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Royaliste n°1298 du 9 avril 2025

Gilbert Renault dit le colonel Rémy

Le Mouvement royaliste

mercredi 9 avril 2025

Parmi les grandes figures de la Résistance, le colonel Rémy occupe sans doute une des toutes premières places. Entré en clandestinité dès 1940, organisateur hors pair d’un grand réseau de renseignement, il sut agréger autour de lui de nombreuses personnalités, royalistes ou non.

Gilbert est né 6 août 1904 à Vannes (Morbihan). Il est l’aîné des neuf enfants de Marie et Léon Renault. Son père est professeur de philosophie et d’anglais. Sa mère est la fille du compositeur Théodore Decker, (1851 †1930), lui aussi professeur, mais surtout compositeur de nombreux psaumes et cantiques dont le célèbre Psaume 147 Lauda Jérusalem. Le jeune garçon fait ses études à Vannes au collège jésuite Saint-François-Xavier, puis ses études de droit à l’université de Rennes. Sans jamais adhérer à l’Action française, il devient un lecteur assidu de Charles Maurras. D’ailleurs, il participe aux événements de février 1934 et rentre chez lui tout crotté avec « un œil au beurre noire ».

En 1924, il est employé à la banque de France. Puis, en 1936, il se lance dans la production cinématographique et finance notamment le « J’accuse » d’Abel Gance. Malgré l’échec financier de ce film, en 1939, il met en chantier un nouveau projet sur Christophe Colomb. Pour ce faire, il obtint un visa pour Madrid où il est reçu par l’ambassadeur qui n’est autre que le maréchal Pétain (ambassadeur de mars 1939 à mai 1940). Celui-ci somnole pendant une partie de l’entretien. Il rencontre le premier consul Jacques Pigeonneau (1900 †1967) et se lie d’amitié avec lui et sa femme Marthe.

La famille Pigeonneau va jouer une rôle essentiel dans la Résistance. Le consul est le premier ambassadeur à se rallier au Général dès le 25 juin. À l’origine, il s’emploie à aider au passage des Anglais et des Français, puis à transmettre la correspondance de la Résistance. C’est lui qui fera parvenir à Londres, le 28 novembre 1940, le premier rapport du colonel Rémy, auquel il ajoutera une note où il préconisera que la France combattante prenne contact et soutienne le comte de Paris (voir Royaliste n°1246) au lieu « des déchets de l’ancien régime. »

Le cinéaste, rentré en France, entend le discours de Pétain et celui du Général, le lendemain. Comme il le répétera souvent : « Imbu d’Action française, il ne m’était pas possible de considérer la défaite de la France comme définitive. J’allais tout naturellement là où il m’apparaissait qu’on allait continuer à se battre. » Gilbert Renault réussit à prendre un bateau pour l’Angleterre. À Londres, de passage à la France combattante, il rencontre André Dewavrin (1911 †1998), le colonel Passy, qui dirige le Bureau central de renseignements et d’action (B.C.R.A.). Malgré son manque total de savoir-faire, le colonel accepte de le renvoyer en France mener de l’espionnage. Dans la capital britannique, ce n’est pas la seule personne qu’il croise, puisqu’il entre en relation avec l’abbé de Dartein (voir Royaliste n°1201) - l’envoyé du petit groupe royaliste de la première réunion clandestine de la Résistance au Gabastou (voir Royaliste n°1200) - et avec le capitaine Pierre de Hauteclocque (cousin germain du futur maréchal), marié à Nicole de Saint-Denis.

Un des plus vastes réseaux de renseignement de la Résistance. - L’espion Gilbert Renault portera de nombreux alias : Raymond, Roulier et enfin le colonel Rémy. Arrivé en France occupée, il passe chez La Bardonnie qui a créé l’embryon de réseau que l’envoyé de Londres va transformer en l’un des plus vaste de la France libre. Il est d’’abord nommé « réseau Raymond ». En 42, Rémy, de passage à Paris dans l’église Notre-Dame-des-Victoires, décide de le placer sous la protection de la Sainte-Vierge et le nomme « Confrérie Notre Dame » (C.M.D.).

C’est un réseau de renseignements. Ses missions sont la collecte et la transmission d’informations sur le mouvement des troupes d’occupation et l’organisation de terrains de parachutage et d’atterrissage. Pendant l’occupation 1544 agents y seront ainsi homologués, 524 seront arrêtés (37 fusillés et 234 déportés dont 151 morts dans les camps). La place manque pour raconter toute l’histoire de ce réseau. Rémy l’a parfaitement fait dans ses livres.

Son réseau n’est évidemment pas exclusivement catholique et royaliste. On y croise néanmoins sa sœur Maisie, Louis et Denise de La Bardonnie, Jacques et Marthe Pigeonneau, toute la famille de Paul Armbruster, toute la famille de Nicole de Hauteclocque (les Saint-Denis), Robert Heitz (voir Royaliste n°1291), etc.

Le colonel Rémy et la C.N.D. prendront de nombreux contacts avec d’autres mouvements de la Résistance : L’organisation Civil et Militaire (O.C.M.), Libération-Nord et les communistes du Front National. Ce fut d’ailleurs Remy qui leur remet de l’argent et qui, de sa propre autorité, conduit à Londres le délégué officiel du Parti communiste, Fernand Grenier (1901 †1992), en janvier 1943.

Le 13 mars 1942, le général de Gaulle fait du colonel Rémy un Compagnon de la Libération. Certains « londoniens » pourtant s’en méfient. Les actions du colonel son discutées entre Pierre Brossolette (1903 †1944) et le colonel Passy. Il fait l’objet d’un rapport du B.C.R.A. (FA3756) du 31 mai 1942 : « Il a eu surtout tort de ne pas vouloir admettre que les communistes sont des négociateurs difficiles, qui sont assez experts à tirer le maximum de leurs interlocuteurs en leur donnant la plus faible contrepartie possible. » Il est décidé de le rapatrier et de le garder à Londres (1943).

Après-guerre, gaulliste, farouchement gaulliste, il co-signe en 1947 les statuts du Rassemblement du peuple français (R.P.F.), participe à son comité exécutif, se charge des voyages, des manifestations et du Rassemblement de la Jeunesse française (R.J.F.). Paradoxalement, il fait paraître le 11 avril 1950 dans l’hebdomadaire Carrefour un article retentissant « La justice et l’opprobre », où il prête au Général la phrase : « Souvenez-vous qu’il faut que la France ait toujours deux cordes à son arc. En juin 1940, il lui fallait la corde Pétain aussi bien que la corde de Gaulle. ». Il quitte le mouvement gaulliste, se rapproche de la droite pétainiste et continue d’écrire de très nombreux ouvrages sur la résistance, où il n’oublie jamais de citer les royalistes qui ont refuser l’abandon. Gilbert Renault s’est éteint dans la paix de Dieu le 28 juillet 1984. ■

François-Marin Fleutot.