Là où les résistants royalistes sont à la manœuvre, l’unité d’action prévaut avec les anciens adversaires d’hier, démocrates-chrétiens, socialistes ou communistes. Les réseaux, les maquis, les combats de la Libération verront surgir partout ces alliances improbables .
Après 70 ans de pouvoir, la IIIe République conduit la France vers la débâcle, l’occupation et la soumission à l’occupant. Oh ce n’est pas la première fois de notre histoire que nous subissons pareilles avanies ! Ce n’est pas non plus la première fois qu’une partie des Français va choisir la collaboration avec l’ennemi. Mais, nous n’avons plus un Charles VII (roi de France de 1422 à 1461) ni un Henri IV (roi de France de 1589 à 1610), pour maintenir le royaume et le restaurer.
Dans tous les pays occupés, des hommes et des femmes vont se soulever. Certains l’ont fait par patriotisme d’autres par idéologie, certains avec la foi du ciel et d’autres avec les envies de la terre. On est même en droit de penser que tous ceux qui faisaient, avant-guerre, profession de patriotisme se devaient d’en être. De même manière tous ceux qui faisaient profession d’antifascisme se devaient d’en être. Ce ne fut pas le cas ! Ainsi la Résistance ne fut pas un moment purement français, mais un mouvement international.
On sait avec quel entrain nos élus, majoritairement de gauche, se donnèrent au vieux Philippe Pétain. On sait combien l’extrême droite parlementaire lui a apporté son soutien. On sait combien nos élus de la droite républicaine n’ont pas hésité longtemps. On sait combien nos Radicaux, Radicaux-socialistes, et autres, lui vouèrent un culte patriarcal. Évidemment le plus puissant parti d’avant-guerre, aux ordres du Komintern, a lui choisi d’obéir aux ordres et de soutenir l’ignoble alliance Hitler-Staline. Et pourtant ! Et pourtant une toute petite minorité va oser s’engager contre la fatalité. C’est ainsi ! Tous ceux qui vont choisir de poursuivre le combat vont le faire en dissidence de leurs engagements d’avant-guerre.
En juin/juillet 1940, 90% des Français sont derrière le maréchal et acceptent, de fait, l’État français. Les quelques-uns qui vont oser rejoindre le général de brigade à titre temporaire pour constituer une armée seront à peine un bataillon lorsqu’ils débarqueront en Afrique en août 1940. Oui, ici, on doit mettre de côté l’épopée de la France combattante. Le Général est un militaire qui n’envisage le combat que dans ce cadre. Le 18 juin, il n’appelle pas au soulèvement mais à la reconstitution d’une armée française pour combattre avec les alliés. Or, ce qui constitue la « divine surprise » de 1940 est l’apparition de groupes clandestins qui vont s’engager dans l’insoumission à l’ordre nouveau. Et, paradoxe de la situation, ils vont le faire en mettant de côté leur convictions et combattre avec leurs pires ennemis d’avant-guerre.
Les royalistes au combat, malgré Maurras. - Si il y a bien une famille dont l’état d’esprit aurait dû naturellement les conduire vers l’engagement, ce sont bien les patriotes monarchistes qui rejetaient la République et la jugeaient responsable du désastre. L’histoire nous dit que les principaux représentants du mouvement d’Action française se soumirent. Charles Maurras, allant même plus loin, s’enthousiasmant pour la politique suivie, au point d’y voir « une divine surprise » en février 1941 et de condamner et poursuivre de sa malveillance les patriotes dissidents. Comme les autres élites intellectuelles, de gauche comme de droite, ils ont mis de côté leurs pensées d’avant le désastre pour célébré, à l’unisson, l’union en rejetant immédiatement les « mauvais » Français (résistants, juifs, métèques, etc.).
Les monarchistes, gavés depuis 40 ans des écrits antisémites de Léon Daudet et de Charles Maurras, a priori, n’étaient certainement pas les plus enclins à oublier leur haine. Et pourtant dans la zone occupée comme dans la zone « dite libre », beaucoup vont venir en aide aux pourchassés. Saluons en premiers les catholiques, conservateurs-royalistes, de la zone occupée, ceux de Vendée et d’ailleurs. Et en particulier ceux de Chavagnes-En-Paillers qui derrière leurs maires royalistes, Tancrède puis Gilbert de Guerry, avec Hélène de Suzannet, ont accueilli et protéger des enfants juifs pendant toute la guerre (voir Royaliste n°1194 et 1195). D’anciennes familles, comme les Virieux (voir Royaliste n°1227), les Lazerme (voir Royaliste n°1221), les Gavelle (voir Royaliste n°1283) ne vont pas hésiter. Des camelots du roi comme Henri d’Astier de La Vigerie, avec l’abbé Pierre-Marie Cordier (voir Royaliste n°1237 et 1250), vont organiser le débarquement anglo-américain de novembre 1942 à Alger avec le groupe juif des amis de la famille Aboulker. D’ailleurs la communauté israélite apportera son soutien à la tentative du comte de Paris (voir Royaliste n°1238 et 1246). Le général de Monsabert (voir Royaliste n°1251, 1253) acceptera d’enrôler dans ses commandos les jeunes juifs d’Algérie, contre l’avis de Darlan et les ordres de Giraud...
Au tout début de l’occupation, des petits groupes vont tenter de sauver les soldats Français et les Alliés des mains de la Wehrmacht. Dans cette résistance naissante il faut faire entièrement confiance à ceux qui s’engagent spontanément. Beaucoup seront arrêtés, déportés où fusillés à cause de la trahison de « compatriotes », véritables traîtres. Ainsi dans la zone occupée Maurice Dutheil de la Rochère (voir Royaliste n°1192), n’a pas hésité à s’engager avec Boris Vildé, Anatole Lewitsky, Yvonne Oddon, qui ont fait partie des groupes intellectuels antifascistes d’avant-guerre. Grâce à Germaine Tillion, du « Musée de l’homme », Dutheil va retrouver, déjà dans l’action, Jean de Launoy (voir Royaliste n°1190 et 1191), Jean-Maurin Fabre, Pierre Stumm, Henri-Clotaire Descamps, etc.. Ce petit groupe est l’un des premiers à éditer un journal clandestin, La Vérité française. Journal qui informe sur les combats menés par l’allié anglais mais aussi, dès septembre 1940, sur de Gaulle, car Launoy et ses amis n’ont connu le Général que par les articles élogieux, sous les plumes de Daudet, Pujo et Maurras, dans l’AF de juin1940.
Avec les adversaires d’hier. - À l’autre bout de la France, en Dordogne, aux environs de Sainte-Foy-la-Grande, au Fleix, dès juin/juillet 1940, dans la petite maison (voir Royaliste n°1200) de Paul Armbruster, un petit groupe de royalistes s’organise. Paul Dungler enrégimentera ses ennemis d’avant-guerre : socialiste, communistes, démocrates chrétien, dans sa filière de la 7e colonne d’Alsace. Louis La Bardonnerie constituera l’embryon du mouvement qui deviendra la Confrérie Notre-Dame du fameux colonel Rémy (voir Royaliste n°1298). Réseau apolitique puisqu’on y retrouve des engagés de tous bord. Rémy prendre contact avec les communistes, enfin devenu résistants, et organisera les premiers contacts entre Londres et ce parti.
D’ailleurs, dès l’origine l’envoyé de Pétain à Paris (qui sera congédié après l’arrestation du collabo Déat en décembre 1940) le général La Laurencie (voir Royaliste n°1251, 1253) prendra langue avec les premiers groupes clandestins. Son adjoint, le royaliste Georges Batault, mettra en relation Claude Bourdet (ancien du gouvernement Front populaire) avec Henri Frenay, pendant que son patron reçoit Christian Pineau, de la CGT- Libération nord, etc. Faire la liste de tous ses contacts clandestins entre des ennemis d’hier, amis dans la résistance, est longue. Si des royalistes acceptent de travailler avec les opposants d’hier, il faut comprendre que ceux-ci aussi vont mettre de côté leur antipathie.
On retrouve ses mêmes alliances improbables dans tous les réseaux clandestins. Autant chez ceux émanent du B.C.R.A. (gaulliste) du colonel Passy que dans ceux créés par l’Intelligence Service (espionnage traditionnel Anglais). L’ancien chroniqueur militaire de l’AF, Hubert de Lagarde (voir Royaliste n°1254, 1255, 1257), va, dès le début de l’occupation, créer un réseau de renseignements pour le mouvement de Pineau (Libération nord) puis sa propre central, Éleuthère, rattachée aux services secrets français. Comme le colonel Rémy et la Confrérie Notre-Dame, il ne s’occupe pas de l’idéologie de ses affiliés. L’ancien camelot du roi, Claude Lamirault (voir Royaliste n°1196, 1197) va organiser, avec l’ancien communiste Pierre Hentic, le réseau Fils-de-Roi qui sera l’un des plus efficace dans l’espionnage des troupes d’occupation.
Mais, pour Churchill, avoir des renseignements ne suffit pas. Il organise un autre service clandestin sur toute l’Europe. Le Special Operation Executif (S.O.E) qui a pour mission de mettre le feu à l’Europe nazifiée. Un de ses meilleurs agents sera Jacques Vaillant de Guelis (voir Royaliste n°1193) qui prend contact avec d’anciens de la S.F.I.O. dont Jean Pierre-Bloch. Ce dernier décrira sa rencontre avec le camelot du roi. Mais, dans les années 60, il dénoncera l’entourage maurrassien du général de Gaulle.
L’unité française au cœur. - Si dans la zone occupée, il semble plus naturel (mais beaucoup plus dangereux) de s’opposer à la présence quotidienne de l’occupant, jusqu’en novembre 1942 il n’y a pas l’ombre d’un boche en zone Vichy. Et pourtant dès la fin 1940 apparaissent des groupes de résistants. Autour des démocrates-chrétiens, à Montpellier, vont naitre les premiers Groupes francs (G.F.). C’est bien à l’initiative de Jacques Renouvin, le chef camelot qui a giflé Pierre-Etienne Flandin en 1938, que les braves professeurs vont accepter que se constitue des groupes d’action directe. Au départ avec Ferdinand Paloc (voir Royaliste n°1272) puis avec les étudiants montpelliérains de toutes couleurs (juifs, socialistes, démocrates-chrétiens, métis) ces G.F. vont être le fer de lance de la contestation anti-collabos. Dans la clandestinité, autour d’Edmond Michelet (voir Royaliste n°1267) ,on y retrouve des monarchistes (Choiseul-Praslin, voir Royaliste n°1236) des socialistes et des démocrates d’avant-guerre. Oui dans le « royaume du maréchal », sous tous ces aspects de la France, des hommes et des femmes de tous bords vont s’unir pour chasser le nazi.
Même le socialisant préfet Jean Moulin va prendre le jeune et beau royaliste Daniel Cordier (voir Royaliste n°1199) comme secrétaire. C’est pareil dans les armées de la Résistance : dans l’Armée Secrète (A.S. Gaulliste) comme dans l’Organisation de la Résistance Armée (O.R.A. Armée de l’armistice), à l’État-major des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.) avec Hubert de Lagarde (voir Royaliste n°1254, 1255, 1257) et Raymond Duchonchay (voir Royaliste n°1258, 1259), comme dans les maquis autour de Jean Vallette d’Osia et de bien d’autres. Mais n’est-ce pas le normalité, puisque depuis toujours l’armée enrégimente naturellement tous les Français sans s’occuper de leur appartenance idéologique. De la même manière, on va retrouver ce melting-pot dans les combats de la libération. À Paris comme ailleurs, le chef des F.F.I. de la Seine est le colonel de Margueritte (colonel Lizé) qui prend comme adjoint le royaliste Raymond Massiet-Dufresne. Ils vont organiser la Résistance gaulliste et libérer la capitale avec la IIe D.B.
Pourtant la Résistance redeviendra le chaudron des rancœurs et des haines lorsque l’on réintroduira les partis et autres syndicats en corps constitués dans les instances dirigeantes. Mais ceci est une autre histoire qui ne contredit en rien l’union des uns et des autres dans l’action clandestine. Dans ce moment historique, qui s’éloigne, oui il y a bien eu une « Divine surprise » cette union improbable, cette alliance impensable, entre des Français patriotes pétrie de leurs certitudes idéologiques. ■
François-Marin Fleutot.
La « divine surprise » de 1940