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Royaliste n°1310 du 5 novembre 2025

La question démographique

La Nation française

mercredi 5 novembre 2025

Démographie. La baisse de la natalité en France aura des conséquences profondes qu’il faut anticiper.

Et si l’on prenait un peu de recul ? Noyée dans cette soupe indigeste de décisions annulées aussitôt prises et d’informations insignifiantes, il en est une qui n’a pas vraiment marqué les esprits, alors qu’elle touche à l’avenir de notre pays : le nombre de décès en France vient de dépasser celui des naissances. Et ce n’est pas un accident : les démographes qui suivent et analysent ces tendances nous avaient avertis que ce croisement des courbes allait survenir tôt ou tard.

Déjà en 2015 une première information nous avait alertés : alors que depuis des décennies, et au contraire de ses voisins (Espagne, Italie, Allemagne…), notre pays maintenait sa fécondité au-dessus du seuil de renouvelle-ment (plus de deux enfants par femme), la natalité avait commencé à diminuer, puis en 2023 elle s‘est effondrée. En 2024 nous en étions à moins de 1,6 enfants par femme. L’augmentation, voire le simple maintien de la population, ne sont plus assurés aujourd’hui par le renouvellement naturel des générations, mais uniquement par un solde migratoire positif.

Alors Emmanuel Macron, notre Zorro national, s’est manifesté et a déclaré en janvier 2024 lancer un réarmement démographique martial pour rétablir la situation (1). Bien entendu aucune décision n’a été prise : « Emmanuel Macron parle mais il n’y a rien qui suit » (2). Nous vivons l’ère de la magie du verbe, qui à lui seul doit suffire à tout résoudre. Dans le même discours d’ailleurs, le réarmement n’était pas que démographique, mais aussi civique, académique, scientifique, technologique, industriel et agricole ! Bref on réarmait dans tous les sens (sauf peut-être dans le domaine militaire).

Nous n’avons donc pas été surpris quand, après un tel discours sans aucune décision ni proposition, les difficultés budgétaires de 2025 ont mené à des choix allant complètement à l’encontre de ce « réarmement » : le gouvernement Lecornu II envisage de faire passer de 14 à 18 ans l’âge de revalorisation des allocations familiales versées à partir du 2e enfant, afin de permettre à l’Etat d’économiser 200 millions.

Entendons-nous bien : cette proposition, dont on ne sait d’ailleurs pas si elle sera entérinée par le Parlement, n’aura pas d’incidence majeure sur la natalité. L’histoire nous montre que de telles décisions sur des facilités offertes aux familles aboutissent rarement aux effets escomptés. Mais elle est la démonstration - une de plus - d’une incapacité totale de M. Macron à imaginer un avenir pour notre pays, à comprendre les mécanismes en régissant l’évolution, et à décider de politiques permettant d’orienter son évolution dans le but d’atteindre cet avenir choisi. Il vit dans un monde Tiktok, où ce qui a été dit hier est oublié aujourd’hui, et où il est par conséquent inutile de traduire dans les faits ce qui n’est finalement qu’un fantasme du moment. Il n’agit pas : il réagit, dans l’incohérence et l’incompréhension du monde réel.

Incompétence et incohérence. - Car il y a d’abord incompréhension complète. Les déterminismes de la dynamique démographique restent à ce jour très mystérieux même pour les démographes, et les relations entre la variation de la fécondité et les choix politiques économiques, sociaux ou culturels, ne sautent pas aux yeux. Hervé Le Bras le signale : il est très difficile de stimuler la natalité, par des changement d’indice dans les taux d’allocations familiales ou autres décisions du même tonneau (2).

De plus les tendances démographiques sont devenues planétaires : la dénatalité touche tous les continents, et il est fort probable que changer le taux des allocations familiales en France n’aura pas d’effet sensible. Voilà qui mène à deux conclusions. La première, c’est qu’il ne faut pas se leurrer : le volontarisme, surtout s’il est velléitaire, ne résout rien face à la puissance de telles tendances. La deuxième, c’est qu’il faut rester pragmatique : s’il est illusoire de penser inverser par la force ces dynamiques mondiales, il n’est pas interdit de les pousser dans le sens souhaité, d’en ralentir les dynamiques négatives et favoriser les tendances positives. L’aide aux familles n’est peut-être pas une méthode suffisante pour relancer la natalité, mais sa suppression ne peut manquer de favoriser sa baisse. Un tel pragmatisme politique exige de ne pas prendre de décisions contradictoires en fonction de l’humeur du moment.

Mais, peut-être plus encore que d’incompétence ; c’est de l’incohérence de nos gouvernements qu’il faut s’inquiéter. L’évolution démographique montre que notre niveau de population va maintenant dépendre exclusivement de l’immigration (3). Dans ces conditions cette question va devenir, comme tous les français le ressentent, la plus importante des années à venir. Voilà qui pose de nombreuses questions : faut-il de l’immigration ? Comment se fait l’intégration ? Comment les immigrés vivent-ils leur appartenance à la France ? Comment les français réagissent-ils réellement face aux immigrés ? Comment l’immigration affecte-t-elle les pays d’émigration, etc. Nous vivons dans un pays déjà fortement métissé, où chaque français possède dans sa famille ou ses relations un membre issu de l’immigration avec lequel il entretient des relations étroites. Or cette réalité complexe n’éveille chez les politiques que des réactions idéologiques fondées sur des apriori : l’immigration, c’est bien (LFI…) ou c’est mal (RN, LR…) ! Le dossier de l’immigration est crucial pour notre avenir. Il doit être pris très au sérieux, et se fonder sur des réflexions objectives dans tous ses as-pects. Nous en sommes loin, et nous devrons très vite nous pencher sur cette question. ■

François Gerlotto.

(1) Conférence de presse sur les priorités en matière d’école, d’ordre public, d’économie, de natalité, d’égalité des chances, d’écologie, de services publics et de santé (16 janvier 2024).

(2). Intervention à BFMTV d’Hervé Le Bras, directeur d’études à l’EHESS (14 janvier 2025).

(3). Plus exactement du bilan immigration-émigration.