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Royaliste n°1304 du 2 juillet 2025

Nos voisins réarment. Et nous ?

La Politique

mercredi 2 juillet 2025

Le porte-avions britannique HMS Queen Élisabeth et son groupe aéronaval. Le Royaume Uni est doté de deux porte-avions récents (un seul pour la France) et devrait disposer , à l’horizon 2030, de 12 sous marins nucléaires d’attaque (contre 6 pour la France).

Source : wikipédia, Photo : ministère de la défense du Royaume Uni.

Nos voisins européens multiplient les annonces d’un réarmement ambitieux, et alertent sur le risque d’une attaque plus prochaine qu’attendu contre un ou plusieurs pays de l’Otan. La France attend une décision présidentielle et gouvernementale... qui ne vient pas.

Sur les blogs spécialisés, les annonces affluent. L’Allemagne entend se doter de la plus forte armée d’Europe. La Royal Navy prévoit une flotte de douze sous-marins nucléaires d’attaque, la Grande-Bretagne pourrait aussi se donner une capacité nucléaire aéroportée, abandonnée depuis trente ans, La Marine italienne annonce un porte-avions à propulsion nucléaire. La Pologne commande à la Corée du Sud plusieurs centaines de chars supplémentaires.

Le statut de « seul modèle complet d’armée en Europe » dont se targuent nos dirigeants n’est donc pas garanti pour longtemps. Seul le statut d’ « Etat doté » pourrait nous distinguer.

Et l’évolution récente ne renforce pas notre position. La loi de programmation militaire, dont Royaliste dénonce, depuis longtemps, le caractère insuffisant, voit les commandes ralenties par Bercy. Les restes à payer de 2024 sur 2025 atteignent le chiffre record de 8 milliards d’euros, certains industriels touchent aujourd’hui les factures de commandes de 2023 ! La situation financière de notre pays, l’impasse politique freinent le nécessaire réarmement. Or, les industriels ont besoin, pour investir, de commandes fermes et de paiements, pas de promesses et de discours.

On annonçait, au début de l ’année, une révision de la revue stratégique, à l’issue de laquelle un papier serait remis au Président le 9 mai. On attend encore.

La première urgence. - Une des faiblesses des démocraties est de se croire maîtresses des horloges. Les régimes autoritaires ont, eux, une forte tendance à compenser leurs faiblesses structurelles en brusquant les choses. C’est ce que fit en septembre 1939 Hitler, persuadé que l’Angleterre et la France, alors au tout début de leur réarmement et sidérées par le Pacte germano-soviétique, différeraient leur entrée en guerre jusqu’en 1942 ou 1944. Les services occidentaux n’excluent pas aujourd’hui une tentative de prise de gage rapide dans les pays baltes, dans l’idée que les Européens, comme en Crimée en 2014, ne se lanceraient pas dans un conflit après un fait accompli. Le risque est accru par le fait que les responsables militaires d’Etats autoritaires ne disent aux autocrates que ce qu’ils sont prêts à entendre. La première urgence est de rendre pleinement opérationnelles les unités existantes, souvent en sous-effectifs et en sous-équipement, l’urgence des urgences étant les munitions, qui ne nous permettent toujours pas, après des années de déclarations martiales, de soutenir plusieurs semaines de conflit. Les Anglo-saxons ont une formule pour décrire ce que nous préparent nos dirigeants : « to be caught pants down » (être surpris sans pantalon) !

Être efficaces. - La seconde urgence est d’arrêter une stratégie permettant aux « quatre », Grande-Bretagne, Allemagne, Pologne, France, de dissuader efficacement une agression, quelle que soit l’attitude des Etats-Unis et des autres Etats européens, dont l’engagement est pour certains sujet à caution. Sans proposer de plans que nous ne sommes pas qualifiés à définir, nos capacités doivent nous permettre :
 d’intervenir immédiatement au secours d’un allié attaqué, pour éviter la prise de gage ;
 de conserver une masse de manœuvre suffisante pour éviter la situation de mai 1940, où toutes nos forces étaient engagées en Belgique ;
 de faire peser sur l’agresseur une menace d’extension du conflit, ailleurs en Europe, sur mer, dans les airs et dans l’espace. L’accélération des programmes existants (nouvelles versions du Rafale, blindés Scorpion,…) la commande massive d’armements rapides à produire et d’abord de drones peut rétablir la balance dans les prochaines années. Nos industriels peuvent le faire, s’ils ont des garanties de commandes. De même, la constitution d’une division à base de réservistes et consacrée à la défense opérationnelle du territoire peut intervenir rapidement. Il s’agit d’éviter à tout prix une situation où la seule réponse possible serait nucléaire.

Changer la donne. - A plus long terme, un changement de format est nécessaire pour protéger à la fois la stabilité en Europe et ailleurs, et nos intérêts propres. Étendre nos intérêts vitaux à notre environnement européen exige deux sous-marins lanceurs d’engins en permanence à la mer, et plus en temps de crise. Posséder douze sous-marins nucléaire d’attaque comme l’envisage le Royaume-Uni serait cohérent (nous n’en avons que six), comme la construction de deux porte-aéronefs (un seul est en construction). Ce changement de format ne repose pas seulement sur des mesures budgétaires, mais sur des capacités industrielles dont la mobilisation se mesure en années, voire en décennies, qu’il s’agisse de sous-marins, de bâtiments de surface ou de chars de nouvelle génération. Ces équipements arriveraient-ils après la bataille ? Se révéleraient-ils inutiles, comme les cuirassés mis en chantier à grands frais avant la Seconde guerre mondiale ? Il faudra être capable de changements de pied rapides. Mais la volonté de se réarmer a, en soi, une vertu dissuasive.

Certes l’effort sera coûteux. Mais les dégâts humains, matériels, économiques, artistiques et culturels d’un conflit de haute intensité ne sont pas coûteux, ils sont ruineux … et irrémédiables.

Et si pour une fois Bercy employait sa créativité à trouver des solutions rapides plutôt qu’à bloquer ? Un doublement du plafond du livret A consacré à la Défense ? Tout doit être envisagé, il y a urgence !

Verrons-nous nos dirigeants, à l’occasion du prochain sommet de l’Otan ou du traditionnel discours aux forces armées dans les jardins de l’Hôtel de Brienne à la veille du 14 juillet, passer du verbiage aux actes ? Nous sommes en droit de l’attendre ! Assez procrastiné ! ■

Eric Cézembre.