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Royaliste n°1309 du 22 octobre 2025

Paul Dungler (2) La Septième colonne

Le Mouvement royaliste

mercredi 22 octobre 2025

Le royaliste Paul Dungler. Créateur de la Septième colonne d’Alsace en septembre 1940, un des premiers réseaux de résistance.

Les royalistes alsaciens, organisés dès l’avant-guerre par Paul Dungler, fondent dès juin 1940 un des réseaux les plus solides de la Résistance française. Avec un seul objectif : libérer la région de l’occupation nazie. Quitte à rechercher des points d’appui aussi bien chez Giraud que chez de Gaulle.

En juillet 1940, Paul Dungler quitte ses amis du Gabastou (voir Royaliste n°1200) pour rejoindre sa ville natale. Il passe le 20 à Vichy où il retrouve Paul Winter (en convalescence, en attente de sa démobilisation) et rencontre Gabriel Jeantet, qu’il a connu à l’Action Française. Les frères Gabriel et Claude Jeantet, militants acharnés, ont quitté le mouvement en 1930. Claude part vers l’extrême droite journalistique (il passera dans la collaboration la plus virulente, après-guerre il sera journaliste à Aspects de la France). De son côté, Gabriel fonde la Fédération des étudiants royalistes puis se rattache à la Cagoule. En 40, il est sous les ordres du colonel de Gaulle à la 4e division cuirassé. Après la débâcle, il passe au secrétariat du maréchal et fonde un mouvement de jeunes, « l’Amicale de France » (A.F.), où l’on retrouve beaucoup de néo-monarchistes. Il connait, et est connu, de tout le petit monde de l’extrême droite des années 30.

Les deux Alsaciens rentrent au pays pour les fêtes de la Saint-Louis le 25 août 1940. Ils se mettent au travail pour constituer le réseau clandestin. Le mouvement est créé le 1er septembre à Thann. Dungler, profondément croyant, décide de placer son action sous la protection du créateur et le nomme « la septième colonne ». Il s’en justifie après-guerre : « C’est le septième jour que le Seigneur a parachevé la Création ». Bien lui en fut, car dans l’Alsace nazifiée son réseau sera le seul qui participera, en tant que tel, à la Libération.

Dès l’origine, Dungler enrégimente ses amis royalistes, d’abord ses amis royalistes ! Ils constitueront les chefs clandestins du réseau, puis les chefs de l’insurrection au moment des combats. Son état-major est constitué en Alsace-sud par Paul Winter (le commandant Daniel, chef des F.F.I du Haut-Rhin) ; À Thann de René Ortlieb, puis d’Émile Ehlinger - en 1946, ce dernier vengera l’échec de Dungler de 1936 en étant élu conseiller général contre Paul Hatmann - ; À Belfort d’Henri Veit (Caspar, voir Royaliste n°1233) ; À Poligny, dans le Jura, de Jean Eschbach (voir Royaliste n°1202) ; À Lyon son premier adjoint est Marcel Kibler (le commandant Marceau, chef du réseau à partir de 43, fondateur des Groupes mobiles d’Alsace (G.M.A.), chef des F.F.I. d’Alsace) ; À Paris le contact est René Erny - propriétaire de la brasserie alsacienne rue du Faubourg Montmartre - ; En Suisse, outre son frère Julien, c’est Charles-Ernest Georges (chef des G.M.A Sud) et Henri Weill - qui sera abattu en septembre 1944 par les nazis -. Pas seulement puisque bien d’autres - ennemis politiques d’hier, comme les démocrate-chrétiens : le père Pierre Bockel, le lieutenant Gaston Laurent, etc... - se retrouvent dans l’action.

Car, il faut le dire, malgré la légende des « Malgré nous », dans la France de l’intérieur, de nombreux Alsaciens, hommes et femmes, vont s’engager dans l’action clandestine. En Alsace même, presque tous, traqués par les nazis, disparaîtront assez rapidement. Ceux qui y échapperont poursuivront le combat avec Dungler. Dresser la longue liste de ces héros, martyrs de la Résistance, largement oubliés aujourd’hui, de tous bords sociales, religieux et politiques, ne tiendrait pas dans un seul numéro de Royaliste.

Libérer l’Alsace. - Le commandant Martial, rentrée en zone dite « libre », enrégimente ses compatriotes de toutes tendances politiques. Son but, son seul but est la libération de l’Alsace. En contact avec d’autres mouvements clandestins, il refuse catégoriquement de se dissoudre dans leurs organisations.

Dungler va construire un réseau de renseignements qu’il transmet à Londres et à Vichy. Gabriel Jeantet lui fait rencontrer Pétain. Paradoxe du temps ce dernier accepte de financer le réseau du commandant Martial et lui donne une couverture légal. Pétain a-t-il financé la résistance ? D’aucunes manières ! Tous les patriotes qui luttent pour libérer la France sont toujours pourchassés, et embastillés, par l’administration policière de l’État français. La seule raison de l’attitude de Pétain est qu’il considère les provinces annexées (Alsace-Moselle) comme faisant toujours partie intégrante de la France et donc accepte de protéger les Alsaciens. Il intervient pour en sauver quelque uns (dont Dungler arrêté pas les sbires de Laval), proteste de nombreuses fois auprès des nazis de cette annexion de fait. La Septième colonne, en 1942, à la demande du service du renseignements de l’armée de l’armistice, participe à l’évacuation du général Giraud vers la France. En 1943, Paul Dungler est décoré de la Francisque, ayant le même parrain que François Mitterrand : Gabriel Jeantet.

Après l’évasion de Giraud, lorsque celui-ci rejoint Alger et qu’il devient chef du gouvernement, Dungler souhaite se mettre aux ordres et porter des consignes du maréchal en Algérie... Il passe clandestinement la frontière espagnole et via Gibraltar, il arrive dans la ville blanche où il est immédiatement reçu par Giraud le 17 septembre 1943.

Dungler tombe en pleine « guerre » entre les deux généraux. Très rapidement le général deux étoiles prend le pas sur le général cinq étoiles. Dungler va rencontrer le petit monde algérois, les giraudistes comme les gaullistes, les services secret anglais, étatsuniens... et ceux de la France libre. Il se lie d’amitié avec Saint-Exupéry (1) mais aussi avec Lemaigre-Dubreuil (anti-gaulliste maladif). À plusieurs reprises il rencontre Gaston Palewski (secrétaire du Général). Mais les gaullistes n’apprécient pas le passage de Dungler chez Giraud. Pourtant, il tente à plusieurs reprises de s’expliquer, rappelant que son réseau fut enregistré au BCRA, par l’abbé Louis de Dartein (voir Royaliste n°1201), dès la fin 1940. Dungler affirme sans cesse qu’il a été financé et soutenu par Pétain, chose incompréhensible pour ceux qui se battent depuis trois ans sur tous les fronts pour maintenir l’honneur de la France. Malgré tout, il obtient un rendez-vous pour le 25 novembre 1943 avec le général de Gaulle. ■

François-Marin Fleutot.

(À suivre : « Paul Dungler et le complot contre Hitler. »)

(1). Lors de son retour en France, Dungler portera à madame de Saint-Exupéry la dernière lettre de son fils, et une lettre de Giraud pour madame.