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Royaliste n°1281 du 19 juin 2024

Glucksmann : un geste létal et fraternel pour le PS

La Politique

mercredi 19 juin 2024

L’excellent score de la liste Glucksmann était prévisible depuis plusieurs mois. Tout y préparait et la tête de liste PS-PP n’a eu qu’à se laisser porter par une séries de coups de chances ainsi qu’une vision du monde simple mais séduisante pour le centre-gauche.

Hors Raphaël GLucksmann – « Raphaël » dans ses messages aux militants et sympathisants - personne ou presque n’est capable de citer un candidat de la liste Parti Socialiste – Place Publique. Hormis sans doute Aurore Lalucq que les citoyens vraiment acculturés à la politique et encore intéressés par les originalités la constituant peuvent connaitre, les citoyens sont bien en peine de citer un autre candidat de la liste PS-PP. Personne non plus ne peut citer un point de programme décisif qui les aurait motivés. Tout est vague, flou et un peu léger dans la campagne du PS aux européenne mais, c’est probablement ce fait qui le rend relativement plus attractif que les autres formations de gauche.

Cette campagne électorale a été, il faut le souligner, la plus pauvre depuis le référendum sur le traité de Maastricht. Comparée aux élections européennes de 1994, c’est, trente ans plus tard, un ennui profond qui saisit le citoyen. Analyses, propositions, candidats à carrure politique, nombre de facteurs ont fait défaut pour la désignation de nos représentants français au Parlement européen. L’appareil partisan socialiste est moribond et n’a plus rien à proposer. Tel le Parti Radical finissant, il peut servir de modeste base de lancement à des équipées personnelles. A y regarder de près, le PS fonctionne de plus en plus mal ou plutôt de moins en moins. Il a bénéficié dans cette campagne de plusieurs atouts aussi divers que la personnalité de sa tête de liste, la campagne délibérément indigne de Jean-Luc Mélenchon et des Insoumis, la transparence totale de la Cheffe de fil des Ecologistes, Marie Toussaint et surtout l’affaissement du parti présidentiel, dont la tête de liste n’a pas démérité malgré le trop plein de bévues, de mauvais choix et l’ambiance délétère que l’ensemble du pays perçoit comme émanant du sommet de l’Etat. Le cantonnement de la campagne aux prises de positions des têtes de listes, la tendance mortifère à la réduction de leurs messages aux selfies et aux twitts (sur X), tout a contribué à ruiné cette campagne électorale.

Tout le monde, en dehors des colistiers de Raphaël Glucksmann, sait qu’il n’est pas socialiste, qu’il n’en a pas la culture et qu’il rechignerait à en épouser les desseins si ceux-ci venaient à ressusciter. Raphaël Glucksmann n’est donc non seulement pas devenu socialiste mais il n’a pas appris non plus à le parler. L’identité de la liste PS-PP est la sienne propre. Nul ne discerne de programme autre que l’idée que, lui, Raphaël Glucksmann se fait de l’Europe, de la géopolitique qui la sous-tend, des relations avec les autres aires concurrentes. Le tout est accompagné par quelques odes à l’écologie, au féminisme et toutes sortes de cause définies à la va vite pour ménager les envies et rêves de l’électeurs. Il s’agit assez ostensiblement d’une ligne politique située entre Franc Tireur en France et Bill Kristoll et ses amis néoconservateurs des deux côtés de l’Atlantique. Intellectuellement ce réévalue le PS mais d’un point de vue idéologique cela l’ancre dans une vision dans le droit fil du Cercle de l’Oratoire et de feu la revue Le Meilleur des Mondes.

Place Publique c’est l’anti-CERES : ce mouvement ne vise pas à faire surgir le socialisme de la social-démocratie mais à définitivement convaincre cette dernière que son effacement étant inéluctable, elle devait le préparer plus assidument. Raphaël Glucksmann qui a, comme les fondateurs de Place Publique, des capacités intellectuelles réelles, a néanmoins pris le parti comme eux de s’adresser aux Français en émoussant sérieusement ses standards de réflexion, sa sophistication d’analyses et son exigence de nuance et de vérité. Mais, comme nous l’avons dire, l’homme a joué de chances en série. La fracture de l’alliance à gauche, son approfondissement, le carburant de la liste Glucksmann est composé des élans provocateurs, incendiaires et humainement gênants de Jean-Luc Mélenchon qui a placé en position éligible une citoyenne « d’origine palestinienne » dont la connivence avec le régime de barbarie des Assad ne fait aucun doute. De semaine en semaine, le double rejet des aberrations mélenchoniennes et du nombrilisme du Chef de l’Etat ont ouvert la voie au vote Glucksmann. C’est d’autant plus aisé que le PS est désormais prêt à prendre toutes les positions déclarant ainsi « Nous allons rompre avec le libre échange généralisé et développer un protectionnisme écologique européen ». Après trente ans, le PS a ouvert un œil ! Le programme du PS est très simple : c’est l’alignement sur le sens commun de 2024 alors qu’il aurait dû prendre ces positions en 1994.

Néoconservateur français assumé au sein du Cercle de l’Oratoire il y a vingt ans, il a nettement adouci ses positions mais s’est néanmoins arrimé aux fondamentaux qui étaient ceux de groupes d’intellectuels alors très favorables aux menées militaires de George W. Bush. Afin d’attirer les électeurs insoumis il s’en est pris vigoureusement à Benyamin Netanyahu, passant par perte et profit la cause des otages retenus à Gaza. L’effet recherché a-t-il été atteint ? S’est-il trouvé tant de dupes pour croire Raphaël Glucksmann ? Rien n’est moins sûr. Aux antipodes de la tradition gaullo-mitterrandienne, il a insufflé au PS la dernière fausse conscience à laquelle il n’avait pas totalement explicitement adhéré.

Du Raphaël Glucksmann porté à défier Russie ou Chine on a quelque peu perdu la trace. L’apparition sur nos écrans de ce grand post-adolescent dégingandé aux propos lénifiants et au ton empreint d’une mièvrerie franchement surjouée tranche avec ses discours plus volontaires de Bruxelles qui semblaient dénué d’illusions sur Moscou et Pékin et enclins à réveiller Français et Européen. On devine qu’entre Olivier Faure, l’habile manœuvrier transparent du PS, et Glucksmann les points d’achoppement ont existé plus que de raison. Faure étant passé de thuriféraire de la ligne Hollande-Ayraud à l’accord politique et électoral avec JL Mélenchon est surtout un affidé de toutes les modes successives comme en témoigne, cette fois, le petit cahier programmatique

Didier Motchane disait des socialistes français qu’ils étaient des « gens intelligents mais qui ne pensaient pas ». La non-pensée de la liste PS-PP a nui à la pensée de R. Glucksmann mais absolument pas à ses résultats dans les urnes, nettement supérieurs à ce que furent ceux d’il y a cinq ans.

Gaël Brustier.