La chute du gouvernement hollandais du fait de l’extrême-droite, le 3 juin, peut rebattre les cartes du jeu politique en vue des élections d’octobre prochain.
Le 3 juin dernier, la coalition gouvernementale qui dirigeait le pays depuis onze mois a volé en éclats du fait de Geert Wilders leader du principal parti de la coalition, le PVV (extrême-droite). Vainqueur des élections législatives de novembre 2023, mais sans pouvoir atteindre la majorité absolue des sièges, le PVV avait accepté de former une coalition avec le VVD (libéral), le NSC (Nouveau Contrat Social, centriste) et le Mouvement agriculteur-citoyen (BBB), nouveau venu sur la scène politique batave critique vis-à-vis de la construction européenne et de « l’écologie punitive ». Cette coalition de droite et d’extrême droite avait au moins l’avantage de clarifier la vie politique en l’organisant autour de l’opposition classique droite-gauche. Les leaders des quatre partis de la coalition s’étaient engagés à ne pas rentrer au gouvernement et, un haut fonctionnaire, Dick Schoof, avait été propulsé à la tête du gouvernement.
Ce n’est pas la première crise à laquelle le gouvernement néerlandais est confronté. Le 11 mars, trois des partis de la coalition le BBB, le PVV et le NSC votaient une motion proposée par un député du parti de M. Wilders contre la participation du gouvernement au programme européen Réarmer l’Europe proposée par la Commission de Bruxelles alors que le chef du gouvernement venait de donner son accord à cette proposition le lundi 6 mars lors de la tenue d’un Conseil européen extraordinaire. Les dirigeants du NSC s’opposaient à une politique qui risquait d’accroître l’endettement du pays. Pour ne pas avoir à se désavouer, le chef du gouvernement avait rappelé qu’il serait très strict sur les conditions de financement du programme européen et qu’il était hors de question de reproduire la politique des eurobonds. Cette fois-ci, c’est la politique migratoire qui a entraîné la chute du gouvernement. Geert Wilders a en effet estimé que le gouvernement ne faisait rien pour endiguer l’immigration aux Pays-Bas qu’elle soit légale ou non. Dès la fin mai, lors d’une conférence de presse, il exigeait que son plan pour restreindre l’immigration soit appliqué dans les plus brefs délais : protection des frontières par l’armée, renvoi de tous les réfugiés syriens, arrêt de la construction de centres d’accueil, expulsions plus rapides des délinquants d’origine étrangère, même s’ils sont nés aux Pays-Bas. Puis le 3 juin, M. Wilders annonçait le départ de son parti du gouvernement provoquant la démission du Premier Ministre le jour même.
Les partenaires du PVV ont accusé d’irresponsabilité M. Wilders. Alors que l’Europe vit la crise ukrainienne, les Pays-Bas ont besoin d’un gouvernement de plein exercice. On a également imputé au leader nationaliste la volonté de dissimuler l’échec de Mme Faber, sa représentante en charge de l’immigration au sein du gouvernement. Puis ils se sont réparti les ministères vacants afin d’assurer le bon fonctionnement du gouvernement démissionnaire jusqu’aux élections législatives qui auront lieu le 29 octobre prochain. Désormais les partis politiques sont en ordre de bataille. M. Wilders peut-il espérer être le prochain chef du gouvernement hollandais ? La fusion entre le PvdA socialiste et GroenLinks annonce-t-elle un glissement définitif vers le centre de la gauche et l’abandon un peu plus des classes populaires ? C’est Frans Timmermans, ancien commissaire européen, qui pourrait être le leader de la campagne du nouveau parti. Nul doute que la position des Pays-Bas sur et dans l’Union Européenne sera un des grands enjeux des élections à venir. ■
Marc Sévrien.
Pays Bas : Crise gouvernementale et politique