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Royaliste n°1307 du 24 septembre 2025

Paul Dungler (1) L’Alsace

Le Mouvement royaliste

mardi 23 septembre 2025

Le royaliste Paul Dungler. De la défense des libertés alsaciennes à la résistance.

Quand l’Alsace revient à la France, en 1918, son identité est menacée par les autonomistes, qui travaillent pour le retour de l’Allemagne, et par la gauche radicale qui veut, à toute force, imposer à la région le moule républicain. Les royalistes organisent l’offensive contre ces deux périls.

Après la défaite de 1870, la République française, représentée par Adolphe Thiers (1797 †1877) et Jules Favre (1809 †1880), signe, le 10 mai 1871, le Traité de Francfort avec le chancelier impérial Otto von Bismarck (1815 †1898). Une des clauses est l’abandon des provinces de l’est à l’empire allemand. Les départements français du Bas-Rhin et du Haut-Rhin (à l’exception de l’arrondissement de Belfort), de la Moselle (Sarreguemines, Metz, Thionville, Château-Salins, Sarrebourg (moins 9 communes) et 11 communes de la Meurthe et Moselle de l’arrondissement de Briey deviennent Territoire impérial « Reichsland Elsaß-Lothringen ». L’Empire applique certaines lois françaises d’avant l’annexion. Les députés alsaciens et lorrains au Reichstag se battront pour faire reconnaître leur identité particulière. Au point qu’en 1911 l’Alsace-Lorraine devient un État constitutionnel dans le cadre de l’Empire (avec un Landtag-parlement). Avant la signature de l’Armistice de 1918, les mouvements révolutionnaires d’Allemagne (révolte spartakiste à Berlin, République des conseils en Bavière) étendent leurs soviets en Alsace-Lorraine. Du 9 au 22 novembre, le drapeau rouge flotte sur la cathédrale de Strasbourg. Le Landtag proclame l’indépendance et constitue un gouverne-ment (Conseil national souverain). Suite à la signature de l’Armistice, l’armée française rétablit l’ordre républicain.

Si la monarchie française respectait traditionnellement l’identité des pays du royaume, les gouvernements républicains ne s’en soucient guère. La République, une et indivisible, entend bien que toutes ses lois s’imposent à tous. Dès sa reprise en main, l’intransigeance des administrateurs va conduire au « malaise alsacien ». Certains autochtones vont rêver de l’empire allemand, d’autres d’autonomie, mais la grande majorité s’engage dans la défense de leur identité économique, sociale, médicale et religieuse... En 1924 se constitue à Paris, derrière les radicaux, le Cartel des gauches. Ainsi, lorsque qu’ils veulent imposer les lois de séparation des Églises et de l’État, les Alsaciens descendent tous dans la rue. C’est dans ce contexte que nait, régionalement, l’Action française.

La défense des libertés alsaciennes. - Pendant la Grande Guerre, L’A.F. conteste toujours la République mais défend l’Union sacré. Suite à son attitude le mouvement devient respectable. Au point qu’en 1919, sur des listes d’Union nationale, elle peut constituer un groupe parlementaire derrière le tonitruant Léon Daudet. Ce ne sont pas les seuls monarchistes élus. D’autres, députés et sénateurs, rejoignent les groupes, conservateurs, libéraux où démocrate-chrétiens. Dès l’armistice, le journal de Léon Daudet et Charles Maurras prend fait et cause pour les lois particulières alsaciennes. C’est Maurice Pujo qui mène la « danse » dans de très nombreux articles. Comme le souligne l’historienne Thérèse Krempp Puppinck : « dès 1920, l’Action française compte huit sections en Alsace, quatre dans le Bas-Rhin et quatre dans le Haut-Rhin ».

Mais son coup d’éclat, qui va la faire connaître régionalement, est la parution en 1921 du Kalender der Action française für Elsass und Lothringen rédigé en allemand pour contrecarrer les directives étatiques qui veulent imposer l’éducation républicaine directe. Peu après, Paul Armsbruster, Jacques Denisane, Jean Eschbach (voir Royaliste n°1202) participent à l’hebdomadaire bilingue, Le National d’Alsace et de Lorraine, qui paraît pour la première fois le 25 décembre 1924. De très nombreux jeunes gens vont s’enrôler dans ce combat. C’est Robert Heitz (voir Royaliste n°1291) qui nous donne la meilleure raison de leur engagement : « Le régime n’est pas la France... C’est la doctrine de l’Action française faite à la foi d’un patriotisme intransigeant et de régionalisme qui a sauvé notre foi en la France ». Le 26 juillet 1926, le mouvement monarchistes organise un grand rassemblement à Strasbourg. Devant plus de 10 000 personnes, Léon Daudet, place Kléber, juché sur le socle de la statue du général, harangue les patriotes alsaciens contre les menées autonomistes.

Évidemment tous ses jeunes gens, nés autour du nouveau siècle, vont s’inscrire dans la politique locale : contre l’anticléricalisme, les autonomistes, les communistes et les lois iniques, pour la reconnaissance de l’identité alsacienne et plus généralement dans tous les combats de l’Action française. Lorsque la Ligue d’A.F. est dissoute en février 1936 la grande majorité se retrouve à l’Union Royaliste d’Alsace.

L’Alsace royaliste. - Dans la vallée de Thann (Haut-Rhin), en mai 1936, le responsable local, Paul Dungler, se présente pour la deuxième fois, aux élections législative. Il arrive second avec 3274 voix contre 7207 voix au démocrate-chrétien de l’union républicaine populaire Charles Hartmann (1891 †1956).

Paul Dungler est un fils de cette vallée de la Thur. Il y est né en 1902 à Thann, dans une famille catholique et francophile. Son père Pierre fabrique des machines-outils pour le monde vinicole. Dès le 7 août 1914 la ville est libérée. Elle subit pendant toute la guerre attaques et contre-attaques. Mais surtout les bombardements allemands qui feront plus de 2000 victimes civils. À la fin de la guerre, le jeune homme, titulaire de son baccalauréat, part à Besançon pour préparer la Navale. Malheureusement son père décède. Il abandonne ses études et rentre pour s’occuper, avec son frère Julien, de l’entreprise familiale. Les deux frères étendent leurs activités en inventant et fabricant des machines pour l’industrie textile. C’est dans ce milieux qu’il se lie d’amitié avec Marcel Kibler (futur chef des F.F.I. d’Alsace), le fils du maire de Saint-Amarin, directeur technique de l’entreprise d’impression sur tissu Breuil et de Paul Winter de Mulhouse (ingénieur textile) qui deviendra le commandant Daniel libérateur de sa ville natale et chef régional F.F.I.

Dès 1923, Paul Dungler s’inscrit à l’Action française. En 1930, année durant laquelle il se marie avec Marguerite Bachmann, il devient président de la section d’A.F. de Thann. Il le restera jusqu’en 1940. Ses amis Kibler et Winter, etc., font de même. Très rapidement, il réunit une équipe de 200 camelot du roi constituée d’ouvriers et d’employés. Dungler fait de très nombreux discours en alsacien. Inlassable militant, il se présente aux élections de 1932 et obtient 1500 voix, puis à celle de 36 (voir plus haut).

A-t-il fait partie de la Cagoule ? Pour ma part j’ai quelques doutes. L’Action française a condamné et dénoncé l’Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale (Osarn) appelé Comité secret d’action révolutionnaire (Csar) par la presse et, d’un manière dépréciative, Cagoule, par Maurice Pujo. Le mouvement monarchiste se méfiait beaucoup des cagoulards et eux-mêmes de l’A.F. Or, Paul Dungler n’a jamais cessé de donner aux souscriptions en 1937-38-39. Pendant toutes ses années il fait toujours des conférences où il est présenté comme le président de l’Union royaliste d’Alsace de Thann. En 1938, il est même à Dijon pour la fête des rois en présence de Charles Maurras qu’il retrouve à Strasbourg, la même année, en présence de monsieur. Schlatter de l’Association Sully (voir Royaliste n° 1274). Il est encore présent, le 27 mars 1939, avec son ami Paul Winter pour représenter l’AF à la grande réunion patriotique de Mulhouse.

En janvier 1941, alors qu’il a commencé à organiser le réseau Martial, il passe à l’Action française de Lyon (en présence de Charles Maurras) où il intervient pour expliquer les problèmes alsaciens. De plus, on ne le trouve pas dans les listes cagoularde. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas eu des contacts avec certains cagoulards, les milieux dit « nationaux » en regorgent.

Au moment de la défaite son frère Julien est mobilisé au 2e Bureau de l’ambassade à Berne (Suisse). Il s’occupe particulièrement des services secrets auprès du consul. Paul, lui, est mobilisé dans son entreprise qui sert à réparer le matériel militaire. Le 15 juin il reçoit l’ordre de replier ses activités à Clermont-Ferrand. C’est dans cette ville qu’il entend : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat ». Il est révolté ! Par son frère, il apprend que Paul Armbruster est en Dordogne près de Sainte-Foy-la-Grande. Il décide de le rejoindre au Gabastou (voir Royaliste n° 1200). ■

François-Marin Fleutot.

(À suivre : « Paul Dungler et la Septième colonne d’Alsace »)

Bibliographie :
 Thérèse Krempp Puppinck, « L’Action française et le retour de l’Alsace à la France » Revue d’Alsace n°144, 2018
 Bernard Reumaux, Alfred Wahl, « Alsace, 1939-1945 : la grande encyclopédie des années de guerre », Revue Saisons d’Alsace, la Nuée bleue, 2009
 Jean Eschbach, Au cœur de la résistance alsacienne, le combat de Paul Dungler, éd Jérôme de Bentzinger, 2003