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Royaliste n°1293 du 29 janvier 2025

Gauches : chacune prend son risque

La Politique

mercredi 29 janvier 2025

Par son refus de censurer le gouvernement Bayrou, le Parti socialiste a choisi de s’éloigner du Nouveau Front populaire, sans rompre tout à fait. Désunies sur le fond, les gauches sont placées devant des choix tactiques qui sont tous périlleux. Le vote du budget sera un moment de vérité.

François Hollande et François Bayrou. Leur vieille complicité débouchera-t-elle sur un budget ?

Le Nouveau Front populaire n’a jamais été autre chose qu’une alliance dictée par les circonstances, dans laquelle toutes les composantes ont trouvé leur avantage sous la forme de groupes parlementaires conséquents. Les stratégies ont ensuite divergé. La France insoumise vise une élection présidentielle anticipée et un second tour qui mettrait face à face Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Le Parti socialiste est au contraire porté à suivre sa pente idéologique et à rejoindre le bloc oligarchique pour y reconstituer son aile gauche. Le Parti communiste est obligé de suivre Jean-Luc Mélenchon qui peut obtenir le départ du député communiste de la Réunion, ce qui entraînerait la dissolution du groupe parlementaire. Les Verts sont comme d’habitude divisés et cherchent leur chemin.

En décidant de négocier avec le Premier ministre, la direction socialiste accompagnée des dirigeants écologistes et communistes a clairement annoncé qu’elle amorçait une manœuvre sans se soucier des réactions prévisibles de La France insoumise. De fait, Jean-Luc Mélenchon a eu beau tempêter et menacer, les socialistes ont décidé de ne pas censurer le gouvernement après la médiocre déclaration de politique générale de François Bayrou. En contrepartie, ils ont obtenu des avantages dont ils peuvent se flatter auprès de leur électorat : ouverture de discussions sur les retraites, pas de gel des pensions, ni d’augmentation des taxes sur l’électricité, abandon du projet des trois jours de carence dans la fonction publique et du déremboursement des consultations médicales, annulation du plan de suppression de 4000 postes dans l’éducation nationale… Au total, quatorze mesures ont été accordées par Matignon, pour un coût très limité. François Bayrou a sauvé sa tête et le Parti socialiste peut se réjouir d’être revenu au centre du jeu parlementaire, en phase avec une large partie de son électorat qui est hostile à la radicalité mélenchonienne. C’est là le début d’une partie qui est risquée pour tous les protagonistes.

Jean-Luc Mélenchon dispose de l’arme du chantage. Les élections municipales approchent et La France insoumise peut présenter des candidats dans de grandes villes tenues par les socialistes - Reims, Nantes, Lille, Montpellier, Marseille - afin de compromettre leur réélection. Pour les prochaines législatives, LFI peut également rappeler à maints députés socialistes qu’ils doivent leur siège aux voix insoumises.

En choisissant la voie du recentrage, le Parti socialiste prendrait un risque électoral sérieux et le débat interne est loin d’être tranché. Mais Jean-Luc Mélenchon peut aussi, comme tant de redoutables tacticiens, faire des erreurs de calcul. Malgré le fort taux d’abstention, les récentes élections législatives partielles dans les Ardennes et en Isère esquissent une tendance électorale qui n’est pas favorable à La France insoumise, championne des réactions de rejet dans les intentions de vote. Voilà qui ne prédispose pas le vieux tribun à devenir le recours de la gauche face à un « péril fasciste » remarquablement imaginaire.

La stratégie Hollande. - Toujours habile à saisir sa chance quand tout paraît perdu, François Hollande a prestement récupéré la négociation menée par Olivier Faure et clamé à tous vents que les socialistes ont « la clé jusqu’en 2027 » puisqu’ils constituent le « pôle central au sein de l’Assemblée nationale puisque rien ne peut se faire sans eux ni contre eux ». L’homme se croit capable de remporter la prochaine présidentielle en rassemblant la gauche réformiste et assez d’anciens électeurs macroniens pour dépasser Jean-Luc Mélenchon au premier tour.

Le calcul n’est pas déraisonnable, mais François Hollande est loin de faire l’unanimité dans son parti. Il y a bien sûr le jeu des ambitions qui sont compréhensibles : la jeune génération voudrait éviter un nouvel affrontement entre deux vieux acteurs marqués par les défaites. Il y a aussi la profonde inquiétude qui taraude certains dirigeants socialistes. Si le Parti socialiste vote le prochain budget, il sera considéré à juste titre comme l’allié objectif de François Bayrou - qui a d’ailleurs appelé à voter Hollande en 2012 - et il n’est pas sûr que le Premier ministre s’empresse de donner des gages aux socialistes, en raison des pressions conjuguées des milieux patronaux, des groupes financiers qui tiennent la presse et de la droite parlementaire.

Entre trois risques - la soumission à Mélenchon, l’affrontement avec les candidats de La France insoumise, le ralliement au bloc central oligarchique - les socialistes auront à faire un choix difficile lors du vote du budget.

Quelle que soit leur décision, les gauches, les droites et le centre se trouvent sans programme salutaire face à la crise économique et sociale qui prend de l’ampleur. Alors qu’on constate une multiplication des défaillances d’entreprise, l’augmentation du chômage et le plafonnement des créations d’entreprises, un budget d’austérité, même réduite par divers compromis, viendra accélérer les logiques négatives. Tous les partis de gouvernement, actuels ou potentiels, se trouvent dans les impasses que nous avons maintes fois dénoncées. Sauf le Rassemblement national qui cultive des illusions avec efficacité puisqu’il n’a jamais eu à faire ses preuves. ■

B. La Richardais