Alors que sa Septième colonne monte en première ligne pour libérer l’Alsace, Paul Dungler et Gabriel Jeantet participent à des réunions avec des officiers allemands antinazis qui complotent contre Hitler. La Gestapo intervient et Dungler est déporté en Allemagne.
À Alger, villa des Glycines, siège de la France libre, ce 25 novembre 1943, c’est un euphémisme de dire que la rencontre de Gaulle/Dungler s’est très mal passée, l’intransigeance de l’un répondant à celle de l’autre. Dès la fin de l’entretien le chef de la résistance alsacienne a l’interdiction de rentrer en métropole. Il part se réfugier dans la villa Dar Maieddine de Lemaigre-Dubreuil. Par son intermédiaire il aurait rencontré Selden Chapin (consul états-unien), ainsi que le colonel Henry Hyde, de l’Office of Strategic Services (O.S.S.). Ceux-ci sont très intéressés par sa connaissance de l’Allemagne et ses contacts d’avant-guerre avec quelques industriels allemands anti-nazis. Ils décident de l’aider à rentrer en France. En attendant, il rencontre aussi les services spéciaux (armée Giraud) du général Louis Rivet (1883 †1958). Dungler décolle secrètement de Blida sur une forteresse volante états-unienne à la barbe des services gaullistes. Il est parachuté à l’aveugle près d’Aigueperse (Auvergne), le 8 janvier 1944, et rejoint Gabriel Jeantet à Vichy où il fait son rapport aux services du maréchal.
Son ami lui raconte ses rendez-vous, à l’instigation du colonel Petétin (S.R. de Vichy), avec des Allemands anti-nazis (S.R. de l’Abwehr : le capitaine Max von Buccholz et le commandant Guebhardt). Jeantet lui offre de participer, à Nice, avec l’ancien tennisman Jean Coutias de Faucamberg, aux pourparlers.
Mais Dungler, homme droit et fidèle, est toujours le chef de la résistance alsacienne. Il ne peut s’engager dans une nouvelle aventure sans en informer la Septième colonne. Une réunion est organisée à Paris dans la brasserie Riquewihr de René Erny. En présence de Kibler, Eschbach, etc., Dungler rend compte de son voyage et de sa nouvelle mission à la demande des services secrets alliés. Kibler : « Soit tu restes avec nous, soit tu t’occupes de la mission avec les Américains, mais alors on n’existe plus pour toi ».
La Septième colonne monte au front. - Il est décidé de laisser le réseau alsacien indépendant. La Septième colonne rejoint les Forces française de l’intérieur (F.F.I.). En juin 1944, après une réunion d’organisation à Grendelbruch (Bas-Rhin) : Marcel Kibler « commandant Marceau » devient chef des F.F.I. d’Alsace, Jean Eschbach, « capitaine Rivière », son chef d’État-Major, Georges Kiefer, « commandant François », chef des F.F.I. du Bas-Rhin, Paul Winter, « commandant Daniel », chef des F.F.I. du Haut-Rhin et Paul Freiss, « Jean-Paul », agent de liaison entre les deux départements. Ils ont tous participé, avant-guerre, aux activités du mouvement monarchiste.
Trois Groupes Mobile d’Alsace (G.M.A.) vont être constitué d’Alsaciens qui ont refusé de rentrer dans leur région nazifiée : le G.M.A. Sud (1500 hommes), sous les ordres (très théorique) d’André Malraux, devient la Brigade Alsace-Lorraine. Le G.M.A. Suisse (1800 hommes), commandé par le colonel Ernest Georges et le G.M.A. Vosges, capitaine Jean Eschbach (600 hommes) vont intégrer la 1re armée français. Ils vont tous participer aux combats de la Libération en Alsace.
Après avoir rencontré le général Georges Revers (1891 †1974), chef de l’Organisation de l’Armée Secrète (O.R.A.), qui lui donne son accord, Paul Dungler devient le commandant Walter, un émissaire d’Alger, et retrouve Petétin, Jeantet et Faucomberg. Tous grimpent vers les hauteurs de Nice au château Sainte Anne. Une première réunion a lieu entre Dungler et von Buccholz.
Nous sommes début 1944, les forces nazis reculent sur tous les fronts. Hitler décide de s’appuyer plus directement sur sa Schutzstaffel (S.S.). La « guerre » interne pour la prise du pouvoir sur la Wehrmacht est larvée. La Geheime Staatspolizei (Gestapo, police secrète d’État) surveille de très près la Geheime Feldpolizei (police secrète de la Wehrmacht)... À Paris, en février, un certain docktor Kuhlmann (S.S.), accompagné d’un colonel de la Gestapo, suit de près les activités de von Buccholz et de Guebhardt. Ils décident de s’inviter aux pourparlers de Nice.
Déporté en Allemagne. - À Nice, une réunion a bien lieu, mais la Gestapo intervient. Dungler est arrêté le 28 février 1944. Conduit à Paris, tenu au secret dans une villa à Neuilly. Après l’échec de l’attentat contre le Führer, von Buccholz se suicide. Là, deux versions s’opposent. Faucamberg, Gabriel Jeantet et Paul Dungler, arrêtés, aux mains des SS, seraient partis de Paris pour devenir prisonniers otages en Allemagne. D’abord à la Forteresse de Godesberg puis au château d’Esemberg (Tchécoslovaquie), version établie par Jean Eschbach (fils du capitaine Rivière). La deuxième, établie par Jeantet, confirmée par le mémorial des déportés français (qui donne la liste, train par train des déportations), affirme que Gabriel Jeantet et ses amis royalistes de l’Amicale de France sont arrêtés le 27 juillet. Philippe d’Elbée, Suzanne Laissac, Pierre Dardieux et Rita Delchambre sont déportés. D’Elbée et Dardieux meurent dans les camps. De son côté Paul Dungler prend le train I.264 le 15 août 1944 pour être déporté à Buchenwald puis à Flossenbürg, d’où il est libéré par les Alliés le 8 avril 1945...
Après-guerre, Jacques Soustelle (gaulliste) fit comprendre à Paul Dungler qu’il ne devait pas écrire ses mémoires, bien qu’il ait reçut le soutien actif du général Revers pour les pourparlers niçois. Ce n’est qu’en 1960, pour le vingtième anniversaire de la fondation de la Septième colonne qu’enfin Paul Dungler fut entièrement réhabilité. Il est décédé pieusement dans sa soixante-douzième années (1974) dans la bonne ville de Colmar. ■
François-Marin Fleutot.
(À suivre : Yolaine de Sesmaisons.)
Bibliographie
- Le meilleur livre qui met en scène Paul Dungler est le roman en deux volumes de Jacques Laurent sous le nom de Cécile Saint-Laurent : Prénom Clotilde (1957), Ici Clotilde (1958), éd Presses de la Cité.
- Thérèse Krempp Puppinck, L’Action française et le retour de l’Alsace à la France, Revue d’Alsace n°144, 2018.
- Bernard Reumaux, Alfred Wahl, Alsace, 1939-1945 : la grande encyclopédie des années de guerre, Revue Saisons d’Alsace, la Nuée bleue, 2009.
- Jean Eschbach, Au cœur de la résistance alsacienne, le combat de Paul Dungler, éd Jérôme de Bentzinger, 2003.
- Gabriel Jeantet, Pétain contre Hitler, éd. La Table Ronde, 1966.
Paul Dungler (3) Le complot contre Hitler