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Royaliste n°1301 du 21 mai 2025

L’imaginaire royal en marche

Le Mouvement royaliste

mercredi 21 mai 2025

Trois livres très récents remettent, dans des genres totalement différents, en lumière la question royale. C’est une joie et une occasion à saisir pour tous les militants monarchistes.

Il n’y a pas que Stéphane Bern pour populariser, dans la France d’aujourd’hui, l’idée monarchique. L’historien Frédéric Le Moal (né en 1972) s’est ainsi risqué récemment à une dystopie qui imaginait quel aurait été le sort de la France si elle avait été une monarchie en 1939. Le roi mis en scène a tout du comte de Paris (Henri VI), qui a été l’interlocuteur du général de Gaulle durant la IVe et la Ve Républiques. Sauf que leur relation aurait alors été inversée. C’est amusant, mais surtout profond et plein d’enseignements politiques et humains. Ce roman est un succès éditorial.

Un autre agrégé d’Histoire, né en 1992, Baptiste Roger-Lacan, vient d’adapter pour le grand public, sa thèse de doctorat sur l’idée de contre-Révolution en France, des origines (XVIIIe siècle) à nos jours… Son excellent éditeur a choisi le titre le plus court possible : Le roi, sous-titré une autre histoire de la droite. C’est un monument d’érudition qui montre que, si la IIIe République et ses hussards noirs (les instituteurs laïcs) ont mis l’école au service de l’idéologie républicaine pour modeler des générations de petits Français, les thèses inverses ont été profondément inscrites dans les cervelles par quelques historiens immensément populaires (G. Lenôtre, Bainville, Pierre Gaxotte…), l’Église catholique, l’Académie française, etc. L’auteur n’est en rien monarchiste (même s’il est chargé de recherches à la Fondation Napoléon) mais il reconnaît que les institutions de la République, issue de la chute du Second Empire, doivent tout aux royalistes et que, conquises de haute lutte par les républicains, elles en conservent jusqu’à aujourd’hui l’ADN originel et donc des potentialités monarchiques.

L’essai tourne un peu court en se concluant essentiellement sur l’épisode de l’État français du maréchal Pétain, qui a été comme le tombeau de la contre-Révolution par ses incohérences, ses excès et surtout ses compromissions. Sauf que Baptiste Roger-Lacan n’ignore rien – ainsi qu’on peut le vérifier en écoutant sa conférence sur la chaîne YouTube de la Nouvelle Action royaliste – de ce qui a nourri ensuite le renouveau de la République française, notamment avec ce qu’on a prêté à la conception gaullienne de la légitimité politique.

Il y a un débat passionnant sur cette figure du roi, jamais absente de notre imaginaire et de notre vocabulaire politiques. Elle est omniprésente durant l’entre-deux-guerres, comme «  alternative à la République libérale  ». Sauf encore que les prétendants ne se voyaient pas forcément comme cela (d’où la brouille entre la Famille de France et Charles Maurras et son Action française) et qu’ils théorisaient déjà un régime mêlant Monarchie et Démocratie, à l’image de ce qu’il se passe aujourd’hui dans tant de pays d’Europe. On en reparlera bientôt dans les colonnes du numéro «  spécial été  » de Royaliste.

En attendant, ce débat a été largement ramené sur la place publique par à un grand reporter du Figaro, Philippe Viguié Desplace (né en 1959), grâce à la bonne volonté d’un éditorialiste très républicain, Paul Melun (né en 1994) «  bon client  » de tous les plateaux de télévision d’information en continu… C’est une controverse comme on aimait en organiser dans les années soixante ou soixante-dix. Deux théories s’opposent, mais, comme l’écrit Paul Melun, c’est la vertu du débat : «  ne pas penser la même chose, mais toujours faire le choix de se parler  ». Rafraîchissant en ces temps d’anathèmes ! Et cela nous éloigne des faits divers atroces !!!

Qui sera le plus convaincant ? À vous de le dire, avec vos a priori bien sûr. Cependant, force est de reconnaître que Paul Melun se fige dans des positions doctrinaires, convoquant les grands ancêtres ennuyeux (Kant, Jean-Jacques Rousseau…) pour dénier toute vertu à l’hérédité [on pourrait d’ailleurs lui rétorquer que la monarchie n’est pas héréditaire mais successorale et que le vieux débat République ou Monarchie n’a pas trop de sens, thèmes constamment débattus dans les colonnes de Royaliste à partir des livres de Claude Nicolet, Blandine Kriegel, Jacques de Saint-Victor.…], mais en en faisant souvent trop. Ne va-t-il pas jusqu’à argumenter que le fameux «  prix unique du livre  » de Jack Lang est une preuve de la supériorité de la République sur la Monarchie ! Ou, «  plus sérieusement  », il estime que «  les grandes avancées en matière sociale, à l’instar de la création de la Sécurité sociale en 1945, n’auraient jamais vu le jour sous une monarchie.  » Les vrais historiens, par exemple ceux de l’Allemagne bismarkienne, apprécieront. Mais on lui pardonne ce dandysme républicain parce qu’il garde le sourire et qu’il concède tout de même que ce débat lui a donné une vision nouvelle, non pas sur ses propres convictions, mais sur celles d’autres qui ne pensent pas comme lui et ne sont pas forcément des monstres pour autant. Surtout s’ils ont les manières aimables du journaliste Viguié Desplace, qui a beaucoup bourlingué dans toutes les monarchies du monde (il a fait un livre avec le roi Michel de Roumanie, un autre avec le prince consort Henrik de Danemark…) et en a tiré une vision politique originale avec des arguments percutants, généralement ignorés du public français et même des royalistes patentés. C’est lui qui est la manœuvre. Il pense nécessaire, pour installer le débat dans l’opinion, de ne pas trancher entre les trois prétendants les plus connus au trône français, et semble tout de même donner une sorte de préférence – qui pourrait nous agacer un peu ici – au sympathique prince Napoléon, Jean-Christophe.

C’est vrai que la question ne mérite peut-être pas d’être tranchée tant que les arguments pour et contre une monarchie constitutionnelle n’ont pas été bien posés. Cela, quoi qu’on en pense dans ces moments de crise et d’immobilisme politique que nous vivons, ne sera pas du tout inutile. Quand un problème est insoluble, il faut le regarder à frais nouveaux. C’est ce qu’il faudrait faire en matière institutionnelle. Se poser la question Et si le prochain président était un roi ? aurait ce mérite de dessiller les yeux des Français sur ce que devrait être un bon chef d’État, qu’on se dise républicain, ou qu’on pense à la monarchie, ce qui n’est donc pas incompatible, si on veut bien continuer cette discussion politique à son terme... ■

Frédéric Aimard.

► Frédéric Le Moal, L’Appel du Roi, éditions de Paris, 2024.

► Baptiste Roger-Lacan, Le Roi. Une autre histoire de la droite, Passés/Composés, 2025.

► Paul Melun, Philippe Viguié Desplaces, Et si le prochain présent était un roi ? République ou monarchie ? Un match pour la démocratie. Mareuil, 2025.