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Royaliste n°1274 du 13 mars 2024

L’Europe de Giorgia Meloni

Les Chemins du monde

mercredi 13 mars 2024

Forte d’une majorité solide et de résultats économiques plutôt satisfaisants, la présidente du conseil italien tourne maintenant son regard vers Strasbourg et Bruxelles.

La coalition de droite qui gouverne à Rome misait sur le retour à la stabilité politique mais elle n’en escomptait pas des effets rapides sur l’économie. Mme Meloni elle-même, lorsqu’elle évoque son bilan économique, marque toujours une forme d’étonnement. Non pas que l’Italie soit tirée d’affaires mais, dans un contexte européen assez déprimé, les chiffres sont meilleurs que prévus : une croissance légèrement supérieure à celle de la zone euro, une inflation qui se résorbe, une balance commerciale excédentaire, un taux de chômage moins élevé qu’en France. Seule ombre au tableau : le niveau élevé d’endettement du pays, qui continue à peser sur les taux d’intérêt et donc sur l’investissement.

Le bilan politique de Mme Meloni est en revanche plus contrasté. Certes, elle bénéficie au Parlement d’une majorité inoxydable, mais elle n’en a fait pour le moment qu’un usage limité. La réforme, tant promise, de la justice, s’est transformée en réformette et « l’autonomie différenciée » donnée aux régions, que réclamait à grands cris M. Salvini, aura des effets assez limité. Reste l’élection au suffrage universel du Premier Ministre, que la dirigeante italienne considère comme la « mère des batailles », mais sur laquelle elle avance avec prudence parce qu’elle sait que le résultat d’une révision constitutionnelle est toujours aléatoire.

Les prochaines élections européennes peuvent-elles changer la donne politique en Italie ? C’est peu probable. Selon les derniers sondages, le parti nationaliste Fratelli d’Italia, dont est issue Mme Meloni, fait la course en tête avec 28%, les formations de droite sont créditées de 45 % des suffrages, alors que les oppositions de gauche (Parti démocrate et Mouvement 5 étoiles) ne recueillent que 36 %. Si ces prévisions se vérifiaient dans les urnes, Fratelli d’Italia devrait obtenir 22 sièges à Strasbourg (contre 6 actuellement). Et le score médiocre de la gauche italienne pourrait fragiliser le groupe socialiste du Parlement européen, dont elle constitue une des principales composantes.

C’est sans doute là que réside le calcul de Mme Meloni. En apportant au groupe des Conservateurs européens, qu’elle anime en sous-main à Strasbourg, 16 députés supplémentaires, plus le ralliement des élus de Victor Orban et d’autres populistes, elle prépare un renversement d’alliance au sein de l’Assemblée européenne : une majorité PPE-conservateurs clairement atlantiste, libérale mais nettement moins fédéraliste. On comprend mieux alors l’empressement de Mme Von der Leyen à s’attirer les bonnes grâces de la présidente du conseil italien pour conserver son poste à Bruxelles. L’apparition de deux droites en Europe, l’une euro compatible autour de Giorgia Meloni, l’autre, plus eurosceptique, autour de Marine Le Pen, pourrait bien être une des surprises du scrutin de juin prochain.

François Renié.