L’adhésion de la Bulgarie à l’euro, prévue pour le 1er janvier 2026, s’inscrit dans un climat de fortes tensions internes et sur fond de rivalité exacerbée entre la Russie et l’Union Européenne.
Le 1er janvier 2026, La Bulgarie deviendra le 21e Etat à adopter l’euro. Le 4 juin dernier, la Banque centrale européenne a donné son accord et la Commission européenne s’est empressée d’annoncer que la Bulgarie remplissait les conditions pour adopter la monnaie dite unique. Les épargnants bulgares ont très vite commencé à se débarrasser de leurs économies en léva, surtout celles soigneusement gardées hors des banques. Celles-ci seraient comprises entre 3 et 60 milliards de leva c’est-à-dire entre 1,5 et 30 milliards d’euro. Mais aux dires du journal de Sofia Tchassa 24, repris par Courrier International, c’est une grande partie de l’argent de l’économie grise qui serait convertie en euro. La monnaie dite unique sert donc de lessiveuse. Les banques bulgares affirment cependant qu’au-delà d’une certaine somme, les fonds en liquide déposés doivent faire l’objet d’une justification. Quant au gouvernement bulgare, il soutient que la transition vers l’euro se fera en douceur, la devise bulgare pouvant être utilisée conjointement à l’euro pendant un mois. Et pendant six mois, aucune commission ne sera exigée par les établissements bancaires lors des opérations de change. En un mot tout s’annonce pour le mieux.
Pourtant les sondages montrent une opinion publique partagée, puisqu’en juin 2025 l’eurobaromètre annonçait 50 % de Bulgares réticents à l’égard de l’euro. Cela s’inscrit dans une défiance de l’opinion très largement répandue à l’égard des pouvoirs publics et des élites économiques et financières qui se traduit par une faible participation électorale et par l’exil d’une partie de la population. Le pays a perdu plus de 2 millions d’habitants depuis 2023. Une partie importante de l’opinion se montre sensible aux discours de ceux qui dénoncent la crise inflationniste qui aurait été provoquée en Croatie en 2023 par le passage à l’euro. En juin et juillet des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Sofia, parfois de manière violente. Au Parlement, l’extrême-droite s’est emparée du combat contre l’euro et en détient aujourd’hui le monopole, les partis de gauche regroupés au sein de la coalition « Gauche Unie » se ralliant à la devise européenne par principe européiste ou internationaliste. Le Président de la République bulgare a apporté un soutien inattendu au combat anti-euro en proposant un référendum sur le sujet de l’adhésion, une proposition rejetée par le gouvernement bulgare naturellement. Serait-il un dangereux agent pro-russe tapis dans l’ombre ?
Reste qu’avec un PIB équivalent à 64 % de la moyenne européenne, la Bulgarie va être le pays le plus pauvre de la zone euro. Malgré des finances saines, l’économie bulgare souffre, aux dires même de la Banque Centrale Européenne, d’un fort degré de corruption et de l’action de la mafia. En octobre 2023, le groupe d’action financière (GAFI), une organisation intergouvernementale avait inscrit la Bulgarie sur sa liste grise. Mais rien n’y a fait. En fait, des raisons politiques expliquent en partie cette adhésion. Il faut à tout prix ancrer la Bulgarie dans l’UE et ce d’autant plus que, même si le désamour à l’égard de la Russie s’est accru avec la guerre en Ukraine, il n’y a pas de majorité dans l’opinion en faveur d’un alignement sur les positions de l’Union Européenne et de l’OTAN (pourtant, le gouvernement bulgare exporte des armes en Ukraine, par le biais de pays tiers). Toute la façade orientale de l’Union Européenne est donc une zone d’affrontement entre l’UE, l’OTAN et la Russie. ■
Marc Sévrien.
La Bulgarie et l’euro