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Royaliste n°1299 du 23 avril 2025

Les Baudry d’Asson, députés de Vendée

Le Mouvement royaliste

mercredi 23 avril 2025

Voici l’histoire d’une famille qui, des guerres de Vendée à la IVe République, n’a jamais cessé de porter une certaine idée de la politique. Royalistes intransigeants, peu respectueux du nouveau régime et de ses ministres, les Baudry d’Asson furent également parmi les promoteurs au Parlement des grandes lois sociales.

En Vendée, la famille des Baudry d’Asson fut élu député de père en fils pendant la IIIe et IVe république. Sans remonter aux temps immémoriaux, souvenons-nous de Gabriel (1755 †1793). Comme d’Elbée et Bonchamps, il s’enthousiasme d’abord pour les idées du tiers avant de devenir l’un des chefs de l’insurrection. Gabriel est, dès 1792, dénoncé par un « bon citoyen » comme étant un réfractaire irréductible et un intransigeant, fidèle à Dieu et au Roi. Bien avant d’autres, les pays de Bressuire et de Châtillon se soulèvent. Gabriel de Baudry d’Asson devient leur chef. Il signe le premier appel au peuple le 21 août 1792. Son fils meurt, le 9 juin 1793, à la bataille de Saumur. Il le suit lors de la troisième bataille de Luçon, le 14 août suivant.

Au XIXe siècle, dans une branche cousine, établie à Rocheservière près du logis de Charette, on est aussi resté fidèle au roi. Le maire de La Garnache, Léon-Armand de Baudry d’Asson (1836 †1915) est élu conseiller général du canton de Challans, d’octobre 1871 à 1901, et député royaliste de Vendée, pendant 38 ans, de 1876 à 1914.

Ceci dit, la famille de Baudry d’Asson jure fidélité à Henri d’Artois, duc de Bordeaux (1820 †1883), le comte de Chambord. Le député Léon-Armand, accompagné de son fils (Armand-Charles) fera le voyage au château de Frohsdorf en 1881. À la mort du chef de la maison de Bourbon, fidèle royaliste, il reste légitimiste et se rallie à l’héritier Louis-Philippe d’Orléans (Philippe VII, comte de Paris, 1838 †1894). Pendant l’Affaire Dreyfus, bien qu’antisémite, il ne rejoint pas les Ligues... De même il se refuse à suivre l’aventure du général Boulanger.

Un député de combat. - Baudry s’oppose à Léon Gambetta (1838 †1882), alors président de la chambre, qui s’acharne à vouloir faire voter les lois Jules Ferry. Lors de la séance du 10 novembre 1880, il proteste, interrompt les orateurs, tant est si bien qu’il reçoit une exclusion de quinze séances. Et pourtant, le lendemain, il est là recommençant son tapage. Gambetta lève la séance et l’invite à partir... Baudry refuse ! Vingt soldats, sans armes, s’en emparent et le jettent au Cachot dans la nuit du 11 au 12 novembre 1880. Il fut le dernier député à être enfermé dans le « petit local » du Palais Bourbon.

Opposé à la politique anticléricale d’Émile Combes, il tente de le mettre en accusation dès 1902. En 1905, lors des discussions sur la séparation des Églises et de l’État, Combes ose lui dire : « Monsieur Baudry, je vous rappelle à l’ordre », le député de Vendée lui rétorque : « Si vous continuez à m’appeler par la moitié de mon nom, je me verrai dans l’obligation de vous appeler par la moitié du vôtre. »

Ce qui va le rendre définitivement célèbre se passe en 1905, lors de l’Affaire des Fiches. Le président Combes et son ministre, le général André, ont établi un système où l’avancement des officiers est subordonné à leurs opinions politiques et religieuses… consignées sur des fiches secrètes... Le 14 janvier, lors du débat, comme à son habitude, de Baudry d’Asson entre vêtu d’une ample jaquette sous laquelle il cache une casserole. Le Journal officiel rapporte : « À ce moment M. de Baudry d’Asson s’approche du banc des ministres... » Il coiffe le président du Conseil de sa casserole. Il affirme : « Oui ! j’ai coiffé Émile Combes pour éteindre sa trop dévorante flamme laïque ! ». « C’est alors un branle-bas à Paris et dans l’Ouest : chansonniers et caricaturistes s’en donnent à cœur joie. On crée des casseroles miniatures que l’on attache à sa boutonnière » (Claude Mercier « Étonnants vendéens »). Selon Le Journal des débats politiques, cette casserole entre dans l’histoire comme symbole de la chute du gouvernement Combes, le 18 suivant…

En 1881, il vote (comme la majorité royaliste) les lois créant les associations ouvrières. Il sera même l’un des fondateurs de « l’Association de la Presse monarchique et catholique », qui porte le n°6 des associations syndicales. Il vote contre le travail des enfants, pour le repos dominical et interpelle le gouvernement (1884) d’un crédit de deux millions – sur sa demande - pour venir en aide aux ouvriers de Paris. Lors de sa dernière législature il n’intervint qu’une fois. Sa santé déclinante, retiré à La Garnache, il décède le 12 mai 1915.

Contre Aristide et le Cartel. - Aux élections d’avril 1914, il laisse sa place à son fils, Armand-Charles (1862 †1945), lui aussi est conseiller général de Vendée de 1907 à 1936 (29 ans), puis député de 1914 à 1927 (13 ans) et enfin sénateur de 1927 à 1936 (8 ans). En 1919, réélu, il siège avec le groupe « Indépendant de droite », mené par Léon Daudet. Comme son père, dès 1920, il défend les ouvriers en déposant un projet de loi pour la journée des huit heures.

En politique extérieure, il refuse, à plusieurs reprises, de faire confiance à la République de Weimar (Allemagne). En 1920, il fait, déjà, le constat : « Mutilation de la victoire, […] politique de servilité et de concessions successives […] capitulation des intérêts financiers de la France, refroidissement considérable de nos amitiés, préparation de la revanche par l’Allemagne en lui laissant le pain et le nerf de la guerre, avec le charbon et l’argent. Voilà le bilan de la gestion du ministère Briand ».

Il est réélu triomphalement en 1924. Bien que la droite soit majoritaire en voix, c’est l’alliance des centristes, des radicaux-socialistes et des socialistes qui forme le Cartel des gauches. Immédiatement le Cartel veut imposer la laïcisation forcée dans les provinces récupérées (Alsace-Moselle), toujours régie par les lois concordataires. L’Alsace, toutes religions confondues (catholique, protestant, juif) est dans la rue, suivie et soutenue, à travers toute la France, par des manifestations imposantes. Baudry et les autres députés royalistes ne sont pas les derniers à se battre. Par un avis du Conseil d’État du 24 janvier 1925, en matière de religion, l’Alsace et la Lorraine, comme la Guyane et Mayotte restent régies par la loi du 18 germinal an X (Concordat de 1801) conclu entre le pape et Napoléon.

Armand-Charles de Baudry d’Asson démissionne de son mandat de député le 13 juillet 1927, car il vient d’être élu au Sénat. Membre de la commission de l’enseignement puis à la commission de l’agriculture. En 1935, il décide de ne pas se représenter. Il décède à La Garnache, le 23 avril 1945. Année où son fils Armand (1910 †1998) est élu à l’assemblée constituante. ■

François-Marin Fleutot.