère, la reine Margrethe II de Danemark (1), le roi a saisi l’opportunité que représente le discours télévisé du Nouvel An, pour faire passer ses messages hautement politiques, en déclarant entre autres « Nous sommes tous unis et chacun d’entre nous s’engage pour le royaume du Danemark. De la minorité danoise du Schleswig du Sud, qui est même située en dehors du royaume (faisant référence aux Danois résidant en Allemagne ? au Schleswig Holstein), jusqu’au Groënland. Nous appartenant au même pays, tous ensemble ».

La Première ministre Mette Frederiksen renchérissait le 7 janvier, déclarant à la télévision danoise TV2 « Le Groenland est aux Groenlandais » tout en affirmant que « les États-Unis sont nos alliés les plus proches ».

Il ne fait nul doute que le sujet devait être sur toutes les lèvres le lendemain, lors de la réception du Nouvel An, donnée par les souverains danois à Copenhague, au palais Christian VII d’Amalienborg, où étaient conviés les membres du gouvernement, le président du parlement, et les plus hauts représentants politiques du pays.

Le 13 janvier, c’était au tour du Premier ministre groenlandais, Mute Bourup Egede de déclarer cette fois : « Nous ne voulons pas être Danois, nous ne voulons pas être Américains, nous voulons être Groenlandais et c’est bien sûr notre peuple qui décidera lui-même de son avenir ».

Autant dire, qu’indépendamment des relations entre le gouvernement danois et le gouvernement groenlandais, une chose les unit : le rejet de l’ingérence et de l’appétence américaine.

Quant à l’Union européenne, elle n’a pas son mot à dire. Le Groënland, bien que territoire autonome intégré au Danemark, n’en fait pas partie. Toutefois, le Danemark présidant le Conseil de l’Union, au second semestre 2025, ce sujet ne manquera sans doute pas de susciter des réactions en sa faveur.

Il est clair que maintenir d’une façon ou d’une autre le Groenland dans le giron danois, permet également au Danemark de se maintenir au sein du Conseil de l’Arctique. C’est donc en garant et arbitre que le roi Frédéric X agit, tant pour l’unité danoise et la défense des intérêts de son pays, que pour la liberté des Groenlandais, de décider de leur avenir face aux prétentions de Donald Trump. ■

Denis Cribier.

(1). Anne Wolden-Raethinge, Margrethe II de Danemark, le métier de reine, Fayard, 1990