Le service militaire serait de retour. Exeunt les divers gadgets « civiques » et « universels ». Réarmement de la Nation appelée enfin à prendre en main elle-même sa défense ou nouvelle galéjade présidentielle ?
Nouvelle annonce du chef des Armées : un service militaire volontaire sera instauré, il devrait concerner en 2026 3.000 garçons et filles, 10.000 en 2030, 50.000 en 2035. Les volontaires ne seront pas engagés hors du territoire national. Ils renforceront les régiments et participeront à la défense du territoire. La formation initiale sera d’un mois. Lors de la Journée Défense et Citoyenneté, les aptitudes et compétences seront recensées pour permettre un éventuel appel sélectif.
Deux dossiers étroitement imbriqués : le service militaire et la réserve ? - Raisonnons bien sûr dans l’hypothèse d’un conflit de haute intensité. Un service militaire, obligatoire ou volontaire, par sélection ou tirage au sort, est envisagé ou déjà mis en œuvre dans nombre de pays d’Europe, l’obligation ne touchant chez eux que les hommes. À quoi peut servir un service militaire ? Au-delà des fantasmes sur le brassage social, à réarmer notre pays, en fournissant immédiatement des appelés aptes à combattre, qui deviendront des réservistes mobilisables.
Passer de 50.000 à 80.000 réservistes repose sur trois viviers : les anciens militaires professionnels, le recrutement direct, deux ressources existant déjà, et les anciens du futur service militaire. Combiner ces trois voies doit respecter un équilibre entre grades et spécialités. Anciens cadres de métier, officiers et sous-officiers de réserve seront irremplaçables pour encadrer les futurs appelés.
Une cote mal taillée. - Le projet présidentiel souffre d’incohérences et d’insuffisances. 3.000 volontaires la première année, 10.000 en 2030, 80.000 en 2035 ne suffiront pas à donner à nos forces le format nécessaire, et encore l’objectif final sera difficile à atteindre sans un minimum de coercition. Il faut dire qu’on sera après 2027... Les deux fonctions annoncées - compléter les régiments et protéger territoire et populations - peuvent-elle être couvertes par les effectifs envisagés ? Une fonction n’est pas nommée : renforcer la logistique de forces appelées à combattre à plus de mille kilomètres de nos frontières.
Envoyer des agneaux au massacre ? - Le projet est présenté sur un ton lénifiant : les jeunes ne seront pas envoyés à l’étranger. Sous-entendu, ils ne courront pas grand risque. Pure illusion ! Garder des points sensibles, face aux redoutables spetsnaz russes, n’est pas une sinécure, Les saboteurs, en cas de conflit, agiraient où et quand ils voudraient sur des objectifs repérés, sans laisser leur chance aux défenseurs.
Renforcer les régiments sans les envoyer en corps intervenir face à une éventuelle attaque n’a, de même, pas de sens. Nous ne pourrons éternellement fonctionner sur la base de groupements tactiques interarmes piochés dans divers régiments. À ce propos, nous n’avons pas aujourd’hui le matériel pour armer l’ensemble de nos forces, sans parler des dizaines de milliers de volontaires et de réservistes.
Quelles armées pour le choc ? - La technique russe est connue : intervenir de façon écrasante sur l’objectif principal, faire peur et mal aux tiers pour les inviter à se tenir à l’écart. Le territoire national est une cible, la guerre éventuelle ne serait pas un spectacle à regarder sur les écrans.
Royaliste alerte depuis des années sur le format insuffisant de nos armées, terre, mer, air et espace, nous n’y reviendrons pas ici. Mais même dans le format actuel d’armée-bonzaï, les appelés comme les réservistes peuvent redonner - un peu - d’épaisseur, à condition d’y être entraînés. Nos forces souffrent aujourd’hui, faute de crédits et de disponibilité des matériels, d’un déficit d’entraînement réaliste, même si les simulateurs y pourvoient en partie. Au-delà de la formation initiale d’un mois, appelés comme réservistes doivent être entraînés de façon intensive et avec les forces d’active au combat de haute intensité, et notamment au combat urbain. L’ancien service militaire, après deux mois de formation souvent mal vécus par des appelés ramollis, consistait largement à attendre l’ennemi … mais surtout la quille !
La fonction de protection du territoire et de la population ne pourra éviter un certain nombre de gardes statiques, mais elle devra développer un volet offensif, à base de drones et de commandos de chasse. Voudrions-nous faire jouer à nos jeunes le rôle de la chèvre attachée au piquet ?
Réserve unique, réserve diverse. - Disons-le, nos responsables militaires n’aiment pas trop la réserve. Ils ont tort, l’Ukraine nous montre comment une armée mobilisant des hommes et des femmes de toutes condition et de toutes formations dame le pion à une armée d’engagés recrutés, dans la part la moins évoluée de la population.
La séparation entre réserve opérationnelle et réserve citoyenne (souvent mondaine) n’a plus de sens quand la limite d’âge de la réserve a été portée à 72 ans, et lorsque l’opérateur de drone, le cybercombattant, sont aussi indispensables que le fantassin de première ligne. Les jeunes cadres de la réserve opérationnelle, aujourd’hui remerciés après quelques années, sont indispensables à l’encadrement des futurs appelés et des réservistes, comme au rayonnement des armées. La réserve doit s’ouvrir à tous les talents, notamment aux jeunes professeurs, aux instructeurs de sport et d’arts martiaux. La scolarité des grandes écoles de la Fonction publique doit à nouveau inclure une année en tant qu’officier dans une unité combattante. En amont, la politique d’éducation à la défense, qui a prouvé son efficacité, doit devenir une priorité.
Une réserve largement ouverte sur la Nation, sa diversité et ses talents, loin de l’entre-soi militaire, prête à agir de façon offensive, voilà qui peut dissuader tout ennemi potentiel et manifester que notre Nation est debout. ■
Eric Cézembre.
L’ami Bidasse, le retour ?