La déclaration du Président, le 5 mars, n’a pas surpris. Saluons la volonté d’accélérer le réarmement français. Les chiffres avancés sont ceux que Royaliste martèle depuis plusieurs années : 3% du PIB en 2030, 4% en 2035. Pourquoi a-t-on tant attendu ? On recommence, dans les milieux militaires, à évoquer l’hypothèse de deux porte-aéronefs, que nous défendons depuis longtemps. L’idée de réunir les pays engagés hors du cadre de l’Union européenne est saine.
La proposition de discussions stratégiques sur l’apport de la dissuasion nucléaire française à la protection de nos alliés européens était attendue mais n’en a pas moins été un choc.
La dissuasion nucléaire française participe pourtant, depuis la Guerre froide, à la sécurité de nos voisins. Jacques Sapir avait conclu, à partir des archives soviétiques, qu’elle avait créé l’incertitude qui avait fait abandonner l’idée d’une invasion de l’Europe occidentale.
Discussions stratégiques ? Oui, car une clarification est nécessaire. Notre doctrine nucléaire n’est pas celle de l’OTAN. Et le président français conservera toujours le choix ultime.
La dissuasion française ne vise pas à gagner une guerre mais à la rendre impensable. Nous récusons donc l’idée de bataille nucléaire. Notre doctrine est une frappe d’ultime avertissement sur un nombre significatif de cibles, suivie si nécessaire d’une frappe massive. Pas question donc d’accepter l’idée de riposte graduée, ni d’entrer dans une comptabilité macabre, Reims contre Nijni-Novgorod, Nantes contre Irkoutsk.
Il serait envisageable, dans ce cadre strict, de concéder à ceux de nos alliés qui le souhaitent un certain nombre de missiles Air-sol moyenne portée (ASMP) dotés d’ogives nucléaires, sous double clé. C’est ce que font aujourd’hui les États-Unis, mais avec des armes « tactiques », que nous n’avons et n’aurons pas. Nous accroîtrions ainsi la crédibilité d’un raid nucléaire, qui suppose que nous ayons encore la disposition, après les premiers combats, de plusieurs dizaines d’avions.
La comparaison du nombre de têtes à laquelle se livrent certains journalistes n’a pas de sens. Ce qu’il faut retenir, c’est que chacun des adversaires a le pouvoir de détruire son ennemi. Notre dissuasion implique d’accepter ce risque. À condition que notre outil de dissuasion soit crédible, même après une première frappe dont les vecteurs hyper véloces renforcent le risque.
Aujourd’hui les spécialistes estiment que la crédibilité d’une couverture de nos alliés exige un renforcement sérieux de notre force stratégique. Six sous-marins nucléaires lanceurs d’engins contre quatre actuellement, plusieurs dizaines de têtes aéroportées supplémentaires, plusieurs dizaines de Rafale susceptibles de les délivrer, et si possible, deux porte-avions qui, ne l’oublions jamais, emportent des armes nucléaires.
Cela implique aussi que l’Allemagne et la Commission cessent de vouloir mettre sous tutelle notre industrie et notre politique de défense. De Gaulle imaginait une Europe où l’Allemagne aurait un poids économique supérieur, mais où la France serait référente en matière de défense.
Le vice des démocraties est de vouloir croire que la sécurité s’achète avec des mots. C’est l’erreur criminelle de la garantie donnée à la Pologne en 1939. Les discours macroniens ne suffiront pas, exigeons des moyens réels. ■
Eric Cézembre.
Pas de dissuasion européenne !