Le fils du dernier Shah d’Iran, Mohamed Reza Shah Pahlavi, né en 1960, prince héritier présomptif depuis la mort de son père en 1980 au Caire, s’est retrouvé depuis 2011 devant un dilemme existentiel. Son propre prince héritier, son frère cadet, Ali Reza, né en 1966, avait mis fin à ses jours à Boston. Or les deux frères, enfants de l’impératrice Farah Diba, n’ont que des filles. L’aînée, la princesse Nour, née en 1992, a fini ses études à la Columbia Business school en 2020.
A part une succession féminine, pour le moment exclue des coutumes et constitutions, la liste des alternatives est limitée par d’autres contraintes juridiques : les princes héritiers doivent être nés de mères persanes. Se trouverait donc exclue une branche française, issue du frère cadet du dernier Shah, également nommé Ali Reza, décédé dans un accident aérien en 1954, qui avait épousé une Française dont il a eu comme fils Ali Patrick Reza, né en 1947, qui a lui-même des fils dont l’aîné est le prince Davoud né en 1971. A la mort d’Ali Reza, le Shah n’avait pas encore de fils, celui-ci n’étant né qu’en 1960. Entre 1954 et 1960, la succession était donc juridiquement vacante au moment même où le pays traversait une crise après la nationalisation des pétroles et la révocation du Premier Ministre Mossadegh.
Le Shah avait pourtant cinq demi-frères qui auraient pu prétendre. Or la constitution de 1906 avait été amendée par le premier shah Pahlavi, son père Reza Shah, dès son couronnement en 1926. Il excluait les descendants de la dynastie des Qadjars qu’il venait de destituer. Ceux-ci étaient en effet les seuls qui pouvaient contester sa lignée. Reza Shah pouvait en parler car il avait lui-même épousé deux femmes qadjars. Ses deux premiers fils étaient nés en 1919 et 1922 d’une première épouse non-qadjar alors qu’il n’était rien encore. Sa seconde épouse, qadjar, en 1922/1923, quand il voulait acquérir une forme de légitimité, lui donna un fils, le prince Ghonam Reza, né en 1923, décédé à Neuilly en 2017.
En vérité, ce dernier n’aurait pas dû être totalement exclu, car sa mère n’était pas techniquement une descendante directe des rois qadjars mais d’une famille alliée. En revanche, les quatre autres demi-frères du Shah Pahlavi étaient nés d’une authentique princesse royale qadjar, Ezmat, épousée en 1923 et qui l’accompagna jusqu’à sa mort en 1944. Elle est décédée à Téhéran – où elle était restée - en 1995 sans jamais être inquiétée.
Si l’exclusive sur les Qadjars était levée, les petits-enfants pourraient théoriquement prétendre à la succession Pahlavi. Mais ipso facto, issus des femmes qadjars, ils viendraient en concurrence avec les descendants directs mâles des rois Qadjars eux-mêmes. Or cette lignée n’est pas éteinte à ce jour.
Une règle de droit avait également été posée dès l’avènement du premier shah qadjar en 1795 : les princes héritiers devaient être issus de père et de mère qadjar, afin d’éviter toute contestation. Le septième et dernier shah qadjar, Ahmed Shah, couronné en 1914, démis en 1925, est décédé en 1930 à Neuilly. Il avait trois filles et un garçon, mais nés d’une mère non qadjar donc exclus de la ligne de succession. Ahmed Shah avait laissé un testament dans lequel il désignait comme héritier ce fils, Fereydoun, né en 1922. Néanmoins, depuis son accession au trône du paon en 1914, et même pendant sa minorité depuis 1909, le régent puis prince héritier était son frère, Mohamed Hassan Mirza, né en 1899, mort en 1943 en Angleterre. Ainsi en 1930, Fereydoun devint le chef de la Maison mais pas l’héritier présomptif que resta son oncle.
En 1943, Hamid Mirza, fils du précédent, hérita du titre de prince héritier. Les Britanniques qui occupaient alors l’Iran (appellation datant de 1935) et avaient démis le Shah Reza en 1941 (exilé en Afrique du Sud où il décéda en 1944) pensent au descendant légitime Qadjar, petit-fils du 6e shah qadjar et neveu du 7e, pour le placer sur le trône et éviter le Pahlavi (ils avaient également envisagé son demi-frère Ghonam). Mais Hamid, qui avait quitté la Perse à l’âge de quatre ans pour l’Angleterre, ne parlait pas la langue et ne fut pas jugé crédible.
En 1975, Fereydoun, qui représentait Amnesty international en Suisse, meurt à Genève d’un accident de la route. Hamid Mirza lui succède, cumulant les deux fonctions d’héritier et de chef de Maison. Il meurt à Londres en 1988. Son fils, Mohamed Hassan Mirza II, dit Mickey, né à Paris en 1949, lui succède comme héritier présomptif. En revanche la qualité de chef de Maison va au « doyen » de famille, Soltan Ali Mirza, né en 1929, dernier petit-fils du 6e shah, fils du plus jeune frère du 7e, mort en 1986. Ali a toujours vécu en France où il a défendu le patrimoine familial (il est le co-auteur d’une histoire de la dynastie, « Les Rois oubliés », 1992) ; il est décédé à Neuilly en 2011.
Depuis 2011, le chef de famille est un autre parisien, Mohamed Ali Mirza, né en 1942, sans enfant éligible à la succession. A sa mort, le titre devrait revenir au fils unique de Fereydoun, le prince Teymour, qui vit à Genève. L’héritier présomptif, en revanche, serait le fils de Mohamed Hassan Mirza II, le prince Arsalan, né en 1980, qui vit aux Etats-Unis. Son père, géologue, a travaillé pendant une douzaine d’années en Iran sous la révolution khomeiniste, où sont nés ses enfants d’une épouse qadjar. Depuis 1995, il vit à Dallas (Texas).
Pour la petite histoire, la fusion des Pahlavi et des Qadjars a été manquée dans les années 1930 où le futur Shah (1919-1980) avait voulu épouser la propre fille du dernier shah qadjar, Irandokht (1916-1980), tous deux étant alors à l‘école en Suisse. Reza Shah Pahlavi s’y était bien entendu opposé puisque selon la constitution qu’il avait lui-même édictée, leurs enfants auraient été exclus de la succession, au risque donc de faire revenir sur le trône du paon la dynastie qadjar.
Rappelons enfin l’origine qadjar par les femmes des imams ismaéliens, le premier Aga Khan (1804-1881) ayant épousé une fille du second Shah Qadjar, Fath Ali Shah (1797-1834), tradition suivie par le second Aga Khan (1830-1885). Lorsque l’épouse du 6e shah qadjar tente en 1925, à la mort de son mari (qu’elle avait déjà suivi dans un premier exil entre 1909 et 1925), une restauration au profit de son fils démis par Reza Pahlavi, elle passera d’abord par Bombay où elle est reçue par sa cousine qadjar, mère de l’Aga Khan III et grand-mère de celui qui vient de mourir. Elle obtiendra ensuite à Kerbela (Irak), centre religieux du chiisme, où sont enterrés aux côtés de l’imam martyr Hussein, tous les rois Qadjars et leurs descendants (jusqu’à 1980), une fatwa religieuse contre les Pahlavi, mais ne put mener à bien son entreprise. Cette forte femme de la dynastie Qadjar, Maleke-ye Djahan, s’était ensuite retirée à Saint-Cloud où elle est décédée en 1947.
Marie Jo York.
Les dynasties iraniennes