Après l’arrestation de Jean Vallette d’Osia (1898 †2000), le Capitaine Romans, nouveau chef de la Résistance en Haute-Savoie, s’appuyant sur les officiers du 27e Bataillon de Chasseurs Alpins d’Annecy - et pour la formation sur les hommes du maquis de Manigod, des groupes de chrétiens Lyonnais - accepte de faire du plateau de Glières un petit maquis de passage et de harcèlement. Il nomme le capitaine Théodose Morel dit Tom (1915 †1944). Ce dernier reprend la devise de l’armée catholique et royale de 93 : « Vivre libre ou mourir » et engage son ami Maurice Anjot (1904 †1944). Les deux capitaines que l’on dit « traditionaliste et catholique » vont accueillir, sur le plateau, 465 maquisards dont 80 communistes (FTP) et 50 républicains espagnols. Ce qui va faire basculer le maquis est le passage de Richard Heslop (officier SOE), accompagné par le capitaine Jean Rosenthal (FFL), qui le transforme en maquis point de fixation. On connait la suite et le drame que furent les combats dans le massif des Aravis en 1944.
La légende des Glières, largement commentée sur Radio-Paris par Hérold-Paquis (1912, fusillé en 1945) et Philippe Henriot (1889, abattu par la Résistance en 1944) qui parleront d’un « ramassis de lâches terroristes communistes et étrangers » pendant que Maurice Schumann sur la BBC glorifie ces « héros des Glières qui ont ramené Bir Hakeim en France. »
Des Glières à la Bresse. - Pendant ce temps, Romans-Petit est retourné dans l’Ain poursuivre la lutte, où les exploits de la Résistance énervent passablement les nazis. Ils vont tenter d’y faire régner la terreur. Les combats de guérillas, dirigés par le Capitaine, vont être efficaces. Refusant, tant qu’il le peut, la confrontation directe, il harcèle l’occupant sans discontinuer. L’armée allemande, secondée par les milices de Vichy, tue, pille fusille et dévaste des villages. Tant et si bien qu’en juin 44 des régiments entiers de la Wehrmacht sont mobilisés pour rétablir l’ordre. De nombreux civils et résistants vont y trouver la mort. Pensons un instant au lieutenant Paul de Vanssay (1916, mort aux combat le 8 avril 1944 à Montanges) de la vieille famille, depuis toujours, fidèle à Dieu et au roi. Il a reçu le commandement du maquis Pré-carré des mains de son créateur Jean-Pierre de Lassus Saint-Geniès (1914 †2010) que l’on retrouvera dans le Vercors. Ce futur général est issu, lui aussi, d’une famille dont plusieurs membres firent partie de l’AF.
Le Capitaine Romans, chef de l’Armée Secrète, reçoit ses ordres du général Pierre Koenig (1898 †1970). Le commandement local étant assuré par le colonel Albert Chambonnet (1903, fusillé par la Gestapo en 1944) et pour les Mouvements Unis de la Résistance par Alban Vistel (1905 †1994). En juin, le Capitaine reçoit l’ordre d’Alban de mettre en place des administrations provisoires pour restaurer les pouvoirs de l’État. Immédiatement un tribunal (résistant) siège à Nantua : condamnant les brigandages, les collabos et autres vichystes, empêchant les lynchages populaires. Vistel et Chambonnet proposent même à Romans-Petit de devenir le préfet de la région. Les combats n’étant pas terminés, il refuse ! Le 16 juin 1944 le général de Gaulle le fait Compagnon de la Libération.
Manœuvres communistes. - En juillet, le Capitaine reçoit la visite d’un civil qui se fait appelé Grégoire (Yves Farge, 1899 †1953) et prétend être commissaire de la République. L’entretien se passe très mal puisque le dit visiteur se fait inquisiteur, lui reprochant son administration provisoire des terres libérées par le maquis, les délégations civiles chargées de rétablir la police et la justice, etc... Le comble est atteint lorsqu’il accuse le libérateur de l’Ain d’avoir causé la mort d’un millier de résistant. Et Farge d’ajouter qu’« il veut savoir d’où vient l’argent des maquis... sûrement de l’étranger... » Romans-Petit n’en peut plus : « Vous avez la prétention de venir à mon P.C. me donner des ordres et me demander des comptes, en vous déclarant mon chef ! Mais comment puis-je vous croire devant votre ignorance des faits ? » Bourg en Bresse n’est libérée que le 4 septembre par l’arrivée de la 7e armée étasunienne du général Patch et de la 1re armée française du général de Lattre de Tassigny. Au soir de la libération, Petit reçoit un message lui ordonnant de se rendre à Londres. Là, reçu en héros, tant par les Britanniques que par les Français, pendant quatre jours il est « l’homme qui symbolise la Résistance française ».
Rentré en France le 17 septembre, le compagnon de la libération est arrêté le lendemain par les hommes d’Yves Farge et jeté en prison au Fort Lamothe. Il proteste mais il n’obtiendra aucune réponse. Seul le Progrès de Lyon laisse passer un communiqué : « Sur ordre du commissaire de la République, le colonel Romans, chef des F.F.I. du département de l’Ain, a été appréhendé et mis aux arrêts de forteresse ; le colonel Romans ayant usurpé des pouvoirs qui n’appartiennent qu’aux autorités civiles, et ayant fait acte d’indiscipline. » Cette arrestation du chef des maquis de l’Ain fait grand bruit. Ses hommes sont prêts à monter sur Lyon. Le journal communiste la Marseillaise apporte quelques précisions : « Il convient d’ajouter à l’encontre du colonel Romans son attitude envers les pouvoirs publics (!), et ses relations avec les officiers de l’armée britannique. » Alors que les armées anglaises se battent encore pour libérer le sol français, les communistes reprochent au Capitaine ses relations avec eux... On frise la folie ! Pas tant si l’on songe que pendant ce temps, les FTP (communistes) mettent la main sur la Résistance en Bresse. Après plusieurs semaines dans les geôles lyonnaise, Romans est transféré à Paris. Subissant encore quelques péripéties, il retrouve la liberté grâce au général Koenig qui le prend dans son état-major.
Grand officier de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération, Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1945, Médaillé de la Résistance française, Henri Romans-Petit meurt le 1er novembre 1980. ■
François-Marin Fleutot.
Bibliographie
Ouvrages du colonel Romans-Petit :
■ Les Obstinés, éditions Janicot, Lille, 1945 ■ L’Appel de l’aventure, éditions Dorian, Saint-Etienne 1947 ■ Les Maquis de l’Ain, éditions Hachette, Paris 1974
Henri Romans-Petit (3) : Les Glières et la Libération